La méthode ABA pour "développer le langage et l'autonomie des enfants autistes"

Pour s'adapter au mieux à la spécificité de chaque enfant autiste, cette méthode de prise en charge propose un "programme de progrès" individuel basé sur la distraction. L'objectif ? Motiver l'enfant à sortir de ses intérêts restreints et l'aider à développer sa communication et son autonomie.

La méthode ABA pour "développer le langage et l'autonomie des enfants autistes"
© Katarzyna Białasiewicz - 123RF

"Les progrès réalisés dans la prise en charge des enfants présentant des troubles du spectre de l'autisme (TSA) sont insuffisants", déplorait Didier Migaud, le président de la Cour des comptes, dans une enquête présentée le 24 janvier 2018 à l'Assemblée nationale. Pourtant, une prise en charge adaptée et précoce est indispensable pour espérer une progression de l'enfant autiste. Importée du Canada depuis près de 20 ans, la technique de l'ABA (Applied Behavior Analysis pour Analyse Appliquée du Comportement) va dans ce sens et prend en charge les enfants dès leur plus jeune âge. Cette méthode qui s'appuie sur les comportements de l'enfant dans différentes situations fait alterner moment de détente et temps d'apprentissage. Car oui "les enfants autistes sont tout à fait capables d'apprendre, mais dans un cadre extrêmement structuré, apaisant et ludique", assure Hélène Dupont-Meyrieux, Présidente d'OVA France, une association qui œuvre depuis 2005 pour l'inclusion des personnes avec autisme en milieu ordinaire, notamment selon la technique comportementale et éducative ABA. En quoi consiste-t-elle ? A qui s'adresse-t-elle ? Comment se met-t-elle en place ? Toutes les réponses.

En quoi consiste-t-elle ?

"L'ABA va enseigner aux enfants tout ce qu'ils n'ont pas pu apprendre naturellement"

L'autisme fait partie des troubles envahissants du développement (TED), caractérisés par des altérations de la communication, des interactions sociales, ainsi que des troubles du comportement tels que des intérêts et activités restreints, stéréotypés et répétitifs. Par ailleurs, certaines personnes autistes présentent une sensorialité inhabituelle : certaines peuvent être beaucoup moins sensibles à la douleur et à d'autres stimulations sensorielles ou au contraire être hypersensibles aux sons ou au toucher. D'où le fait de ne pas supporter les endroits bruyants ou le fait de refuser d'être câliné par exemple. Surtout, "l'enfant autiste ne présentant pas de troubles associés ne présente pas de retard de développement, mais une différence de développement, d'où l'intérêt de mettre en place une prise en charge précoce et adaptée au caractère de chaque enfant", explique Hélène Dupont-Meyrieux. L'ABA va dans ce sens et propose donc un apprentissage explicite et extrêmement décomposé. "Cette technique d'apprentissage convient parfaitement aux enfants atteints de troubles autistiques puisqu'ils sont naturellement en recherche de précision, de concret et de rigueur", précise-t-elle, avant d'ajouter que l'ABA "va enseigner aux enfants tout ce qu'ils n'ont pas pu apprendre de manière naturelle, comme auraient pu le faire les enfants ordinaires".

Comme toutes les prises en charge des troubles du spectre autistique, plus tôt on la commence, plus son efficacité est grande. L'association OVA propose une prise en charge intensive et individuelle, de tous les enfants atteints de troubles autistiques dès l'âge de 2 ans. L'ABA - reconnue scientifiquement et validée par la recherche médicale (elle suit les recommandations de la Haute Autorité de Santé et de l'Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux) - est au cœur de cette prise en charge : l'enfant, quel que soit son âge, est généralement pris en charge 18 heures par semaine dans une structure expérimentale "certifiée ABA". Le reste du temps, il est soit à la maison, à l'école ou dans une autre structure adaptée. Le nombre d'heures peut être variable selon les enfants. Chaque enfant pris en charge a un programme qui lui est propre et ce dernier est destiné à évoluer en fonction du comportement, des progrès et de la vitesse d'évolution de l'enfant. Si le programme ne semble pas fonctionner au bout d'un certain temps, il est réajusté et adapté pour mieux répondre au profil de l'enfant. Tout ce que fait l'enfant - son temps de concentration, les activités ludiques qu'il préfère, ses progrès, ses échecs… - sont notés afin de lui proposer le programme d'apprentissage le plus en accord avec son profil. "Ce temps dans la structure prépare l'enfant dans sa réintégration dans le milieu ordinaire", résume la spécialiste, "aujourd'hui, 31 enfants et leurs familles y sont accompagnés". OVA propose également un service à la personne : c'est-à-dire que les éducateurs se rendent au domicile de l'enfant pour l'aider à progresser et à s'épanouir dans son environnement habituel, mais aussi pour donner des conseils concrets et pratiques aux parents.

Comment intéresser l'enfant ?

L'apprentissage doit être amené de façon ludique et agréable.

En premier lieu, l'ABA intervient sur la communication de l'enfant. Comment ? "En lui apportant des outils de langage fonctionnels et essentiels pour son futur, son bien-être et son autonomie". Ce langage peut être verbal, visuel ou gestuel : cela va dépendre des capacités physiques et langagières de l'enfant pris en charge. "À la fin de ce travail, l'enfant sera capable de formuler une demande et pourra interagir avec un interlocuteur", souligne la Présidente d'OVA. Le moment passé avec l'éducateur doit être un vrai moment de plaisir et de joie, car "on a parfaitement conscience que l'enfant ne pourra apprendre que s'il se sent en confiance et dans un cadre agréable, ludique et sensoriel", précise-t-elle. L'idée est alors de lui proposer un environnement plaisant dans lequel il peut écouter ses musiques préférées, participer à des activités attrayantes ou à des jeux qui stimulent sa sensorialité. Au fur et à mesure, on va insérer des tous petits moments d'apprentissage et plus l'enfant va évoluer, plus les temps d'apprentissage seront longs. D'autant plus que "l''enfant autiste est loin d'être réfractaire à l'apprentissage et au contraire demande à apprendre". Cependant, il doit trouver un intérêt à apprendre quelque chose, d'où le fait que l'apprentissage doit être amené de façon ludique et agréable.

L'apprentissage se fait en trois temps. Au départ, il se fait "à la table" : on apprend à l'enfant à rester assis à une table en face d'un interlocuteur, à interagir avec son éducateur : cela va le préparer à rester assis à l'école par exemple. Cette table sera un espace où l'enfant va faire ses activités favorites pour qu'il associe cet endroit à du plaisir. Ensuite, il y a ce que l'on appelle "l'apprentissage sans erreur" : c'est-à-dire qu'on ne va pas laisser l'enfant chercher et être mis en échec (le fait de se tromper est compliqué à appréhender chez l'enfant autiste). A contrario, l'éducateur (ou le parent à la maison) va directement lui montrer la solution pour qu'il y arrive sans aucune difficulté et ainsi l'accompagner pour qu'il soit en réussite. Puis progressivement, l'aide sera de plus en plus discrète. "Chaque progrès est mesuré et inscrit dans le suivi des progrès de l'enfant afin qu'il y ait un vrai relais et une parfaite cohérence entre chaque éducateur", précise la spécialiste avant d'ajouter que "cela permet de vérifier l'efficacité du programme et de le réajuster le cas échéant". Vient ensuite la phase dite de "généralisation" : dès qu'un programme ou une tâche est acquise (serrer la main à quelqu'un, se brosser les dents, se repérer dans une rue ou s'habiller seul, par exemple), l'enfant va être invité à la faire dans un autre lieu, avec une autre personne ou dans un autre contexte, car "chez les enfants autistes, cette généralisation ne se fait pas toujours naturellement", souligne Hélène Dupont-Meyrieux.

Psychologues, éducateurs et parents au cœur du dispositif

Dans cette méthode comportementale, une psychologue formée en technique comportementale et particulièrement en ABA supervise une équipe de plusieurs éducateurs. Et comme "motiver l'enfant à sortir de ses intérêts restreints et à s'impliquer dans un apprentissage nécessite beaucoup d'énergie et de l'investissement, c'est pour cela que l'éducateur qui va être en tête-à-tête avec l'enfant change toutes les heures", précise Hélène Dupont-Meyrieux. Par ailleurs, "étant les premiers éducateurs de l'enfant, les parents sont complètement ancrés au cœur du dispositif", ajoute-t-elle : ce sont eux qui vont décider des objectifs avec la psychologue référente de l'enfant. De plus, l'équipe pédagogique est là pour leur donner régulièrement des outils de guidance et des conseils qu'ils peuvent appliquer de retour à la maison et au quotidien.

Combien coûte-t-elle ?

Cela dépend du nombre d'heures de la prise en charge. Pour une prise en charge de 18 heures par semaine, une place dans la structure expérimentale d'OVA coûte 46 000 euros par an. "L'ARS (fonds publics) finance à hauteur de 36 000 euros et nos fonds privés complètent à hauteur de 10 000 euros pour chaque enfant", précise la Présidente d'OVA. Hormis le matériel et les éventuels équipements nécessaires à l'enfant, les parents n'ont rien à payer pour cette prise en charge. 

Des vidéos pour aider l'entourage à mieux vivre l'autisme. Imaginée par Priscilla Werba, orthophoniste depuis 24 ans, et l'association Joker, la plateforme Deux minutes pour agir répertorie plus de 200 dessins animés mettant en scène des situations de la vie d'enfants autistes. L'objectif ? Améliorer la progression et l'épanouissement de ces enfants atteints de troubles autistiques ainsi que le bien-être de leur famille. En effet, ces courtes vidéos de 2 minutes, soutenues par les autorités médicales, apportent aux parents et plus généralement à l'entourage des jeunes autistes, des solutions concrètes et pratiques afin de les aider à progresser, à s'adapter et à s'épanouir dans différents environnements (à l'école, dans la cour de récré, dans la rue, au restaurant, dans les magasins…). Voir toutes les vidéos sur le site www.deuxminutespour.org

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