Najat Vallaud-Belkacem s'attaque au cyberharcèlement

La seconde journée nationale "Non au Harcèlement" porte sur le cyberharcèlement. La ministre de l'Education fait le point sur les nouvelles mesures pour lutter contre le harcèlement à l'école.

©  Ian Allenden

[Mise à jour du 3/11/2016]. Ce jeudi 3 novembre a lieu la seconde journée nationale pour dire Non au Harcèlement. Cette année, l'accent est mis sur le cyberharcèlement dont sont victimes de nombreux adolescents adeptes des smartphones, des réseaux sociaux et ordinateurs... "Le cyberharcèlement n'offre aucun répit et c'est pourquoi j'ai souhaité que cette deuxième journée "Non au harcèlement" y soit consacrée", a déclaré Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale, lors d'une conférence de presse organisée ce mercredi. "Ce ne sont pas les outils ou les réseaux sociaux qu'il faut combattre mais bien les mauvais usages, les comportements et les propos déplacés qui parfois s'y répandent", a-t-elle précisé. Cette nouvelle journée est l'occasion pour la ministre de faire le bilan des mesures mises en place en 2015 pour lutter contre le harcèlement scolaire et d'annoncer les nouveaux dispositifs de l'année à venir.  

Un  an après, quel est le bilan ? L'an dernier, Najat Vallaud Belkacem avait annoncé la création du site www.nonauharcelement.education.gouv.fr et mis en place un plan d'actions visant à lutter contre le harcèlement à l'école (des outils pédagogiques et des formations pour le personnel des établissements scolaires, une meilleure prise en charge, des campagnes de sensibilisation...). Le ministère avait également lancé le numéro vert, le 30 20, pour conseiller et orienter les victimes et les familles en cas de harcèlement scolaire. Un an plus tard, le nombre d'appels reçus de ce numéro est passé de 15 582 à 65 000. Ces nouvelles mesures semblent donc avoir incité les victimes à en parler autour d'eux. "Nos efforts, conjugués, doivent se poursuivre, chaque jour, pour que le harcèlement et le cyberharcèlement cessent de détruire l'enfance et l'adolescence de certains de nos élèves", a déclaré la ministre.

En 2016, un nouveau clip de sensibilisation est lancé et un guide sur le cyberharcèlement ainsi qu'une campagne digitale pour dire "Non au harcèlement" permettront de mieux informer le grand public. Les protocoles et plans d'actions intégreront davantage la dimension virtuelle et le nombre de référents harcèlement qui interviennent au sein des écoles passera de 250 à 300. Par ailleurs, le numéro vert 30 20 voit ses horaires élargis, de 9h à 20 h en semaine, et de 9h à 18h le samedi. "Nous devons continuer à sensibiliser, grâce à cette deuxième journée nationale, à prévenir, avec la mise en ligne régulière de nouveaux outils, à former, grâce à nos 1500 formateurs et à nos 3000 ambassadeurs lycéens, et à prendre en charge les victimes, les auteurs et les témoins de harcèlement et de cyberharcèlement avec les numéros d'écoute, nos 300 référents "harcèlement" et les équipes éducatives", a ajouté Najat Vallaud Belkacem. 

Voir le clip de sensibilisation réalisé par la chaîne YouTube Rose Carpet :

Que faire en cas de cyberharcèlement ? Selon une enquête menée en 2015 par la professeure en sciences de l'éducation Catherine Blaya, 42 % des collégiens interrogés ont été victimes de cyberviolences et 6% de cyberharcèlement. Mais quelle est la différence ? Le cyberharcèlement implique une répétition intentionnelle, dans la durée, d'une ou de plusieurs formes de cyberviolence (propos diffamatoires et discriminatoires, humiliants, agressifs, injurieux, propagation de rumeurs, intimidations, insultes, menaces, incitation à la haine...). Souvent, les auteurs piratent le compte de leur victime ou usurpent leur identité. Ces cyberviolences présentent plusieurs caractéristiques difficiles à supporter pour les victimes : la dissémination rapide de l'information, l'anonymat, qui favorise par conséquent le sentiment d'impunité tout en diminuant la prise de conscience des actes et ses conséquences. et enfin, les traces numériques, lorsqu'une photo ou une vidéo est publiée sur le net. 

Le nouveau guide de prévention des cyberviolences en milieu scolaire, destiné aux équipes pédagogiques et éducatives, permettra ainsi de mieux repérer et comprendre ce phénomène, d'entreprendre des démarches préventives, et d'assurer la prise en charge des victimes. Un partenariat avec l'association e-Enfance, qui aide à lutter contre ces cyberviolences, a été mis en place par le ministère de l'Education nationale. A travers le numéro vert Net Ecoute (0800 200 200), des moyens techniques juridiques et psychologiques permettent d'accompagner les victimes de cyberharcèlement. Grâce aux différents partenariats avec les réseaux sociaux, le harcèlement en ligne peut ainsi cesser, notamment en supprimant plus facilement un contenu ou un compte en ligne usurpé.

Les réseaux sociaux engagés dans la prévention. Un hackathon est lancé sur facebook pour sensibiliser les jeunes au bon usage des réseaux sociaux. 17 lycéens ont imaginé une vidéo courte sur le thème "Réfléchissez avant de partager" et un guide pédagogique est mis à disposition des utilisateurs pour les aider à protéger l'accès à leur contenu et à vérifier leurs paramètres de confidentialité sur facebook. La page "Mineurs et confidentialité" permet justement de mieux protéger les adolescents de 13 à 17 ans. Le réseau social s'engage également contre le harcèlement en ligne, en développant un nouveau centre de ressources, le Safety Center. Il s'adresse aux victimes, aux témoins ou à ceux qui sont accusés de harcèlement, ainsi qu'aux familles, et aux éducateurs. Ce centre de prévention contre l'intimidation leur apporte des conseils pour prévenir le cyberharcèlement et pour bien réagir en fonction de la situation. Instagram a aussi pris des mesures contre le cyberharcèlement. En août 2016, un nouvel outil intitulé "Masquer les commentaires inappropriés" permet aux utilisateurs de filtrer les commentaires sur leur publications et de supprimer ceux qui semblent offensants. L'internaute peut également ajouter des mots-clés qui seront automatiquement masqués s'ils sont utilisés en commentaires.

Le harcèlement scolaire recule pour la première fois. Selon l'enquête internationale HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), menée tous les quatre ans dans 42 pays auprès de collégiens, le nombre de cas de harcèlement entre 2010 et 2014 a diminué de 15 % au collège et particulièrement au sein des classes de sixième (-33 %). Selon les résultats, on compte également 30% de harceleurs en moins, aussi bien chez les filles que chez les garçons. Des chiffres encourageants qu'il serait donc intéressant de comparer avec ceux de la France d'ici 2018, afin d'évaluer l'efficacité des différentes campagnes de sensibilisation.

Pour en savoir plus : 

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