Une dictée quotidienne à l'école primaire

Les élèves français sont à la traîne en lecture et se placent à la 34e place sur 50 pays. Face aux résultats de l'étude Pirls, Jean-Michel Blanquer a annoncé une dictée quotidienne à l'école primaire et une meilleure formation des enseignants.

Une dictée quotidienne à l'école primaire
©  Joana Lopes-123rf

Les écoliers français n'obtiennent pas la meilleure note en lecture ! L'enquête Pirls (Progress in International Reading Literacy Study), menée en 2016 auprès de 319 000 enfants âgés de 9 à 10 ans à travers 50 pays, compare le niveau de lecture et les différents systèmes éducatifs. Réalisée tous les cinq ans, cette vaste étude publiée mardi montre que les compétences en lecture et en compréhension diminuent pour les élèves français en classe de CM1. Ces derniers se placent à la 34e position avec un score de 511 points, soit juste au-dessus de la moyenne internationale fixée à 500 points (tandis que la moyenne européenne se situe à 540 points). En 2011, les Français obtenaient pourtant la note de 520 points. L'hexagone est donc le seul pays, avec les Pays-Bas, à voir son score en déclin depuis 15 ans. 

Une dictée par jour au primaire. Face à ces résultats "catastrophiques", le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer réagi dans un communiqué. "Nous ne pouvons pas nous résoudre à ce que, enquête après enquête, la France glisse vers les profondeurs des classements. Aussi, l'acquisition des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter, respecter autrui) par tous les élèves de notre pays est un impératif au cœur des politiques d'éducation". Pour permettre aux élèves de s'améliorer, "l'enseignement de la grammaire et de l'orthographe a vocation à être quotidien" et "la dictée doit être quotidienne à l'école élémentaire", précise le ministère de l'Education. Jean-Michel Blanquer a également réuni un Conseil scientifique afin d'établir des recommandations et mieux "guider les inspecteurs et les professeurs dans leurs pratiques". Il rappelle par ailleurs les mesures mises en place à la rentrée 2017 pour améliorer l'apprentissage à l'école, notamment avec le dédoublement des classes de CP en Rep+, l'évaluation des élèves en CP et en 6e, ainsi que la priorité donnée à l'apprentissage des fondamentaux. 

Enfin, "pour les élèves dont la scolarité est déjà bien engagée, nous devons également agir. L'heure hebdomadaire que les professeurs des écoles utilisent pour des activités pédagogiques complémentaires (APC) sera entièrement consacrée à la compréhension de l'écrit. Au collège, les élèves dont les évaluations de novembre soulignent des faiblesses en compréhension de l'écrit auront au moins deux heures d'accompagnement personnalisé dédiées à cette compétence indispensable pour continuer leur scolarité dans de bonnes conditions", précise le ministère.

Qui sont les meilleurs élèves ? Parmi les bons élèves, les enfants russes sont en tête du classement avec 581 points. Ils sont suivis de Singapour (576 points), de Hongkong (569 points), de l'Irlande (567 points) et de la Finlande (566 points). Quant à la Pologne, elle affiche des résultats impressionnants (565 points), puisque lors du dernier classement en 2011, le pays présentait des résultats inférieurs à ceux de la France, et se classe désormais en 6e position. De manière générale, onze pays se sont améliorés depuis ces 15 dernières années. Enfin, tout en bas du classement figure l'Afrique-du-Sud avec 320 points. Les chercheurs notent par ailleurs une différence entre les sexes. Sur les 50 pays ayant participé à l'étude, 48 présentaient des résultats supérieurs chez les filles, par rapport aux garçons.

Quelles sont les difficultés des élèves français ? Pour établir ce classement, les écoliers ont répondu par écrit à une série de questions permettant d'évaluer leurs capacités de compréhension en lecture. Ils devaient par exemple lire douze textes courts adaptés à leur âge. Les chercheurs ont alors analysé leur manière de lire ces textes, mais surtout ce qu'ils avaient compris ou interprété. Les élèves français se montrent à l'aise lorsqu'il s'agit de répondre à des questions simples comme préciser le nom du personnage principal dans l'histoire par exemple. Ils ont en revanche plus de mal à interpréter un texte et à en tirer un raisonnement ou une conclusion.

Enquête internationale PIRLS © Ministère de l'Education

Comment expliquer ces lacunes ? Selon l'étude, les enfants dont les parents accordent une importance particulière à la lecture ont plus de facilité de compréhension. L'environnement familial, l'apprentissage précoce ainsi que les outils mis à disposition des enfants à la maison leur permettent d'acquérir des bases solides pour la suite. Néanmoins, l'étude note une "diminution de l'attitude positive des parents envers la lecture depuis 2011 dans 31 pays". En effet, ils sont de moins en moins nombreux à lire, et 17% déclarent ne pas aimer la lecture. Par ailleurs, le temps passé à enseigner les fondamentaux, ainsi que l'expérience des maîtres et maîtresses est loin d'être remis en cause. En France, 37% du temps global est en effet consacré à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, et les enseignants ont en moyenne 16 ans d'ancienneté. Ce qui pèche, c'est certainement la formation des professeurs, pointe du doigt l'étude. Sur les deux années qui précèdent l'enquête, 38% des écoliers français (contre 16% en moyenne dans les autres pays) avaient des enseignants qui n'avaient pas reçu de formation continue sur la lecture.

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