A quel âge décalotter bébé ?

Qu'est-ce que le décalottage ? Quand commencer et comment s'y prendre ? Que faire lorsque l'on ne parvient pas à décoller correctement le prépuce du gland ? Réponses du Dr Eric Saban, pédiatre.

A quel âge décalotter bébé ?
© Roberto Binetti - 123rf

Qu'est-ce que le décalottage ?

Le décalottage consiste à décoller le prépuce de la surface du gland du pénis. Lorsque l'enfant n'est pas circoncis, le prépuce a tendance à recouvrir le gland, ce qui peut provoquer de petites sécrétions blanches et pâteuses qui coagulent. C'est ce que l'on appelle le smegma. Cette substance agit comme une sorte de colle, qui maintient le prépuce collé au gland. "Les parents ont tendance à s'inquiéter lorsqu'ils décalottent leur enfant pour la première fois, pensant qu'il s'agit d'une infection", mais cela est "tout à fait normal et il n'y a pas de risque d'infection", rassure le Dr Eric Saban.

A quel âge décalotter bébé ?

"Pendant les premiers mois, les bébés sont encore trop petits. Ils peuvent avoir de petites érections, mais celles-ci ne sont pas suffisantes pour décoller le prépuce du gland", précise le Dr Eric Saban. "On ne doit pas décalotter les bébés durant les premiers mois, le prépuce étant très étroit", ajoute-t-il. Cela risque en effet de provoquer des cicatrices fibreuses, qui pourraient être par la suite gênantes durant la vie sexuelle. "A 9 mois, on peut commencer à tirer doucement sur la peau du prépuce", conseille-t-il aux parents. A cet âge, l'enfant n'en a alors pas de souvenir, contrairement à un décalottage effectué vers 4 ou 5 ans. Par ailleurs, "ce geste d'hygiène se fait naturellement dans le bain vers l'âge de 3/4 ans, lorsque les petits garçons jouent avec leur zizi."

Comment décalotter ? 

Il ne faut surtout pas être "traumatisant", et faire un décalottage en douceur. L'idéal est de décalotter l'enfant après le bain, car la peau est assouplie. Il est conseillé de procéder petit à petit, pour gagner 1 mm au fur et à mesure des bains (en moyenne une à deux fois par semaine), de façon à ce que l'enfant puisse être complètement décalotté. Si le décalottage n'est pas complet, il est possible que les adhérences perdurent durant l'enfance. "Mon fils de 4 ans a été décalotté lorsqu'il avait 3 ans. Tout se passait bien, mais depuis quelques jours, il n'arrive plus à se décalotter tout seul, et je n'y arrive pas non plus", témoigne Lea sur le forum.

Pour les parents qui ne souhaitent pas le faire eux-même, le pédiatre peut s'en charger. Le Dr Eric Saban le propose par exemple lors de la visite du 9e mois. "Je demande aux parents d'appliquer la crème anesthésiante EMLA, une heure avant la consultation, entre le gland et le prépuce (tout autour)". Le professionnel de santé tire alors délicatement sur le prépuce pour le décoller. "Il faut savoir que les garçons ont légèrement mal lorsqu'ils font pipi, pendant les deux jours qui suivent environ", avertit le pédiatre. C'est pourquoi il recommande d'appliquer de nouveau de la crème à chaque change, sur le bout du zizi.

Pour ou contre le décalottage ? 

Certains pédiatres sont contre le décalottage, un geste qu'ils considèrent souvent comme étant traumatisant pour l'enfant. Ils estiment par ailleurs que les adhérences préputiales vont peu à peu se libérer, de manière naturelle, par le biais de petites érections.

Le Dr Eric Sabant fait quant à lui partie de "l'ancienne école", qui préfère continuer à décalotter les petits garçons. "Petit à petit, ces adhérences risquent de progresser vers le bout du zizi", explique le pédiatre. "Parfois, le prépuce est complètement refermé et les enfants ne peuvent plus uriner", ajoute-t-il. Dans ce cas très rare, une intervention chirurgicale est nécessaire. Par ailleurs, "l'expérience montre que lorsqu'on ne les décalotte pas, des adhérences se forment et cela empêche les érections à un moment donné", ajoute-t-il. Au moment de l'adolescence par exemple, "les jeunes peuvent avoir des érections douloureuses en raison de ces adhérences préputiales qui n'ont jamais été libérées", précise le spécialiste. Et cela peut avoir des conséquences psychologiques.

Décalottage et circoncision

Il arrive parfois que le prépuce soit trop étroit et impossible à décalotter, même lorsqu'on force un peu. On parle alors de phimosis et il s'agit de la seule indication médicale pour pratiquer une circoncision. "On arrive à des situations où les parents ont laissé s'installer des adhérences durant des mois, voire des années. Résultat : le prépuce est devenu tellement étroit que la seule alternative devient la circoncision", explique le Dr Eric Saban. Mais ce cas est encore une fois assez rare. "Et c'est justement pour éviter d'en arriver à cela, qu'il faut les décalotter", précise-t-il. Rappelons que la question du décalottage ne se pose pas pour les enfants circoncis, dans le cadre de leur religion, puisque une partie du prépuce a été retiré. Pour autant, il déconseille vivement aux parents d'y avoir recours en dehors du cadre rituel ou médical, et uniquement pour des raisons d'hygiène. "Un zizi bien décalotté est aussi propre qu'un enfant circoncis. Néanmoins, s'il n'y a pas de raison religieuse, l'enfant pourra reprocher cet acte à ses parents en grandissant, et cela peut donner lieu à des soucis psychologiques".

Quand s'inquiéter ?

"Si les enfants sont suivis par un pédiatre qui a l'habitude de décalotter les enfants, celui-ci le proposera entre 9 et 12 mois. En revanche, si le médecin généraliste estime que le décalottage ne doit pas être pratiqué, on peut voir des enfants qui ont des démangeaisons, avec des adhérences préputiales et du smegma à l'intérieur. Autre indication : lorsque le débit du jet urinaire est faible, cela signifie que le prépuce est en train de se rétrécir et qu'il faut le décalotter un minimum afin que l'enfant puisse uriner normalement", explique le spécialiste. Dans ce cas, il est possible de faire un décalottage partiel, pour ne pas traumatiser l'enfant.

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