Témoignage : mon enfant est hyperactif

Leslie est maman de Gabin, 4 ans, et Anton, 7 ans, atteint d'un trouble de déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH). Il lui a fallu attendre 3 ans avant que le diagnostic soit enfin posé. Rendez-vous médicaux, relations sociales, regard des autres... Elle nous raconte son quotidien et son "parcours du combattant".

Témoignage : mon enfant est hyperactif
© Leslie C.

Comment repérer les signes de l'hyperactivité ? Quelles sont les aides et comment gérer la situation au quotidien ? Leslie, maman d'Anton, 7 ans, et de Gabin, 4 ans, témoigne de son parcours du combattant au Journal des Femmes et nous livre ses conseils.  

Quand avez-vous compris que votre enfant était hyperactif ?

Avant qu'Anton fasse sa première rentrée des classes, on pensait tout simplement que c'était un petit garçon agité. Comme il s'agissait de mon premier enfant, je n'avais aucun repère. Difficile donc de savoir si son impulsivité était normale ou pas par rapport aux autres enfants. Mais lorsqu'il est arrivé en petite section de maternelle, j'ai été convoquée par la maîtresse, qui m'a fait part d'un comportement anormal. Selon elle, Anton ne tenait pas en place, il était incapable de rester assis sur une chaise, et de trouver sa place dans le groupe. En somme, il rencontrait des difficultés à suivre un cadre et un rituel précis à l'école. Il faisait aussi des bêtises auxquelles les autres enfants n'auraient même pas pensé faire à son âge, comme prendre les clés de l'armoire ou monter sur les étagères pour couper les rideaux !

"Il a fallu 3 ans avant de poser
un diagnostic". 

Les premiers signes sont apparus vers trois ans, mais le vrai diagnostic (Trouble de l'attention avec hyperactivité) n'a été déclaré qu'à l'âge de 6 ans. Entre temps, ce fut un véritable parcours du combattant, on courrait de spécialistes en spécialistes pour essayer de régler le problème. Au départ, les professionnels de santé ont supposé qu'Anton ne devait pas entendre correctement et nous ont donc orientés vers un ORL. Il s'est fait opéré des végétations et porte des yoyos, mais cela n'a évidemment pas arrangé les choses. Après avoir vu plusieurs spécialistes, c'est finalement un neuropédiatre qui a confirmé le diagnostic. Si le diagnostic est souvent tardif, c'est parce que le trouble de l'hyperactivité, à la différence d'un simple problème de comportement, relève d'une défaillance neurologique, qui demande pour l'évaluer, d'attendre que l'enfant ait suffisamment grandi. 

Qu'est-ce que cela a changé ?

Du jour au lendemain, cela a été un soulagement et une libération. Il y a enfin eu un mot posé sur un problème et le poids de la culpabilité a disparu. Mon enfant n'était alors plus un garçon mal élevé, mais un enfant ayant une difficulté. En tant que parent, le regard des autres est très accusateur, puisque lorsqu'un enfant est agité, c'est forcément le signe d'une éducation défaillante. En outre, certaines suspicions (maltraitance infantile, retard mental) ont enfin été écartées.

Concrètement, nous avons pu mettre en place un protocole de soins adapté à la situation d'Anton. Si l'enfant le tolère et si le neuropédiatre y est favorable, on peut aussi envisager un traitement médicamenteux. Cela permet à Anton de canaliser son énergie durant les 8 heures qui suivent et cela l'aide notamment à s'intégrer plus facilement à l'école. Il parvient ainsi à mieux maîtriser son impulsivité qu'il a du mal à contrôler. 

Comment cela se passe-t-il à l'école ? Comment le vit-il au quotidien ? 

Un enfant hyperactif est beaucoup plus puni et montré du doigt que les autres et il ne comprend pas toujours pourquoi il se fait réprimander puisque cela ne part jamais d'une mauvaise intention. Aussi, il a un véritable manque de confiance en lui et ses réactions sont décuplées. Par exemple, lorsqu'un camarade de classe va le bousculer, il peut se mettre à le frapper. Ce sont donc les relations sociales qui sont les plus difficiles et il n'a pas vraiment de copains. En outre, Anton est aussi hypersensible, comme tous les enfants hyperactifs.  

Et ses relations avec son frère ? 

Avec son petit frère Gabin, les relations sont parfois difficiles. Même s'ils sont très complices et s'amusent ensemble, ils se chamaillent (comme dans la plupart des fratries). Mais Gabin a tendance à reproduire le côté impulsif de son aîné. En tant que parent, il faut être d'autant plus vigilant aux réactions de chacun, et veiller à ce qu'ils ne se mettent pas en danger l'un et l'autre. Il est déjà arrivé de voir Anton poser un coussin sur son frère ou une main sur sa gorge pour le faire taire et ces situations sont compliquées à gérer.

Quel suivi est mis en place pour l'accompagner ? 

Anton voit une psychomotricienne, qui l'aide à réguler les émotions de son corps au quotidien, à lui donner des repères dans le temps et dans l'espace afin qu'il soit un peu moins maladroit. Il voit également un psychologue qui l'aide à dépasser ses troubles de l'anxiété, et une orthophoniste, car il présente un retard scolaire en raison de ses difficultés à être attentif en classe. A l'école, une auxiliaire de vie scolaire (AVS) l'accompagne 15h par semaine afin de l'aider au quotidien. Elle a pu être mise en place grâce à la MDPH (Maison Départementale du Handicap), suite à une demande d'accompagnement scolaire et est considéré "enfant handicapé" à 80%. Il existe par ailleurs des classes Ulis, spécialisées pour la scolarisation des enfants handicapés, avec des enseignants et des AVS formés en fonction des troubles. Enfin, Anton suit des séances de groupes de deux heures avec une psychomotricienne et une psychologue, ainsi qu'une enseignante spécialisée. Finalement, la difficulté pour les familles, c'est de poser un diagnostic, ensuite, les parents sont relativement bien accompagnés pour améliorer la vie de l'enfant. 

© dominiqueetcompagnie

Comment abordez-vous le sujet avec votre fils ? 

L'essentiel, c'est de faire comprendre à l'enfant les difficultés qu'il rencontre, de manière à ce qu'il puisse les expliquer en cas de besoin, lorsqu'il se retrouve seul à l'école, ou qu'il est confronté à d'autres parents lors de sorties scolaires par exemple. Il faut surtout lui expliquer qu'il n'est pas seul, que ce n'est en aucun cas sa faute afin de le déculpabiliser, et faire en sorte qu'il s'exprime verbalement plutôt que par des gestes violents.

Des livres pour enfants. On peut aussi lui lire des histoires à travers lesquelles il pourra s'identifier. Anton lisait des BD sur ce thème. Cela permet à l'enfant de découvrir des histoires similaires avec des personnages qui rencontrent les mêmes difficultés que lui. Des sites spécialisés proposent une sélection d'ouvrages adaptés à l'hyperactivité d'un enfant, en traitant des troubles du comportement. "Le lion dans la tête de Ludovic" raconte l'histoire d'un petit garçon très agité, qui ravage tout sur son passage. Ses parents vont tenter d'apaiser le "lion intérieur" qui sommeille dans la tête de cet enfant hyperactif.

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