"La comparaison sociale a des conséquences sur l'estime de soi"

Un manque d'estime de soi peut avoir des répercussions sur le comportement et l'état émotionnel de l'enfant. Christophe André, psychiatre et psychothérapeute, nous donne les clés pour aider son enfant à développer son estime de soi. Rencontre.

"La comparaison sociale a des conséquences sur l'estime de soi"
© Blend Images-123rf

Une jeune fille sur deux dans le monde a une image négative d'elle-même. Or, pour se sentir bien dans sa peau, il faut aller au-delà des apparences. Et cela passe par une bonne estime de soi. Le problème, c'est que notre société nous pousse sans cesse à nous comparer aux autres, notamment via les réseaux sociaux. Il devient alors essentiel de sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge, afin de leur donner confiance en eux. "Cette dimension de l'estime de soi est importante dans l'équilibre psychologique des enfants, des adolescents et même des adultes", nous précise Christophe André, psychiatre, psychothérapeute et auteur de "La vie intérieure" aux éditions L'Iconoclaste. "Car l'estime de soi, qui est la synthèse du regard et du jugement que nous portons sur nous-même, a des répercussions à la fois sur notre bien-être émotionnel et sur notre comportement, selon la manière dont nous nous jugeons", ajoute-t-il. Interview.

Quelles sont les conséquences d'un déficit d'estime de soi ? 

Christophe André : "Suis-je satisfait de ce que je représente et de l'image que je renvoie ?" Si la réponse est "Non" et donc, en cas de manque d'estime de soi, un enfant peut être confronté à un comportement d'évitement, de repli sur lui-même, ainsi que des mises en échec scolaire. Il y a en effet un lien entre l'estime de soi et le ressenti émotionnel, d'où la présence d'états dépressifs ou anxieux dans les cas de déficit d'estime de soi. L'enfant peut par conséquent avoir peur d'être jugé, et craindre le regard des autres... A l'inverse, les jours où l'on se sent un peu découragé ou en échec, cela a aussi un impact sur notre estime de soi.

A quel âge les enfants sont-ils concernés ?

Les experts considèrent que la prise de conscience de soi démarre chez les enfants, entre l'âge de 4 et 6 ans. C'est en effet le moment où l'enfant commence à s'interroger sur le regard que les camarades de classe et les autres enfants portent sur eux. Par ailleurs, l'échelle de Coopersmith, qui est la plus connue pour évaluer l'estime de soi chez l'enfant, est proposée à partir de 7-8 ans.

A quoi se rapporte l'estime de soi ? 

On note trois composantes dans l'estime de soi, dont la principale est l'apparence physique. En effet, même si l'on ne se résume pas seulement à notre corps, il s'agit tout de même d'une "vitrine" et de ce que les autres perçoivent en premier. Autre aspect : le sentiment de popularité, c'est-à-dire, le sentiment que j'ai d'être apprécié par les autres et d'avoir ma place auprès d'eux. Mais là encore, on voit bien les dégâts que peuvent provoquer les réseaux sociaux, en amplifiant le phénomène de jugement social. Enfin, la troisième dimension de l'estime de soi fait référence aux compétences. Par exemple, si je suis fort en sport, ou que j'ai un talent artistique particulier, je me sens alors valorisé.

Quel est l'impact des réseaux sociaux sur l'estime de soi ? 

C'est la comparaison sociale qui est inquiétante. On ne juge jamais de notre valeur dans l'absolu, mais on la juge toujours en relation avec ce que les autres possèdent et ce qu'ils font. Résultat : nous n'arrêtons pas de nous comparer par rapport à notre corps, à nos vêtements, à nos diplômes, à notre culture, etc. Il s'agit d'un mécanisme naturel, niché au cœur de nos cerveaux, et il serait même "illusoire" d'espérer ne jamais se comparer à autrui. A noter que la comparaison sociale commence dès la maternelle et l'école primaire, lors des premières socialisations, avec le désir d'appartenance à un groupe. Par conséquent, lorsqu'un ado est rejeté sur internet, on parle alors de "cyber-ostracisme" car ce rejet social et virtuel est aussi douloureux -si ce n'est plus- que l'expulsion réelle d'un groupe, notamment du fait du nombre de personnes plus important qui assiste à cette exclusion. 

"On assiste à une digitalisation de nos modes de vie"

Le problème, c'est que ces comparaisons sont mensongères sur les réseaux sociaux, et jouent en notre défaveur ! On assiste à une digitalisation de nos modes de vie. Sur Instagram par exemple, on fait défiler des photos de nos ami(e)s ou de stars qui se montrent sous leur plus beau jour (les personnes apparaissent en forme, entourées d'amis, en vacances ou en soirée, etc.). L'autre question que posent les réseaux sociaux, c'est l'exacerbation de l'approbation sociale (l'obsession d'avoir des likes, des followers...). C'est pourquoi il est essentiel d'éduquer les citoyens d'aujourd'hui et de demain à la vigilance des mensonges véhiculés par les réseaux sociaux, qui influent sur l'estime de soi des ados. En outre, des études ont montré que les jeunes qui fréquentent le plus les réseaux sociaux, sont plus sujets que les autres à une anxiété sociale et à la dépression. Et inversement, les réseaux sociaux ont tendance à attirer les jeunes les plus fragiles.

Quel est le rôle des parents ?

Comme pour tout, les parents montrent l'exemple aux enfants. Ils peuvent se demander dans un premier temps, quelle attention ils portent eux-mêmes à leur apparence, combien de temps ils passent devant les écrans ou encore, de quelle manière ils gèrent les conflits, les échecs, etc. Par ailleurs, il faut être attentif à l'état émotionnel de son enfant, car souvent, les parents sous-estiment leur mal-être, notamment en cas de harcèlement scolaire. En outre, on peut expliquer à son ado qu'il est normal de vouloir plaire, prendre soin de son apparence, vouloir se faire des amis, en lui rappelant qu'il a aussi des compétences, et qu'il ne faut pas abuser du virtuel. Privilégiez donc les relations humaines, en invitant ses copains à jouer à la maison, et n'hésitez pas à le valoriser. Pour autant, il ne suffit pas de lui dire qu'il est beau et exceptionnel au risque qu'il devienne narcissique, mais de lui rappeler qu'il est aussi courageux, intelligent, qu'il a raison de ne pas se laisser faire et qu'il est comme les autres enfants. Encouragez-le dans des domaines très variés, et enfin, confiez-vous à lui. En lui parlant des problèmes que vous avez pu avoir à son âge, cela permettra de lui faire prendre conscience qu'il n'est pas seul à vivre ces incertitudes, et que rien n'est définitif.

Pour aider les jeunes à construire leur estime de soi, la marque Dove, en partenariat avec la chaîne Cartoon Network et Steven Universe, lance une série de six dessins animés destinés aux enfants de 4 à 11 ans. Ces petits films d'une durée d'une minute visent à promouvoir la confiance en son corps et l'épanouissement personnel, en véhiculant des messages positifs, dont le premier porte sur l'apparence physique et le harcèlement scolaire. L'objectif : toucher 500 000 personnes d'ici 2019. Rappelons que le Projet Dove pour l'Estime de Soi propose aussi des ateliers et kits pédagogiques dans les collèges, dès la cinquième.