Pédagogie Steiner-Waldorf : une école adaptée à chaque enfant ?

Basée sur l'autonomie, le jeu libre et sur l'éducation du cœur, du corps et de l'esprit, la pédagogie Steiner-Waldorf propose des apprentissages progressifs adaptés au rythme de chaque enfant. Quels sont ses principes ? A qui s'adresse-t-elle ? Des spécialistes de cette méthode "alternative" nous répondent.

Pédagogie Steiner-Waldorf : une école adaptée à chaque enfant ?
© Racorn - 123RF

La pédagogie Steiner-Waldorf cherche à répondre au mieux aux besoins de l'enfant et ce, à tous les âges. Comment ? "Ce n'est pas une pédagogie-type que l'on applique à tous les enfants, mais c'est en observant finement le développement de l'enfant, son évolution cognitive, affective et physique, que l'on peut réagir en conséquence et lui proposer un accompagnement et des activités adaptés", explique Guy Chaudon, Président de la Fédération de la Pédagogie Steiner-Waldorf en France et formateur d'enseignants. "Toutefois, tous les enfants passent par des phases communes". Comment sont-elles adaptées dans les écoles utilisant la pédagogie Steiner-Waldorf ? Cette méthode éducative convient-elle à tous les enfants ? Réponses.

A qui s'adresse-t-elle ?

Les écoles qui appliquent la pédagogie Steiner-Waldorf sont ouvertes à tous les enfants, de 3 à 18 ans environ. Il existe même des crèches qui accueillent les tout-petits dès 2-3 mois. "Il ne s'agit pas d'une pédagogie particulière qui sélectionne un profil spécifique d'enfant avec des besoins particuliers, au contraire cette pédagogie convient à tous et couvre tous les cycles scolaires : crèche, maternelle, primaire et cycle secondaire", confirme Guy Chaudon. Si dans l'idéal, il est préférable que les enfants soient intégrés dans une école Steiner-Waldorf le plus jeune possible, rien ne les empêche de s'y inscrire à 7, 10 ou 13 ans. "Mais sachez qu'une pédagogie est quelque chose qui se construit dans la durée", retient le spécialiste.

Comment s'organise-t-elle ?

La particularité d'une école Steiner-Waldorf ? Elle s'adapte en fonction des âges de l'enfant et elle se découpe en trois grands cycles :

  • De 3 à 6 ans : il s'agit du cycle de la "petite enfance" ou du "jardin d'enfant" (l'équivalent de la maternelle dans les écoles classiques) "Steiner-Waldorf n'est pas pour une pré-scolarisation cognitive (l'enfant n'est pas pré-scolarisé et ne commence pas à apprendre à lire ou d'autres apprentissages scolaires avant le deuxième cycle) et privilégie plutôt le jeu libre" : l'enfant s'épanouit librement, essentiellement par le jeu, et dans un environnement naturel (dans lequel les matières synthétiques sont exclues le plus possible), qu'il peut expérimenter et qui stimule son imaginaire et sa créativité. L'espace n'est pas régi par une maîtresse, mais par un "jardinier" ou une "jardinière" qui ne va pas imposer un enseignement, mais qui va tout de même accompagner l'enfant, lui proposer des jeux, des comptines, des chansons et des activités sportives et manuelles qui vont développer de nombreuses compétences psycho-motrices et stimuler son éveil. "Dans cette pédagogie, on estime que l'enfant ne doit pas faire d'apprentissages académiques avant ses 6-7 ans", rebondit Monique Tedeschi, auteure du livre "La pédagogie Steiner-Waldorf à la maison" aux Editions La Plage. 
Ce sont les élèves eux-mêmes qui composent leur propre manuel de géographie ou de sciences par exemple. Ils y notent le cours, mais réalisent des dessins pour s'approprier la leçon et apprendre de façon plus ludique. 
  • De 7 à 14 ans : il s'agit du deuxième cycle (l'équivalent de la primaire et du collège) où l'enfant a d'autres besoins que celui de jouer. Il "a besoin d'élever son regard sur des savoirs et des savoir-faire", selon Guy Chaudon qui précise que "le changement de dentition marque une rupture dans l'évolution de l'enfant : les différents apprentissages et la mémorisation sont plus faciles à appréhender à cet âge". L'enfant a un "professeur de classe" (il y a un tuteur par classe, soit pour 20 à 25 élèves) qui va l'accompagner pendant 6 à 7 années. Les apprentissages de la lecture, l'écriture, le calcul, la grammaire, l'histoire, les sciences, la géographie s'effectuent de 8 à 10h chaque matin, moment où les capacités de concentration et d'attention de l'enfant sont les plus optimales. Pendant trois à quatre semaines, le tuteur va consacrer ces deux heures journalières au calcul puis, un mois à la grammaire... Cela permet aux enfants de les digérer et d'y revenir dessus quelques mois plus tard. "Après avoir laissé l'enfant dans une liberté totale, ce second cycle s'appuie sur une pédagogie plus directive et généralement, l'enfant est demandeur d'un cadre, d'une directivité et d'une discipline". Après 10h, d'autres professeurs viennent dans la classe et dispensent des cours hebdomadaires d'anglais, de sport, de musique, de danse, de peinture, de travaux manuels (couture, tricot, crochet, poterie, modelage...) : "tout ce qui va stimuler le corps et le "pôle sentiments". A la fin de ce cycle, les élèves peuvent décider de passer le brevet en candidat libre, ils y sont préparés et ont tous les outils pour répondre aux pré-requis exigés par l'Education nationale.
  • De 13 à 18 ans : il n'y a pas l'équivalent du collège dans les écoles Steiner-Waldorf, les élèves passent directement du second cycle au lycée. Une nouvelle équipe pédagogique prend en charge les adolescents. Il s'agit désormais "d'une pédagogie essentiellement cognitive basée sur le relationnel, l'échange, les travaux de groupe et sur la découverte scientifique du monde". Comme pour les écoles classiques, l'élève a un professeur par matière. Encore une fois, le créneau de 8-10h, là où les enfants sont le plus éveillés, est consacré aux apprentissages cognitifs. Puis, la dernière année, juste avant d'entrer en classe de terminale, l'élève se consacre au "travail de fin de cycle" : il choisit un sujet qu'il va creuser (comme une mini-thèse), qu'il va développer avec l'aide d'un tuteur et présenter devant un jury. Cela peut être un sujet de chimie, un projet artistique ou sportif, une mission humanitaire... Par ailleurs, les adolescents sont préparés au baccalauréat : à la 12ème classe (soit l'équivalent de la classe de première au lycée), ils sont scindés en trois groupes, qui correspondent aux filières littéraire, scientifique et économique et sociale. Ensuite, ces élèves réintègrent le circuit scolaire "classique" et sont inscrits dans une classe de terminale (dans un autre lycée, privé ou public, ou dans une terminale directement intégrée dans un établissement labellisé Steiner-Waldorf, dans ce cas, ils se présente en candidat libre) et passent comme les autres élèves leur baccalauréat, en "étant préparés aux exigences de l'examen national". 
Pas de notes ni de redoublement. Les professeurs mettent en place des interrogations pour évaluer les connaissances des élèves. Elles peuvent prendre la forme d'interrogations orales ou écrites, ou de devoirs à la maison. Toutefois, la pédagogie Steiner-Waldorf exclut les notes (seules les appréciations et les commentaires figurent sur les copies), les classements ainsi que les redoublements. Il existe des cours de soutien de scolaire pour les enfants en difficulté ou ceux, un peu plus "lents" que les autres. "On ne fonctionne pas par année scolaire et on essaye de voir la progression sur le long terme, d'où l'importance d'avoir le même professeur pendant plusieurs années", précise Guy Chaudon. Par ailleurs, le professeur de classe est très régulièrement en contact avec les parents et essaye d'en savoir plus sur le contexte familial de l'enfant. 

La pédagogie Steiner à la maison

"Steiner-Waldorf va au-delà d'une pédagogie, il s'agit plutôt d'une manière de vivre qui prône la liberté et l'individualité de chaque enfant", nuance Monique Tesdeschi. Loin d'être une formation purement intellectuelle ou cognitive, certains principes de la pédagogie Steiner-Waldorf peuvent facilement être appliqués à la maison, au quotidien, même si l'enfant n'est pas scolarisé dans une école Steiner-Waldorf. Cela peut passer par le fait de : célébrer certaines fêtes ou certains festivals issus de cultures différentes (comme la "Saint-Michel", la fête de l'automne, la fête du dragon...), "afin de suivre les saisons, de rythmer l'année scolaire et de s'ouvrir perpétuellement aux autres", précise-t-elle, mettre l'accent sur les travaux manuels, imaginer un conte, décorer un album photo, peindre ou réaliser une table des saisons (représentation de la nature à l'intérieur de la maison : l'enfant y place tous les éléments naturels, organiques, chromatiques ou réalisés manuellement (cailloux, animaux en crochet...) qui lui évoquent la saison en cours) en famille "pour que l'enfant soit toujours connecté au rythme de la Nature". 

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