Selon la Cour des comptes, la prise en charge de l'autisme reste insuffisante

Dans un rapport présenté devant l'Assemblée nationale, la Cour des comptes pointe du doigt la mauvaise gestion de l'autisme en France, en raison d'un manque de connaissances sur ce trouble neuro-développemental. Que préconise-t-elle ?

Selon la Cour des comptes, la prise en charge de l'autisme reste insuffisante
© Anna Bizon - 123RF

"Les progrès réalisés dans la prise en charge des enfants [présentant des troubles du spectre de l'autisme (TSA)], mais surtout des adultes, sont insuffisants", déplore Didier Migaud, le président de la Cour des comptes, dans une enquête présentée le mercredi 24 janvier 2018 à l'Assemblée nationale. En cause ? "Une connaissance du sujet encore trop lacunaire en France", pointe-t-il, bien qu'en progrès depuis quelques années. Les auteurs de ce rapport regrettent particulièrement que "les composantes de l'offre de soins et d'accompagnement soient très mal connues notamment en psychiatrique, en ambulatoire et en hôpital de jour" et que "le diagnostic des adultes demeure très insuffisant", notamment dans les établissements médico-sociaux et les instituts médico-éducatifs. Pourtant, cette étape du diagnostic semble indispensable pour proposer une prise en charge plus pertinente.

Un meilleur diagnostic. L'institution réclame un approfondissement des connaissances de l'autisme afin de "sortir de la situation actuelle de navigation en vue". Pour cela, elle préconise le déploiement de programmes de diagnostic pour les ados et les adultes : ces diagnostics devraient être plus fonctionnels et pratiqués à intervalles réguliers bien qu'ils soient onéreux. Par ailleurs, "un inventaire de l'offre" et des "complémentarités entre les différents établissements" semblent impératifs. Parallèlement à d'autres études générales sur l'autisme, elle recommande la création d'un institut neuro-développement pour coordonner les recherches existantes (qu'elles soient clinique, en sciences humaines ou sociales).

Favoriser l'inclusion scolaire dès la maternelle. Pour faciliter l'orientation des enfants autistes dans des milieux scolaires plus adaptés à leurs besoins, des "partenariats plus systématiques" entre les agences régionales de santé (ARS) et l'Éducation nationale ont été annoncés par Jean-Michel Blanquer et Sophie Cluzel, la secrétaire d'État aux personnes handicapées, le 4 décembre 2017. L'objectif ? Repérer les premiers signes de l'autisme de manière plus précoce et augmenter les chances d'inclusion scolaire dès l'école maternelle. D'après le rapport de la Cour des comptes, le recours à des ressources expertes et plus qualifiées dans chaque département, capables d'intervenir en cas de crise et de mieux conseiller les professionnels dans les classes ordinaires, mais aussi le personnel de crèche, les enseignants ou les pédiatres, doit être mis en place.

Quatrième plan autisme : le Sénat va faire ses propositions. A la veille du quatrième plan autisme lancé le 6 juillet 2017 par Emmanuel Macron, le rapport de la Cour des comptes déplore les failles dans la prise en charge des personnes atteints de TSA en France. Toutefois, ce trouble neuro-développemental avait fait l'objet de trois plans depuis 2005 qui avaient prévu plusieurs actions à destination des professionnels de santé pour les sensibiliser au repérage. Mais celles-ci sont restées limitées : seuls 15 % des enfants bénéficient aujourd'hui du diagnostic et de l'intervention précoce, estime le rapport qui reconnaît toutefois que ces trois plans "ont permis d'amorcer des changements, notamment dans la perception de l'autisme". Après s'être réunis plusieurs fois de septembre à décembre 2017, le comité de pilotage du plan et huit sénateurs doivent désormais émettre leurs propositions de mesures et leur calendrier de mise en oeuvre. "Une première présentation des conclusions [devrait se faire] avant l'été", a indiqué le groupe de sénateurs le 25 janvier 2018. 

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