Comment parler de racisme avec son enfant ?

"Je n'aime pas les gens avec une peau marron"... Voici le genre des phrases un peu douteuses que dit parfois votre enfant. Avant de s'alarmer, il est important de comprendre ce que ces mots signifient pour lui. Les conseils de la psychologue Virginie Bapt.

Comment parler de racisme avec son enfant ?
© Cathy Yeulet - 123RF

Le racisme est le fait de généraliser certains traits à l'ensemble d'une population. Cette généralisation est banalisée et insidieusement partout (à la télévision, dans les blagues, dans les caricatures…). Et même lorsqu'elle n'est pas mal-intentionnée, elle peut toucher certains enfants. Alors, comment réagir si son enfant a des comportements ou des propos "racistes" ? Qu'est-ce que cela traduit ? A partir de quel âge doit-on aborder la notion de "racisme" ? Que dire pour l'éduquer à la diversité et à la différence ? Réponses de la psychologue Virginie Bapt.

Un enfant peut-il être "raciste" ?

Tout d'abord, avant 6 ou 7 ans, l'enfant a tendance à réfléchir en "j'aime/je n'aime pas" et par conséquent, il n'a pas conscience de l'impact de ses mots. "Surtout qu'il ne faut pas oublier qu'à cet âge-là, l'enfant préfère ce qui lui ressemble ou ce qu'il lui est familier plutôt que ce qui est différent", tient à rassurer la psychologue, avant d'ajouter que "pour lui, ces phrases (à première vue, irrespectueuses, racistes, malveillantes, xénophobes...) ne veulent rien dire et ne sont pas considérées comme volontairement méchantes ou blessantes". L'enfant peut exprimer un rejet de l'autre sur sa couleur de peau, sur l'aspect de ses cheveux ou sur son accent, comme il le ferait pour n'importe quel critère (poids, taille, cheveux sur la langue, caractère...). Un enfant n'est pas "raciste" de nature, il s'agit plutôt d'un concept d'adulte : "il ne faut donc surtout pas projeter des préoccupations d'adultes sur des paroles d'enfants surtout lorsqu'ils sont très jeunes", insiste la spécialiste. Toutefois, ce sont des paroles sur lesquelles il est obligatoire de rebondir pour arriver à comprendre leur sens et leur origine et ce, à n'importe quel âge.

Comment réagir ?

Plutôt que de condamner ses propos et de le disputer, mieux vaut au contraire se montrer ouvert, en discuter avec lui et essayer de comprendre pourquoi il dit cela. Répète-t-il une phrase qu'il a entendue à la télé ou dans des conversations d'adulte ? A-t-il mal interprété des propos entendus dans les médias ? Est-il influencé par des camarades de classe ? Y a-t-il un référent dans son entourage qui tient des propos "racistes" ? Prononcer de genre de phrases peut être anodin pour lui s'il répète simplement ce qu'il a entendu à la télévision, à l'école ou dans des conversations de famille. Mais cela peut aussi traduire un besoin d'appartenance à un groupe : le fait de s'opposer à certains groupes permet à l'enfant de se faire plus facilement accepter dans d'autres groupes et cela joue un rôle dans sa construction identitaire. L'enfant a donc besoin d'appartenir à un groupe pour se sentir sécurisé et accepté et bien souvent, "appartenir à des groupes oblige à en exclure certains", précise Virginie Bapt. Dans la tête de l'enfant, le fait d'exclure quelqu'un permet de créer un lien d'appartenance entre tous les enfants qui rejettent cette personne. Ce qui reviendrait à dire que l'enfant "exclut l'autre pour ne pas lui-même être exclu". Le rôle du parent sera alors de sensibiliser l'enfant aux dangers de l'exclusion, "une exclusion dont il peut être victime ou dont il rend victime les autres".

Expliquez à votre enfant que dans un groupe, une classe ou dans une aire de jeux, chacun a le droit d'avoir sa place, c'est-à-dire que l'enfant ne doit jamais remettre en cause la place de l'autre. Puis dîtes-lui que dans notre société, tenir des propos "racistes" est illégal et puni par la loi : c'est-à-dire qu'il y a des règles, qu'elles doivent être connues de tous et respectées. Et surtout, abordez avec lui la dimension de l'intimité : l'enfant peut choisir le degré d'intimité qu'il veut avoir avec chacun de ses camarades de classe. Il n'est ni obligé d'être ami avec tout le monde, ni même les apprécier. En revanche, il doit tous les respecter.

Et si mon enfant est victime d'exclusion sociale ? Montrez-lui que même au sein d'une classe, on n'est jamais vraiment tout seul. Même si ce sentiment d'exclusion est d'autant plus fort s'il a envie d'appartenir à un groupe auquel il n'appartient pas. Et la meilleure façon de lutter contre l'isolement, c'est de s'allier avec ceux qui sont, comme lui, seuls. "Et il y en a dans toutes les classes", assure la psychologue. "De cette façon, il va créer des liens et des affinités et pourra construire lui-même son propre groupe".

L'école a un grand rôle à jouer

S'il est important que les parents expliquent de manière claire et imagée, les notions de "différence" et de "mixité sociale", l'école a également un rôle à jouer. Puisque c'est aussi à l'école qu'on apprend les règles du social et du savoir-vivre ensemble. Les questions de "racisme" et de "l'exclusion sociale" doivent être abordées au sein de la classe. Par ailleurs, ben faire la différence entre nationalité, couleur de peau et religion, ou encore remettre les conséquences de "l'exclusion sociale" dans un contexte historique (on peut très bien parler de la Ségrégation, de la Shoah, de l'esclavage, de la colonisation ou de tout autre rejet social dans l'Histoire) peuvent aider l'enfant à mieux mesurer la portée de ses propos. C'est aussi l'occasion d'expliquer que les guerres dans le monde ont souvent eu lieu à cause du rejet des autres : "on n"accepte pas la différence de l'autre et on cherche à le tuer", résume la spécialiste. Et même jeune, l'enfant peut tout à fait le comprendre.

Attention à l'assimilation musulman/terroriste. La différence entre ces deux termes n'est pas toujours acquise pour les enfants et cela peut poser beaucoup de problèmes dans les écoles, particulièrement dans celles où il y a peu de mixité sociale. Du fait de ce qu'ils peuvent entendre dans les médias ou de paroles maladroites d'adultes (sans même une mauvaise intention), ils peuvent très mal interpréter ces deux notions et les assimiler. "Il est donc très important d'expliquer ce qu'est la religion musulmane et de faire une nette distinction entre ces deux termes, et cela très tôt afin d'éviter ce type de raccourci à l'école", conseille la spécialiste.

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