Le nombre d'enfants maltraités est sous-estimé

Bébés secoués, infanticides, enfants maltraités... Le nombre de victimes qui décèdent sous les coups de leur parents reste encore flou en France.

Le nombre d'enfants maltraités est sous-estimé
© Rafael Ben-Ari

En 2006, 77 500 enfants de moins de 15 ans ont été déclarés en danger selon l'Observatoire national de l'enfance en danger. Des chiffres consternants qui font souvent l'actualité, comme ce fut le cas ces derniers mois. Le 11 janvier, David, âgé de 8 ans, a été noyé dans sa baignoire, pour avoir mangé des bonbons alors qu'il était diabétique. Quelques semaines plus tard, c'est un adolescent de 15 ans qui est décédé après avoir reçu des coups de ceinture parce qu'il n'allait plus à l'école. Début février, le petit Yanis, 5 ans, est décédé suite à une punition de son beau-père. Parce qu'il venait de faire pipi au lit, le garçon a été contraint de courir plusieurs kilomètres dans le froid, en pleine nuit, et a été victime de coups ayant provoqués un traumatisme crânien. Le 9 février, une mère a été placée en garde à vue pour avoir frappé ses enfants à coups de câbles électriques.

Deux enfants tués par jour. Ces affaires font froid dans le dos, mais elles cachent de nombreux autres cas. "C'est plus facile de se dire qu'il n'y a que quelques cas isolés, mais il ne s'agit seulement que de la pointe de l'iceberg, car on ne médiatise que les affaires les plus extrêmes", a déclaré au journal Le Figaro Anne Tursz, épidémiologiste à l'Inserm et spécialiste de la maltraitance des enfants. Selon cette chercheuse, qui s'est aussi penchée sur le nombre de cas de bébés secoués, le nombre d'homicides de nourrissons est sous-évalué : il y aurait en fait deux enfants qui meurent chaque jour suite à de mauvais traitements. Dans les pays occidentaux à hauts revenus, on compte 10 % d'enfants maltraités, selon une précédente étude publiée dans la revue The Lancet. "Il est temps de savoir combien il y a d'enfants maltraités en France, c'est un préalable indispensable pour lutter contre ce phénomène qui suscite une "aversion de voir" car il est trop dérangeant", ajoute la spécialiste.

Ce vide statistique s'explique par la difficulté de recouper les informations et les chiffres de l'aide sociale à l'enfance, ainsi que ceux du ministère de la Justice et de l'Intérieur, et enfin les différentes données des cellules de recueil des informations préoccupantes (CRIP). Sans compter le fait que de nombreux cas de maltraitance ne sont pas signalés puisque la plupart du temps, ce sont les parents qui portent les coups. Des chiffres plus précis pourraient prochainement être communiqués, à l'occasion de la présentation du premier plan de lutte contre les violences faites aux enfants, présenté ce 1er mars par la ministre de l'Enfance, des Familles et des Droits des femmes Laurence Rossignol.

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