Education : les politiques épinglés dans un livre

A écouter les candidats à l'élection présidentielle, l’Éducation est une priorité. Mais derrière toutes ces belles promesses, ne se cache t-il pas une bonne dose d'hypocrisie ? Le point avec le livre "Le pacte immoral", de Sophie Coignard.

La nomination d'un ministre 

Lorsque le ministre fraîchement élu à l’Éducation Nationale reçoit des félicitations, c'est souvent sous forme de condoléances « c'est effrayant, ce qui vous arrive » (p 18* du livre), « L'Éducation nationale, c'est ce qu'il y a de pire » (p18*)... le ton est donné ! D'autant que punition et pénitence sont les mots les plus employés pour qualifier cette charge ministérielle.

Effet de circonstance ou idéologie sincère ? La question ne doit même pas se poser. L'enthousiasme pré-électoral ne peut laisser sceptique sur la nature de l'engagement affiché, par les uns et les autres. Et même lorsqu'un ancien titulaire du poste juge ainsi cette fonction : « Le ministre de l’Éducation, en vérité, est un ministre Kleenex que l'on jette quand il est usé. » (p 22*) nous ne pouvons qu'être subjugués que le personnel politique affiche une telle résignation.

Des promesses électorales

Entre créations de postes, formation des enseignants, augmentation des heures de cours de Français en primaire, remplacement des enseignants qui partent en retraite, réforme de la carte scolaire, renforcement des innovations pédagogiques, aides aux enfants en difficulté dès la maternelle, rétablissement de l'autorité à l'école.... le catalogue est varié et bien rempli.

Une telle liste témoigne d'une connaissance fine et subtile du sujet. Un remue-méninges laborieux a eu cours dans les états-majors. Penser à pourvoir les établissements en professeurs, aider les enfants en difficulté, former les enseignants sont d'une inventivité remarquable. Réformer la carte scolaire tout autant : les enfants des politiques vont peut-être frayer avec ceux de zones défavorisées. Dans un pays où l'on ne mélange pas les torchons et les serviettes, la mesure est révolutionnaire.

Dans la pratique

En dehors des « petits » candidats qui n'ont pas encore été au pouvoir, et dont par conséquent, on ne peut juger de la qualité de leurs promesses, les autres ont déjà exercé et sévi. Or, depuis toutes ces années d'alternance politique, les évolutions que l'on peut constater, sont condensées, pour l'essentiel, dans un petit livre. Fort instructif, il se lit facilement : Le pacte immoral*, de Sophie Coignard, ed. Albin Michel, 2011. Doux rêveurs s'abstenir, car cette enquête vous enlèvera toutes vos illusions.

Peut mieux faire

A la lecture de cet ouvrage, il apparaît clairement que le ministre de l’Éducation n'a pas les coudées très franches pour exercer son autorité et faire passer ses réformes. Il apparaît tout aussi clairement qu'officient, rue de Grenelle, un nombre invraisemblable d'individus, parfois nuisibles, et tous rémunérés par les contribuables.

Enfin, et beaucoup plus grave, la consigne générale de ce ministère semble être : de ne rien faire. Alors, à quoi bon promettre ?

Cet ouvrage n'est pas le seul à dénoncer le malaise de l'école. Puisque les grands idéaux d'école républicaine, d'égalité des chances et autres sont, dans la réalité des faits, trop souvent bafoués, la question se pose de l'utilité d'un(e) ministre de l’Éducation. Car jouer au ping-pong dans l'abri antiaérien de la rue de Grenelle, c'est un peu léger. (p 77)

* Toutes les citations sont extraites de cet ouvrage.

A lire aussi :

Présidentielle 2012 : les propositions des candidats sur la famille et l'éducation.