Salaire des profs : retards et agios

Depuis des dizaines d'années, les profs sont systématiquement rémunérés avec des mois, voire des années de retard. Le quotidien est idyllique : vie d'amour et d'eau fraîche, relations harmonieuses avec l'administration fiscale et sa banque tandis que le frigo se remplit tout seul.

La rentrée

Dans les salles de classe, la rentrée se fait en septembre. Financièrement, au mieux, un petit quelque chose arrivera fin octobre, novembre est plus envisageable, mais il faudra attendre décembre, et plus sûrement janvier pour que le salaire des premiers mois de l'année scolaire soit versé en totalité.

Pour les fiches de paie, c'est une autre histoire. Il faut d'abord les obtenir. Les délais sont au moins à l'unisson de ceux des salaires. Ensuite, il faut les comprendre. Une seule fiche concerne généralement les mois de retard, sans le moindre détail. Mieux vaut ne pas avoir de démarches à effectuer, lors desquelles sont demandées de façon si ordinaire « vos trois dernières fiches de paie ».

Impôts et agios

A ce jeu de retard de paiement des salaires, il est très facile de sauter une tranche d'imposition. Un peu dur à avaler lorsqu'on s'est serré la ceinture pendant plusieurs mois et qu'on rembourse ses dettes auprès d'un entourage providentiel.

Le découvert bancaire est le corollaire immédiat de l'entrée dans la profession. Il importe donc de bien choisir sa banque. Prévenir à l'avance de difficultés de trésorerie, présenter une attestation du rectorat signalant le retard de paiement ne met pas toujours à l'abri. Ainsi au Crédit Agricole, on encaisse allègrement les agios en arguant que « le solde de votre compte doit être suffisant, préalable et disponible », ceci « conformément à la réglementation en vigueur ». Aucune « erreur » ne peut donc être imputée à la banque qui, c'est bien plus facile, vous fait payer, dans tous les sens du terme, les dysfonctionnements de l’État.

Perte de poste

L'administration est pleine de trouvailles plus géniales les unes que les autres. En matière d'économie sur le dos des individus, l'imagination n'a pas de limite. Les congés payés sont d'une élasticité confondante. Une suppléance qui se termine en cours d'année vaut à l'heureux bénéficiaire, des journées de congés payés étirées sur l'ensemble du mois. Dans la pratique, 15 jours de congés payés remplacent un mois de salaire, sans que les jours non payés soient indemnisés au titre de l'assurance chômage. Autant dire que le compte n'y est pas et que la galère continue.

Quant à cette indemnisation, elle intervient, au mieux, deux mois après la fin de la suppléance, et encore, seulement partiellement. Le reste est réglé le mois suivant. Parfois, beaucoup plus tardivement.

Les extras

En dehors des cours habituels, les profs peuvent aussi être convoqués en tant que membre de jury et / ou correcteurs d'examen, ce qui donne lieu à une indemnisation. Même si la plupart des examens ont lieu en juin et juillet, inutile de compter sur cette rémunération pour agrémenter les vacances. Les mois, les années s'écoulent, toujours rien à l'horizon. Après tout, l'économie pourrait être conséquente si les profs oubliaient de réclamer.

Au fil des élections, les candidats d'un bord comme d'un autre prétendent que l’Éducation nationale est leur priorité. L'expérience quotidienne permet quelques réserves face à ces belles envolées lyriques. A défaut d'une réorganisation urgente et nécessaire des services des rectorats, il pourrait être opportun de créer un statut pour les profs sans revenu fixe : interdiction des agios et délais élastiques pour payer leurs taxes fiscales. Que penser d'un employeur privé qui se permettrait de telles pratiques et de l'exemple ainsi donné par l’État ?

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