Vous venez d’adopter… Que du bonheur ?

Il ou elle vient d’arriver et vous voilà enfin maman. Vous nagez dans l’allégresse, vous êtes submergée d’émotion, tout le monde autour de vous, vous pousse à exprimer votre bonheur sans réserve. Sans mesure. Cela paraît tout naturel, et pourtant nous voudrions vous mettre en garde contre ce débordement d’émotion non contenue.

Si votre enfant est encore un nourrisson, passe encore ! Mais ne vous sentez pas obligée d’en rajouter si votre bonheur est teinté d’inquiétude, si vous sentez des failles intérieures… Soyez le plus honnête possible avec vous-même et avec votre entourage, pour ne pas vous retrouver prisonnière de l’image idyllique que vous aurez donnée lorsque la situation deviendra – éventuellement – plus difficile. Trop de parents par adoption se privent du soulagement qu’on éprouve à parler de ce qui fait souci – le dire est déjà s’en dégager, prendre du recul, de la distance – parce qu‘ils ont commencé par répondre à la demande sociale qui fait de l’adoption un conte de fées ! L’adoption est une maternité comme les autres, faite de bonheur et de soucis, et vous n’avez rien à prouver à votre entourage !  Ni à alimenter les clichés.

La dépression post partum existe chez les mères qui accouchent, elle est possible aussi dans le cas de l’adoption, quoique sans doute plus rare, et la taire serait se priver du soutien de l’entourage. Plus fréquent en revanche est le besoin de temps pour se sentir vraiment parent de cet enfant-là, et ce n’est ni anormal ni inquiétant pour l’avenir. Cela ne présage en rien de l’avenir. On ne tombe pas toujours dans le bonheur comme Obélix dans la potion magique …

Mais surtout, évitez de vous laisser trop emporter par vos émotions heureuses lorsque vous accueillez un enfant grand. Certes il peut vivre son arrivée comme très heureuse s’il a gardé confiance dans les adultes, si l’adoption a été bien préparée et que votre accueil le rassure… Mais il n’est pas rare qu’il soit surtout inquiet, voire franchement angoissé ; qu’il soit dans le regret des « nounous » qu’il vient de perdre et auxquelles il s’était attaché.  Face à un enfant désemparé, anxieux, en deuil d’attachements antérieurs, le débordement de signes de bonheur chez les parents laisse l’enfant dans une grande solitude, avec le sentiment de n’être pas compris, car ce qui fait sa tristesse fait votre bonheur. En bref, soyez très attentive à ses émotions à lui, bienveillante et chaleureuse, accueillante à ses moments de tendresse et à ses besoins de câlins, mais ne lui imposez pas les vôtres, laissez lui du temps …

Être à l’écoute de l’enfant, c’est tout le secret !

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