Que penser de la scolarisation avant 3 ans ?

Dès la rentrée prochaine, le gouvernement souhaite augmenter le nombre d'enfants scolarisés avant l'âge de trois ans. Quels sont les avantages et inconvénients pour les familles et les tout-petits ? Le point avec Stéphane Clerget, pédopsychiatre.

Que penser de la scolarisation avant 3 ans ?
© Daniel Kaesler

Alors que la plupart des enfants entrent à l'école maternelle l'année de leurs trois ans, certains parents font le choix de les inscrire plus tôt, dès 2 ans. Pour la rentrée 2016, le gouvernement souhaite favoriser la scolarisation à cet âge. L'objectif étant avant tout d'améliorer la réussite scolaire et de réduire les inégalités entre les élèves. C'est pourquoi le ministère de l'Education nationale espère créer d'ici la fin du quinquennat, 3 000 postes d'enseignants dédiés à la préscolarisation des tout-petits, principalement dans les zones prioritaires. 

Quels sont les bénéfices d'une scolarisation précoce ? 

Lutter contre l'échec scolaire ? Les arguments avancés par le ministère de l'Education nationale sont nombreux. Selon le gouvernement, une scolarisation précoce favoriserait pour l'enfant l'acquisition du langage, mais aussi le développement de la socialisation notamment grâce à la découverte et la connaissance des autres. "Le jeune enfant va créer des liens petit à petit, il va apprendre à gérer les premiers conflits, à partager, à vivre avec les autres pour, progressivement, à son rythme, trouver sa place au sein d'un groupe et faire ses premières expériences de l'altérité et de l'amitié", explique le ministère dans un communiqué. La sensibilité et l'imagination sont également développés à l'école maternelle, à travers des activités d'éveil, sans oublier le plaisir du jeu qui permet d'apprendre en s'amusant. Sur ce point, Stéphane Clerget, pédopsychiatre, s'accorde à dire "qu'un enfant gardé en collectivité est davantage stimulé qu'un bébé gardé par une nounou qui n'aurait pas beaucoup d'expérience".

Une manière de les tirer vers le haut ? Lorsque l'enfant est scolarisé avec des camarades de classe un peu plus âgés que lui, cela peut aussi le tirer vers le haut en l'incitant à développer davantage ses compétences. Les tout-petits ne sont pas forcément à la traîne, bien au contraire, certains d'entre eux deviennent parfois les premiers de leur classe et semblent grandir rapidement... Certaines études ont même montré qu'une scolarisation précoce favorisait la réussite scolaireEdwige Kühnel, qui a enseigné plus de 20 ans en CP et CE1 déclare sur le Journal des Femmes.com avoir "remarqué un retard d'adaptation au milieu scolaire et dans les apprentissages pour les enfants n'ayant pas ou peu fréquenté l'école maternelle". A l'inverse, "on pourrait aussi penser que les plus grands seraient tirés vers le bas", ajoute le pédopsychiatre.

Un avantage économique. Scolariser son enfant dès deux ans permettrait à certains parents d'économiser sur les frais de mode de garde, d'autant que les places en crèches se font rares et que l'école est gratuite. De plus, les jeunes parents qui décident de garder leur tout-petit à la maison, faute de moyens pour payer une nounou ou une assistante maternelle, auraient peut-être plus de facilité à reprendre le chemin du travail. Si cette gratuité est l'un des principaux avantages pour les parents, "il s'agit surtout d'une manière pour le gouvernement d'économiser sur le prix des classes, qui coûtent moins chères qu'une crèche (on ne compte qu'un seul professionnel pour le même nombre d'enfants)", estime Stéphane Clerget. "Un moyen aussi de pallier au manque de places en crèches. Et ce sont justement les crèches et les halte-garderies qu'il faudrait développer", selon lui.

L'école dès deux ans, n'est-ce pas trop tôt pour un enfant ?

La scolarisation précoce a longtemps fait débat. En effet, même si les enfants ont la possibilité de se rendre à l'école uniquement le matin, "les rythmes, le temps de sieste, ainsi que le taux d'encadrement ne sont pas adaptés à l'âge des tout-petits", précise Stéphane Clerget. "De plus, il ne sont pas suffisamment autonomes pour être mêlés à tant d'élèves, d'autant qu'à la maternelle, il faut savoir déboutonner son manteau, l'accrocher, être propre..." 

Pour Florence, qui a inscrit sa fille en maternelle à l'âge de 2 ans, "cela a été un calvaire et un traumatisme". Par la suite, son enfant "avait une incompréhension totale de ce que l'on attendait d'elle, et même si elle a poursuivi un cursus scolaire normal et honorable, elle n'a jamais apprécié ce milieu", précise-t-elle. Mais cela dépend de chaque enfant. "Certains seront stimulés plus et plus tôt à l'école. En restant à la maison, ils sont souvent confortés dans l'état de bébé", explique Edwige dont le fils a été scolarisé à deux ans et pour lequel tout s'est bien passé. En conclusion, "si un enfant est autonome, propre et mature dès 2 ans, l'école peut avoir un effet positif", explique Stéphane Clerget, "mais s'il n'est pas prêt, cela peut aussi entraîner des risques de phobie scolaire, un sentiment d'insécurité, un comportement d'opposition et un mal être".

Parmi les autres freins se pose chaque année la question de la propreté. Selon l'article L113 du Code de l'Education, "tout enfant doit pouvoir être accueilli, à l'âge de trois ans, dans une école maternelle ou une classe enfantine le plus près possible de son domicile, si sa famille en fait la demande". Qu'il soit propre ou non, l'école doit donc pouvoir accepter les tout-petits même s'il ne sont pas encore propres. Pour autant, certaines écoles maternelles ne sont pas toujours équipées ou ne disposent pas du personnel nécessaire pour changer les couches des enfants qui acquièrent généralement la propreté aux alentours de 2-3 ans. 

Concrètement, comment cela va-t-il se passer ? 

Si vous êtes parents d'enfant de moins de trois ans, vous allez recevoir un mail de la CAF, au plus tard le 15 mai 2016, pour vous informer de la possibilité d'inscrire votre tout-petit dans l'école maternelle de votre quartier avec des conseils pour effectuer les démarches auprès de votre mairie. Par ailleurs, le Ministère promet que cette scolarisation ainsi que les locaux seront adaptés aux besoins spécifiques des tout-petits. Un accueil différé est notamment prévu au-delà de la rentrée scolaire en fonction de la date anniversaire de l'enfant, le projet pédagogique et éducatif est présenté aux parents et prévoit les modalités d'accueil et de participation de ces derniers à la scolarité de leur enfant. Enfin, "les horaires d'entrée et de sortie le matin et l'après-midi pourront être assouplis par rapport à ceux des autres classes", précise le ministère.

Stéphane Clerget est pédopsychiatre et auteur du récent ouvrage "100 réponses aux questions d'un jeune papa", aux éditions Marabout.

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