Non, un enfant n'a pas besoin d'écran avant 3 ans

Près de la moitié des enfants de moins de trois ans utilisent les tablettes ou les smartphones de leurs parents. Le Dr Anne-Lise Ducanda fait le lien entre une surexposition des petits aux écrans et des troubles du comportement.

Non, un enfant n'a pas besoin d'écran avant 3 ans
© Volodymyr Tverdokhlib

L'Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA) avait déjà tiré la sonnette d'alarme en février 2016, précisant que 47 % des enfants de moins de trois ans utilisent des écrans interactifs (tablette, smartphone, ordinateur ou télévision) en moyenne 30 minutes par semaine. "À l'heure où les écrans captivent les plus jeunes par leur praticité, leur instantanéité et leur aspect ludique, de nombreuses études montrent qu'une mauvaise utilisation de ceux-ci peut interférer négativement dans le développement des enfants". D'autant que 44% des parents prêtent leur téléphone portable pour occuper leur bébé ou le consoler quand il pleure. De plus, un tiers des tout-petits a déjà utilisé un écran sans la présence d'un adulte. Résultat : 37 % des moins de 3 ans et 17 % des plus de 3 ans visionnent des programmes non adaptés à leur âge, notamment le journal télévisé (61 % des moins de 3 ans et 70 % des plus de 3 ans)", précise l'AFPA.

Exposition aux écrans et troubles du comportement ? Plus récemment encore, le Dr Anne-Lise Ducanda a souhaité mettre en garde les parents et professionnels de santé contre les conséquences d'une surexposition aux écrans chez les jeunes enfants. Médecin de PMI dans l'Essonne, elle constate une nette augmentation du nombre d'enfants qui présente un retard de développement, des troubles du langage, ou du comportement. "Depuis quelques années, les enseignants de maternelle et les personnels de crèches et de halte-garderie me signalent de plus en plus d'enfants qui présentent de grandes difficultés", précise-t-elle dans une vidéo publiée sur YouTube. Il s'agit d'enfants "qui ne parlent pas du tout, qui répètent mot pour mot tout ce qu'on dit, qui ne comprennent pas une consigne toute simple, qui ne réagissent pas quand on les appelle et qui ne jouent pas avec les autres, qui sont inhibés et ne bougent pas". Au contraire, ces enfants peuvent se montrer "très agités, n'arrivent pas à se concentrer et peuvent devenir intolérants à la frustration, agressifs, etc.", remarque le Dr Anne-Lise Ducanda. C'est en interrogeant les habitudes de la famille, que la spécialiste fait le lien entre ces troubles du comportement et le danger des écrans chez les moins de 4 ans. "Le constat est sans appel : les enfants en grande difficulté sont très souvent exposés massivement aux écrans, de 6h à 12h par jour" (en tenant compte des moments où la télévision est allumée devant l'enfant même s'il ne la regarde pas.

La spécialiste recommande de limiter l'exposition des tout-petits à une heure par jour au maximum. Elle note par ailleurs que certains enfants diagnostiqués autistes, ont vu leurs troubles s'atténuer dès lors que l'exposition aux écrans avait été clairement diminuée. "Éteignez la télé si votre bébé est dans le salon, qu'il la regarde ou qu'il joue à côté. Le matin avant d'aller à l'école, n'allumez pas la télé et ne lui donnez pas la tablette ou le téléphone." Elle recommande également de mettre un code sur son smartphone afin de limiter l'utilisation des petits. 

Pour donner quelques repères aux parents selon l'âge de l'enfant, les pédiatres aussi, livrent leurs recommandations :

Tablettes : oui, mais avec modération.

Avant 3 ans, l'enfant doit interagir avec son environnement : il développe ses cinq sens à travers des jeux et des livres, qui sont à privilégier. "L'enfant n'a pas besoin d'une tablette pour se développer. S'il n'en a pas, il ne prendra pas de "retard" sur les autres !, rassure le Dr François Marie Caron, pédiatre à Amiens et membre de l'AFPA. Si l'enfant est demandeur, on peut l'initier à son utilisation, à partir de 2 ans et demi. Il est important de privilégier le jeu à partager, sans autre but que de jouer ensemble", conseille-t-il encore. 

Entre 3 et 6 ans : une utilisation de courte durée. A cet âge, l'enfant a besoin de découvrir le monde qui l'entoure. Il développe sa motricité, son langage, son graphisme et sa créativité. "L'utilisation des tablettes, même de manière ludique, ne doit pas monopoliser l'attention de l'enfant et rester limitée : elle peut être intégrée dans l'apprentissage mais ne doit pas se substituer aux jouets traditionnels", rappelle l'association. Les parents doivent également éviter de laisser leur enfant utiliser une tablette pendant le repas, ou avant de dormir et veiller à ce que les logiciels soient adaptés à chaque âge. 

Télévision : pas de JT avant 6 ans.

Avant 3 ans, aucun programme télévisé n'est réellement adapté, selon l'AFPA qui rappelle que plusieurs études montrent qu'une télévision allumée peut nuire aux apprentissages de l'enfant, même s'il ne la regarde pas. Ce qui est plus inquiétant en revanche, ce sont les programmes non adaptés à l'âge des enfants. "Le journal télévisé est à éviter avant 6 ans et après, il ne peut être regardé sans l'accompagnement d'un parent. Je conseille aussi aux familles de ne jamais installer une télévision dans la chambre de leurs enfants", déclare le pédiatre. 

Quant aux jeux vidéos, l'AFPA recommande aux parents une utilisation occasionnelle chez les 3-6 ans. "L'enfant ne doit pas disposer de console personnelle au risque de présenter un comportement vite stéréotypé, compulsif et répétitif".

Dans tous les cas et quel que soit l'âge de l'enfant, les parents doivent leur apprendre à s'auto-réguler en fixant des règles (tranches horaires, programmes spécifiques...). Pour encourager leur développement, les activités doivent être variées. Enfin, les pédiatres conseillent d'inviter les enfants à parler de ce qu'ils ont vu à la télévision ou sur un écran. "Les écrans, qui ne sont pas toujours des espaces de sens pour l'enfant, peuvent le devenir à partir du moment où il lui en donne dans l'échange avec un adulte".

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