En France, l'école creuse les inégalités sociales

Selon un rapport du Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco), la France est devenu "le pays le plus inégalitaire de l'OCDE".

© bowie15-123rf

22 équipes de chercheurs français et étrangers, regroupant des sociologues, des économistes, des didacticiens, ou des psychologues, ont été mobilisés par le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) pour comprendre comment l'école pouvait aggraver les inégalités sociales.

L'éducation prioritaire en cause ? Dans son rapport publié le 27 septembre, le Cnesco pointe particulièrement du doigt l'échec du programme d'éducation prioritaire, mis en place en France depuis 35 ans et destiné à aider les établissements les plus défavorisés, notamment en réduisant le nombre d'élèves dans les classes. Mais "la différence entre les effectifs par classe entre l'éducation prioritaire et les autres établissements demeure trop faible pour avoir un impact pédagogique positif véritable", précise le rapport. En outre, les élèves scolarisés en zone d'éducation prioritaire "ne bénéficient pas d'une qualité d'enseignement identique à celle des élèves scolarisés en établissements du secteur ordinaire", ajoute le Cnesco. Temps d'apprentissage plus courts, méthodologies moins efficaces, enseignants moins expérimentés, phénomènes de ségrégation, contexte d'insécurité... autant d'éléments qui tendent à favoriser les inégalités entre les élèves. Dans un communiqué du ministère de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem confirme néanmoins que "l'éducation prioritaire est un levier efficace de lutte contre les inégalités" et qu'une nouvelle carte de l'éducation prioritaire "a permis de mieux cibler les élèves les plus fragiles socialement". Elle rappelle par ailleurs que les parcours d'excellence mis en place à la rentrée 2016 "complètent la refondation de l'éducation prioritaire en l'ouvrant sur l'après-collège". 

Les inégalités d'orientation. Selon le rapport, les inégalités se ressentent aussi dans les choix d'orientation des élèves et dans l'obtention des diplômes. Pour exemple, "la filière scientifique, souvent considérée comme une filière d'élite en France, va se transformer en orientation réelle pour les élèves des milieux les plus favorisés". Ces inégalités sociales d'orientation se cumulent avec les résultats scolaires des écoliers. "La probabilité d'accéder à une seconde générale ou technologique est deux fois plus importante pour un élève issu de milieu favorisé que pour un élève issu de milieu défavorisé", précise le Cnesco. Enfin, selon leur milieu social, les jeunes ne sont pas égaux face à l'insertion professionnelle, quand bien même ils auraient obtenu le même diplôme. 

Des orientations positives qui ont du mal à se mettre en place. Le rapport met également en lumière les politiques actuelles qui ont permis de stabiliser l'écart de décrochage scolaire entre les élèves favorisés et défavorisés. La priorité au primaire, considérée comme un bon moyen de lutter contre les inégalités, a été quelque peu "contrarié par la réforme du collège", notamment en terme d'investissement et de postes selon le Cnesco. Quant aux nouveaux programmes scolaires décrits comme étant de qualité et favorisant l'apprentissage des mathématiques et de la lecture au primaire, ils présentent certaines limites. Le rapport note une précipitation dans sa mise en oeuvre dès la rentrée 2016 (ne permettant pas une formation continue de l'ensemble des enseignants), une publication tardive des documents d'accompagnement, et une gouvernance à améliorer. 

Le Cnesco livre ses recommandations pour réduire les inégalités. Selon l'organisme indépendant, le modèle éducatif français doit clarifier sa vision de la justice à l'école, et rompre avec les réformes à répétition et les inégalités de traitement, en favorisant au contraire la logique de prévention dès les premiers apprentissages. Le Cnesco invite aussi l'éducation à miser sur l'expertise pédagogique des personnels enseignants et d'encadrement, à appliquer le principe d'équité aux politiques d'orientation et à l'enseignement professionnel, et à assurer des conditions matérielles suffisantes aux apprentissages pour les élèves les plus démunis.

L'école française amplifie les inégalités de la société © Cnesco

Lire aussi