Le conseil d'orientation

Quand je serai grande, je serai archéologue. Et moi astronaute. Qui n'a jamais entendu l'expression de telles vocations ? Mais à l'adolescence, lorsque le couperet de l'orientation tombe, quelle place reste-t-il au rêve et à la passion ?

Le conseil d'orientation de seconde

En janvier de la classe de seconde générale, le conseil de classe d'orientation émet un avis, favorable ou non, aux vœux de l'élève. A certains, il est déjà clairement énoncé qu'ils ne seront jamais capables d'obtenir le baccalauréat envisagé. Qu'ils n'ont d'autre solution que de changer leur projet professionnel.

Un conseil de classe d'orientation de seconde, c'est un moment très fort. Tragique. Un moment où tout semble possible. Ou alors, un moment où tout s'écroule. Lors d'un conseil d'orientation de classe de seconde, en janvier, un jeune de 15 – 16 ans pleure parfois. Parce que son rêve se brise. Du moins le croit-il.


Avant la seconde

Le jeune de 15 – 16 ans, à qui l'on demande de décider de son avenir, à moins qu'on ne le décide pour lui, a presque de la chance. D'autres avant lui, plus jeunes encore, ont déjà été écrémés par le système. Et orientés, à leur corps défendant, vers des filières qui ne les intéressent pas. La lecture de statistiques et d'études de l'INSEE fait froid dans le dos. Gare aux redoublements dès les classes primaires, à la situation socio-professionnelle des parents, à la localisation géographique des établissements.

Le temps n'est pas au programme, le rêve encore moins. Anny Duperey, l'a finement décrit dans son ouvrage «Les chats de hasard» : «… ces jeunes angoissés par l'avenir avant même de finir leurs études, qui doivent opter pour une voie professionnelle, pour ce qui va remplir la moitié de leur vie, sans même avoir eu le temps d'en rêver.»

Maturité, connaissances et compétences

A 15 – 16 ans, voire moins pour les élèves en avance ou précoces, il faudrait avoir déjà emmagasiné un bagage à vie. Une somme de connaissances et de compétences qui permette d’affronter le monde actuel dans lequel plus rien n'est figé. Qui peut aujourd'hui se targuer d'apprendre un métier, de ne se spécialiser que dans une direction, et d'être toujours sur ces mêmes rails 40 ans plus tard ? Où est passé l'idéal des Lumières, la connaissance encyclopédique ouverte sur le monde, censée garantir davantage de tolérance ? A quoi ressemble un choix définitif lorsque plus rien ne l'est ?

Ailleurs, ici et là dans le monde, des options différentes sont prises. Les connaissances et compétences acquises sont le plus large possible sans orientation ou une année de pause, riches d'autres expériences en milieu scolaire, permet au jeune de faire le point.

La part du rêve

Alors, nos archéologues, astronautes et infirmiers en rêve – et peut-être de rêve – ont la rage au ventre. Le désespoir et le découragement ne sont guère stimulants. Encore une fois, lors de ce conseil d'orientation de seconde, ce n'est que sur leurs notes que l'on s'est basé pour engager leur avenir. Fi de leur personnalité, de leurs activités extra-scolaires, de leurs passions. Ils n'ont guère de porte de sortie. Heureusement néanmoins, grâce à leurs critères d'admission différents, les quelques  très rares lycées alternatifs leur offrent une échappatoire.

Certains élèves choisissent cette solution, passent et obtiennent le baccalauréat tant convoité, leur sésame vers la voie qui les intéresse. D'autres, changent d'idées, d'autres encore, se laissent écraser par le poids de cette décision prise en quelques minutes. Leur vie durant, ils auront le regret d'un métier dans lequel il avait cru pouvoir s'épanouir un jour. Un jour qui durera une quarantaine d'années.

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