Mon enfant ment : que traduisent ses mensonges ?

Qui n'a jamais menti pour plaire, pour cacher une situation un peu honteuse ou tout simplement pour échapper à une remontrance ? Comme les adultes, les enfants ne disent pas toujours toute la vérité. Mais, peut-on parler de véritables mensonges ? Que cachent-ils ?

Mon enfant ment : que traduisent ses mensonges ?
© Ulkas - 123RF

Il a eu un 7/20 en maths et n'ose pas vous l'avouer, a dénoncé son petit-frère après avoir renversé son bol de chocolat chaud sur le canapé tout neuf, et s'invente un meilleur ami champion de catch ? Votre enfant est parfois amené à mentir et a sûrement ses raisons. Quelles sont-elles ? A-t-il conscience de son mensonge ? Quand faut-il s'inquiéter ? Florence Millot, psychologue pour enfants, répond à nos questions.

Peut-on réellement parler de "mensonges" ?

"Pourquoi me ment-il ? Est-ce normal ?". Les mensonges de leurs enfants peuvent inquiéter les parents. Pourtant, eux-mêmes mentent quotidiennement, que ce soit pour ne pas vexer une collègue de travail, préserver de bonnes relations, ne pas avoir à avouer ses ressentis ou tout simplement pour maintenir des règles sociales et de savoir-vivre. Car oui, un mensonge est parfois un mal nécessaire, bien plus sage et sain qu'une vérité. Et cela, l'enfant le comprend très vite, entre 4 et 7 ans, "lorsqu'il commence à construire sa pensée, à avoir des réflexions plus abouties, à développer son langage intérieur et à analyser une situation", explique d'emblée Florence Millot. Mentir est donc une étape fondamentale dans la construction de sa personnalité et dans son développement psychique. Cela va lui permettre de fabriquer ses propres jugements. Et d'ailleurs, comment ne peut-il pas être tenté de mentir lorsqu'il entend à longueur de journée "on ne dit pas ça aux gens !", "on ne doit pas parler de ce sujet-là !" ?

Pourquoi a-t-il besoin de mentir ?

La psychologue tient à rassurer les parents : la majorité des mensonges d'un enfant sont "des mécanismes de défense" et "des réflexes instinctifs pour se protéger". De quoi ? D'une image potentiellement négative, d'une mauvaise réaction ou d'un envahissement émotionnel ("je suis nul", "on ne va plus m'aimer"…). D'ailleurs, c'est souvent très compliqué pour l'enfant de discerner le mensonge qu'il fait à autrui d'un mensonge qu'il se fait à lui-même, voire d'une auto-persuasion, car l'enfant a une perception de la situation qui lui est propre. D'ailleurs, "un enfant complètement transparent, qui dit toujours la vérité révèle souvent un mal-être : il n'ose pas être lui-même ou veut absolument faire plaisir à ses parents", souligne l'experte, avant d'ajouter qu'un enfant "a donc tout à fait le droit d'avoir un jardin secret et une intimité : tout ce qu'il pense au fond de lui n'a pas à être exprimé". Il est donc important de lui laisser une part de liberté, quand le mensonge n'est pas dangereux et qu'il ne fait de mal à personne. "La totale transparence est souvent un fantasme parental, alors que s'il y a un trop grand contrôle sur l'enfant, ce dernier est incité à encore plus mentir", explique l'experte, avant de tranquilliser les parents : "un mensonge n'est certes pas anodin chez un enfant, mais il est important de ne pas le voir comme un acte provoquant ou malsain". Il faut d'ailleurs faire la différence entre l'affabulation anecdotique (il enjolive une situation), le mensonge par omission (il ne vous a pas avoué une mauvaise note) et le recours systématique au mensonge.

Comment réagir face à un mensonge ?

"Le punir ou le forcer à avouer la vérité est contre-productif"

Si le mensonge commence à devenir de plus en plus fréquent ou que l'enfant change de comportement (il se renferme, ne veut plus trop parler, a des mauvaises notes, a de moins en moins d'amis, a une mauvaise image de lui…), cela révèle une souffrance. Si vous vous apercevez de mensonges récurrents, le mieux "est de prendre du recul, d'observer les attitudes de son enfant avant de démarrer une discussion et d'avoir des questions concrètes à lui poser", conseille la psychologue. "Racontez-lui des faits précis et dites-lui que vous voyez ce qu'il se trame". De cette manière, l'enfant se sentira pris en considération et pourra facilement se représenter les conséquences de ses mensonges. L'enfant ne répondra pas forcément tout de suite, surtout s'il veut se protéger de quelque chose, mais s'ouvrira progressivement. Florence Millot préconise même d'être "assez doux" : lui dire "je sais que tu mens" va créer une barrière chez l'enfant, ce dernier risque de se renfermer et de mentir à nouveau. De même, "le punir sans chercher à comprendre la cause de son mensonge est contre-productif et n'apprend pas à avoir un comportement différent", précise la psychologue qui préconise plutôt une sanction constructive et un échange (lui faire refaire des exercices s'il a menti sur une mauvaise note, aider son frère s'il l'a dénoncé…). Réfléchissez avec lui à des solutions pour "réparer son mensonge" et apprenez-lui à présenter des excuses. Néanmoins, si le mensonge devient pathologique et qu'il prend trop de place dans le quotidien de l'enfant, mieux vaut consulter un thérapeute qui pourra déterminer d'où vient ce besoin systématique de cacher la vérité (manque de confiance en lui, passé douloureux, peur de décevoir...).

3 phrases à dire à un petit menteur :

  • "de quoi as-tu peur ?" permet de lui faire extérioriser sa peur des conséquences de son mensonge (peur d'être puni, d'avoir honte, de vous avoir déçu…).
  • "je connais la vérité/j'ai vu ce qu'il s'est passé. Peux-tu, à ton tour, me dire ce qu'il s'est réellement passé ?" : aider l'enfant à verbaliser lui-même son mensonge l'aide à en prendre conscience.
  • "J'ai besoin de te faire confiance pour t'accorder plus de responsabilités" : valorise les actes responsables et rappelle des valeurs comme l'honnêteté et la franchise.

Lire aussi :