Trente années d'autogestion à l'école

Il existe une sorte d'autonomie et d'initiative, recommandée par les textes officiels mais dûment encadrée et largement répandue. Il en existe une autre sorte, vivante au quotidien, liée à la responsabilisation, et plus confidentielle. Depuis 30 ans.

Le lycée autogéré de Paris

Le LAP, peuplé de lapiennes et de lapiens, est un endroit unique en son genre. C'est un lycée public, dans lequel l'assiduité n'est pas obligatoire, géré par ses élèves et ses enseignants. Ils se partagent le ménage, les tâches administratives (avec l'aide d'une secrétaire), l'entretien du bâtiment (avec l'aide d'un professionnel), l'usage du budget, les relations avec l'extérieur, les courses et la cuisine, au sein de commissions et de groupes de base. Chacun est responsable du fonctionnement de l'établissement et participe au recrutement des nouveaux élèves.

L'enseignement y est transversal, faisant la part belle aux projets, aux initiatives de toutes sortes et aux spectacles inoubliables. Les relations humaines y sont chaleureuses, chacun se tutoie, s'appelle par son prénom.

Pour certains élèves, c'est un lieu de renouveau. D'autres y obtiennent le bac, diplôme dont le conseil d'orientation de seconde les pensait incapables. Les profs y sont remarquables d'investissement personnel et de modestie. Et pourtant, le LAP a dû se battre face aux restrictions budgétaires.

D'autres établissements sur ce modèle

Le LAP  n'est pas unique. Le lycée expérimental de St-Nazaire fonctionne relativement de même, ainsi que le collège–lycéed’Hérouville-St-Clair. Il existe aussi le PIL – Pôle Innovant Lycéen. Ces structures et d'autres ici et là, témoignent de la possibilité de construire un parcours scolaire différent, d'entretenir un autre type de relations humaines.

Punitions, notes, colles, avertissements, peur des sanctions n'y sont pas le lot quotidien. Chacun se responsabilise, s'investit, met son cœur et ses tripes dans un projet collectif, même si ce n'est pas toujours avec facilité.

Ces innovations ne sont pas limitées au cycle secondaire. Il en existe aussi, dans le primaire, quelques-unes publiques, d'autres privées. Certaines sont le fait de créations individuelles.

Repenser le modèle scolaire français

Au vu de l'enthousiasme et du bien-être ressenti par les élèves de ces structures dites expérimentales, il est permis de s'interroger sur le sens de l'autoritarisme en vigueur dans la majorité des établissements. Les enquêtes internationales, PISA entre autre, montrent les mauvais résultats de la France, tant en terme de niveau académique que de bien-être scolaire. Une société aussi figée, aussi hiérarchisée ne donne pas un modèle dynamique à ses jeunes générations. Ici et là, pourtant, des enseignants, des chefs d'établissements, des familles, tentent de faire bouger le mammouth, mais c'est une entreprise titanesque.

Ce qui sort des cases habituelles n'est guère toléré, que ce soit l'autogestion ou la non-scolarisation. Pourtant, le changement est inéluctable et nécessaire. L'école n'est plus le seul lieu d'acquisition du savoir et les enseignants n'en sont plus les seuls détenteurs. Ailleurs dans le monde, d'autres modèles d'enseignement existent, plus performants, humainement et académiquement. Il serait temps que la France évolue.

Trente ans déjà que le LAP et le lycée expérimental de St-Nazaire fonctionnent. Mai et juin derniers ont été des mois d'anniversaire. La compétence d'autonomie et d'initiative, telle que l'a définit le socle commun de connaissances et de compétences, n'est qu'un petit pas vers une réelle autonomie des élèves. Imagine t-on un autre contenu des postes de CPE et d'éducateurs, à quand la suppression des carnets de correspondance ?

Idées de lecture

  • Sur le lycée de St-Nazaire : Chronique ordinaire d'un lycée différent

http://www.lien-social.com/spip.php?article2399

  • Sur le LAP : Une fabrique de libertés

http://www.l-a-p.org/spip.php?rubrique199