La méthode Singapour ou comment redonner le goût des maths aux enfants

Plutôt que d'apprendre par cœur certaines opérations, la méthode de Singapour se base sur la pratique, la manipulation d'objets et une approche ludique des mathématiques. Un rapport remis aujourd'hui à l'Education nationale souhaite s'en inspirer pour améliorer le niveau des Français.

La méthode Singapour ou comment redonner le goût des maths aux enfants
© Irina Schmidt-123rf

[Mis à jour 12/02/18] Les élèves français sont loin d'exceller en mathématiques. Voici le constat établi par plusieurs études internationales ces dernières années : et en effet, au classement TIMSS qui évalue les performances des enfants de CM1 en maths, la France est arrivée dernière. Alors, comment remonter le niveau des élèves en maths ? Le mathématicien et député La République en marche Cédric Villani, ainsi que Charles Torossian, inspecteur général de l'Education nationale ont remis ce lundi 12 février un rapport national à Jean-Michel Blanquer. Visant à réconcilier les élèves avec cette matière et à améliorer cet enseignement à l'école, le rapport se basant sur la "méthode de Singapour" (méthode qui s'appuie sur la manipulation d'objets pour apprendre à compter) et le SLECC ("savoir lire écrire compter calculer") comporte 21 mesures. Parmi elles, une meilleure formation en mathématiques des instituteurs de maternelle et de primaire, jugée actuellement "insuffisante". En effet, actuellement, "les professeurs des écoles, qui proviennent à 80% des filières littéraires, suivent seulement 80 heures de cours de maths, contre 400 heures à Singapour, pays qui caracole en tête des classements internationaux", précise le rapport qui devrait mettre en place une formation spécifique débutant juste après le bac et adaptée aux futurs enseignants. Ainsi, "nous devons multiplier par cinq le volume horaire consacré aux maths dans les formations initiales" et "renforcer, dès la rentrée 2018, la formation en maths des profs de CP-CE1 dédoublés des écoles défavorisées (dites REP+)", estime Charles Torossian. De plus, les auteurs du rapport suggèrent de nommer un référent mathématique dans chaque circonscription et de créer des laboratoires de maths dans 200 collèges et lycées pilotes : des lieux pour partager ses connaissances, expérimenter de nouvelles méthodes et écouter des universitaires. 

Se familiariser avec les 4 opérations dès le CP. Autre proposition du rapport : commencer à travailler sur les quatre opérations (addition, soustraction, multiplication et division) dès le CP. L'idée n'est pas "de poser tous ces calculs dès l'âge de 6 ans, mais de cultiver le sens des quatre opérations dès le CP et de travailler avec de petits nombres", explique Cédric Villani. Il s'agira de manipuler des objets, décortiquer le calcul à l'oral, puis poser l'opération. Et pour suivre la progression des enfants, le rapport propose de définir des repères annuels : cinq items par niveau, du CP à la 3e, évalués trois fois par an. Ce sera au Conseil supérieur des programmes de préciser quels seront ces items et les paliers à atteindre. 

Sommes-nous tous égaux face aux maths ? Vous avez toujours pensé que votre enfant était un génie... Mais en mathématiques, force est de constater qu'il est loin de ressembler à Einstein ou Pythagore ! Peut-être tient-il de vous ? Car à en croire une étude de 2015 publiée dans la revue Psychological Science, la phobie des mathématiques se transmettrait de génération en génération. Selon les chercheurs, plus les parents aident leurs enfants dans cette discipline, plus ces derniers ont de mauvais résultats. Quant à penser que les garçons sont meilleurs que les filles et que ces dernières sont moins nombreuses en filières scientifiques, "c'est la conséquence de notre manière d'éduquer nos enfants", commente Héloïse Pierre, co-fondatrice de Déclic et des Trucs, une entreprise qui crée des kits pour faire aimer les mathématiques aux petits. En effet, chacun a les mêmes capacités, mais les filles sont sans doute influencées par les idées sexistes véhiculées dans notre société. Résultat, elles développent davantage une appréhension vis-à-vis des mathématiques. Des chercheurs français avaient d'ailleurs mené une expérience très intéressante auprès d'une centaine d'élèves de sexe différent, en classe de sixième et de cinquième. Les collégiens devaient réaliser une figure, mais cette épreuve était présentée comme étant de la géométrie pour un premier groupe, et comme du dessin pour les autres élèves. Résultat : les filles étaient meilleures que les garçons dans le groupe de dessin, que dans celui de la géométrie. Ces a priori autour des mathématiques naissent aussi des difficultés rencontrées pendant la scolarité en raison des méthodes pédagogiques. Ainsi, le terme "problème" en mathématiques est devenu péjoratif et synonyme du fait d'avoir des problèmes, alors qu'à la base, il s'agissait de résoudre un problème de la vie courante. "Il faudrait parler d'un challenge, d'un défi, du fait de trouver une solution, de manière à rester positif", commente la spécialiste.

Comment aider son enfant à progresser en mathématiques ?

  • Apprendre de manière ludique est la meilleure manière de donner le goût des mathématiques à son enfant. Selon Héloïse Pierre, il faut surtout "prendre toutes les opportunités de la vie quotidienne pour appréhender les nombres et lui montrer que ces chiffres et ces formes ont une réalité physique", par exemple, en laissant son enfant payer le pain à la boulangerie pour lui apprendre à compter la monnaie, en lui demandant de vérifier le nombre de couverts ou d'assiettes lorsque vous mettez la table ensemble...
  • Faire des maths dans la vie quotidienne. De nombreux jouets éducatifs permettent, en plus de s'amuser, d'apprendre à compter ou à lire. "On retient 90 % de ce que l'on fait contre 20 % de ce que l'on entend", précise le site Déclic et des Trucs, qui propose des ateliers et des kits (dès 6 ans) pour faire découvrir les notions d'arithmétique, de géométrie, ainsi que les divisions ou les fractions... tout en s'amusant. Le défi : faire rimer mathématique et pratique, pour découvrir les maths autrement. Par exemple, en préparant des recettes de gâteaux, l'enfant commence à se familiariser avec les multiplications. Si trois cuillères de farine, deux de lait et un demi-œuf sont nécessaires pour préparer une crêpe, combien en faudra-t-il pour en réaliser 8 ? Et combien fait 25 cl de lait si mon verre-doseur est gradué en millilitres ? Sans s'en rendre compte, vos enfants feront des additions et des multiplications et comprendront plus facilement l'utilité des mathématiques dans la vie de tous les jours... 
  • Les cours particuliers, une bonne idée ? Cela peut permettre à l'enfant d'avancer, à condition que les parents ne délèguent pas totalement l'apprentissage ou l'aide aux devoirs à quelqu'un d'autre. "Il doivent, au contraire, accompagner leur enfant dans cet apprentissage, d'autant qu'ils sont tout à fait capable de le faire, particulièrement en primaire", précise Héloïse Pierre. Finalement, il n'y a pas de raison d'avoir peur des mathématiques et tout le monde peut y arriver.

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