Enfants dyslexiques : vers un meilleur diagnostic ?

Parmi les enfants diagnostiqués dyslexiques, certains éprouvent de grandes difficultés dans la maîtrise de l'écriture et de l'orthographe et ce, en plus de la lecture.

Enfants dyslexiques : vers un meilleur diagnostic ?
© Tatiana Gladskikh - 123RF

Différent d'un simple retard d'acquisition ou mental, la dyslexie est un trouble du langage écrit qui peut affecter la lecture, l'orthographe, mais aussi l'écriture. Ce trouble persiste dans le temps, c'est pourquoi on parle de trouble durable. Si de nombreuses études ont analysé l'origine des difficultés des personnes dyslexiques lors de la lecture, peu se sont intéressées à l'impact de la dyslexie sur les mécanismes de l'écriture. C'est pour cela qu'une série d'études menées par Sonia Kandel, professeure de l'Université de Grenoble Alpes et au CNRS, en collaboration avec le Centre de recherches sur la cognition et l'apprentissage de Poitiers, se sont penchées sur "l'aspect purement moteur de l'écriture dans le cadre du trouble dyslexique chez l'enfant". Les résultats, publiés en novembre 2017 dans la revue spécialisée Cognitive Neuropsychology, montrent que le déchiffrage de l'orthographe constitue un tel effort pour les enfants dyslexiques "qu'il finit par modifier ou inhiber le geste d'écriture, alors que ces enfants ne sont pas dysgraphiques". En ce sens, ces études ont permis de mettre en évidence que les mouvements d'écriture ne sont pas des mouvements simples, surtout pour les enfants dyslexiques et que ces gestes d'écriture sont indéniablement liés "à la maîtrise de l'orthographe". Par exemple, il a été constaté que le groupe de lettres "MON" est plus simple à écrire dans un mot qui s'écrit comme il se prononce tel que "montagne", que dans un mot irrégulier comme "monsieur".

Un impact sur le mouvement d'écriture. Pour bien comprendre comment l'orthographe pouvait affecter le geste d'écriture, les chercheurs ont axé leurs travaux sur l'observation des enfants dyslexiques pendant des tests consistant à écrire des mots plus ou moins difficiles à retranscrire : réguliers, irréguliers, fréquents, rares, ayant un sens ou complètement inventés. Puis, ils ont enregistré les mouvements graphiques des enfants sur des tablettes digitales. Résultats : même en l'absence de troubles moteurs, l'enfant atteint de troubles dyslexiques semble présenter une maîtrise de l'orthographe fragile et affaiblie. En effet, "le contrôle de l'orthographe leur devient tellement coûteux qu'il interfère ou inhibe leur geste d'écriture" : ces enfants esquissent donc des tracés irréguliers, parfois illisibles, et sont "souvent considérés à tort comme dysgraphiques" (ayant un trouble au niveau de la mécanique du mouvement d'écriture). Conséquences : ce mauvais diagnostic induit une "rééducation inefficace" et peut décourager l'enfant. "Il est donc nécessaire d'affiner avec précision le diagnostic et de mettre en place un protocole de rééducation qui couple les aspects orthographiques et moteurs", soutient Sonia Kandel. 

Ecriture du mot "REGARD" par un enfant dyslexique. © Sonia Kandel, GIPSA-Lab (CNRS/Université Grenoble Alpes/Grenoble INP)

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