Famille recomposée : comment trouver sa place ?

Surprise, votre nouveau conjoint(e) a des enfants d’une précédente union et vous n'êtes pas très rassuré(e). Quel rôle jouer ? Comment réussir à se faire respecter ?… Réponses de Sonia Prades, psychologue.

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Ce n'est pas toujours facile en tant que beau-parent de trouver sa place au sein d'une famille recomposée. Si les enfants sont parfois réfractaires à faire connaissance avec ce nouveau membre de la famille, c'est souvent parce qu'il y a beaucoup d'appréhension de la part du parent. Et ça, les enfants le sentent… "Mieux vaut attendre un peu avant de présenter son nouveau conjoint et ne pas le faire rapidement après un divorce ou une séparation. En effet, l'enfant ne doit pas avoir l'impression que son père ou sa mère est interchangeable", explique Sonia Prades, psychologue. Il doit par ailleurs être conscient que ses parents ont une vie d'homme et de femme tout en sachant que c'est impossible qu'ils ne l'aiment plus.

Faire fonction d'éducation. Mais si la séparation de ses parents et/ou l'arrivée d'un nouveau membre dans la famille peut être difficile pour l'enfant, cette situation n'est également pas simple pour le beau-parent. Celui-ci n'est en effet pas toujours préparé à avoir un ou plusieurs enfants et a souvent des difficultés à trouver sa place. Il doit notamment réussir à se faire respecter sans pour autant chercher à remplacer l'autre parent ! "C'est difficile de se dire qu'on a autorité sur un enfant qui n'est pas le sien. Une chose est sûre, essayer de faire comme son conjoint est très compliqué. Il ne faut donc pas chercher à l'imiter mais ne pas non plus rester passif et ne rien dire… Le beau-parent doit en fait faire fonction d'éducation, et ce même s'il n'est pas le parent. Cela lui donne une légitimité. Si cela n'est pas clair, la relation risque d'être très compliquée", affirme la psychologue.

"Je suis l'adulte." Que le beau-parent prenne des décisions est une chose, que l'enfant l'accepte en est une autre… Quel beau-parent n'a en effet jamais redouté et/ou entendu le "tu n'as rien à me dire, tu n'es pas ma mère !", très fréquent à l'adolescence ? Il est alors délicat de ne pas se sentir désemparé et de réussir à adopter la bonne attitude. "En cas de conflit, le beau-parent doit affirmer que c'est lui qui éduque et que c'est donc lui qui décide. Il peut également expliquer à l'enfant qu'il est l'adulte et que celui-ci n'a pas à contester sa décision." Le beau-parent peut ensuite choisir d'en discuter avec son conjoint. "Les débats doivent avoir lieu lorsque l'enfant est absent pour qu'il ne soit pas face au conflit. Si le beau-parent a une autre vision de l'éducation, il peut également en aviser son partenaire", là aussi lorsque l'enfant dort ou est absent. Par ailleurs, une erreur que font parfois les beaux-parents est de prendre leur conjoint à partie. C'est une faille qu'utilisent très souvent les adolescents. Cela ne donne pas raison au beau-parent puisque l'enfant voit que c'est son parent qui a le dernier mot…

C'est le beau-parent
qui décide, pas l'enfant.
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Passer du temps ensemble mais pas que. Pour réussir à trouver sa place, le beau-parent ne doit pas hésiter, en fonction de l'histoire familiale et de l'âge de l'enfant, à passer du temps avec lui, seul ou avec son partenaire. Et là, ce dernier joue un rôle primordial. "Celui-ci doit parvenir à intégrer son conjoint durant les week-ends, les vacances… Il faut qu'il lui fasse une place, qu'il prévoit des activités communes pour rassembler la famille…" Etre ensemble est une chose essentielle mais se laisser des moments pour soi est aussi très important pour chacun. Pour que l'enfant n'ait pas un sentiment d'exclusion, le beau-parent peut ainsi laisser son conjoint passer des moments avec lui. Ils peuvent par exemple aller tous les deux au cinéma, passer un après-midi ensemble… Cela permet également au beau-parent de se dégager du temps pour lui. Une pause qui fera du bien à toute la famille !

Les mêmes règles pour tous les enfants. Lorsqu'il y a plusieurs enfants au sein de la famille, la situation peut vite devenir invivable. Si le beau-parent n'a pas d'enfant, il peut se retrouver face à des bambins qui se liguent contre lui. Comme avec un enfant unique, "il doit être ferme et fixer des limites. Il est également essentiel qu'il parvienne à passer du temps avec chacun", précise Sonia Prades. Lorsqu'il y a des demi-frères et/ou des demi-sœurs, le sentiment d'injustice qui existe entre frères et sœurs est amplifié. "Le parent peut alors rassurer son enfant en lui expliquant qu'il a l'avantage d'avoir été là le premier afin de dissiper son inquiétude d'être délaissé, oublié… Les règles doivent toutefois être les mêmes pour toute la famille. Il ne faut par ailleurs pas hésiter à faire des activités tous ensemble." Quelle que soit la situation, ayez toujours en tête que si la relation peut être compliquée au début, "chaque beau-parent parvient à trouver sa place au fil du temps".

Sonia Prades est l'auteure du livre "Telle mère, quelle fille ?" aux éditions Leduc.s.

"Vivre heureux dans une famille recomposée" d'Yvonne Poncet-Bonissol et de Stéphanie Assante aux Editions Dangles.

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