La réforme des collèges critiquée de toutes parts

Suppression des classes bilangues, autonomie renforcée, éventuelle disparition des langues anciennes… La réforme des collèges suscite bien des réactions. On fait le point.

© Kzenon

La réforme des collèges, proposée il y a un mois, par Najat Vallaud-Belkacem, fait déjà l'objet de vives réactions. Et c'est la suppression des classes bilangues et européennes qui suscite le plus de critiques. Ces classes d’excellence permettent aux élèves d’apprendre dès la 6ème, les langues vivantes de manière intensive. Certains cours peuvent également être en anglais ou dans une autre langue. Mais dès la rentrée des classes 2016, ces classes seront donc supprimées. En revanche, l'apprentissage de la deuxième langue se fera désormais à partir de la 5ème et non plus, de la 4ème.

Les 59 députés membres du groupe d’amitié France-Allemagne de l’Assemblée regrettent cette suppression et plaident pour l’apprentissage de l’allemand. Dans un courrier adressé à la ministre de l’Education nationale, ils notent que les classes bilangues "depuis le plan de relance de l'allemand en France et du français en Allemagne il y a une dizaine d'années, ont permis d'enrayer dans notre pays la baisse des effectifs de germanistes et de les stabiliser". Avant de souligner que ce dispositif "a fait ses preuves sur l'ensemble de notre territoire, en zones rurales et urbaines, et ce jusque dans les zones d'éducation prioritaires". Najat Vallaud-Belkacem se défend en assurant que "les expérimentations montrent que commencer la seconde langue vivante en classe de 5ème renforce l'apprentissage de l'allemand".

Jean-Marc Ayrault, défenseur des cours d'allemand. L’ancien Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a lui aussi exprimé son "inquiétude" à ce sujet dans une lettre adressée à la ministre de l’Education et dévoilée par LesEchos.fr. Cet ancien professeur d’allemand note que "la réforme aura pour conséquence la disparition de nombreuses classes bilangues où l'allemand était enseigné uniquement à partir de la 6ème et non dès les classes de primaire". Il estime que l’apprentissage de l’allemand est "au cœur de la coopération franco-allemande" avant de préciser que ces classes bilangues "ont permis à l'allemand de rester la 3e langue vivante enseignée en France". L’apprentissage de l’allemand sera au contraire "conforté, renforcé" à travers la réforme, se défend la ministre dans sa lettre de réponse. "J'ai décidé qu'à compter de la rentrée 2016 l'apprentissage de la première langue vivante étrangère commencerait dès le cours préparatoire (CP) pour tous les élèves. Cet enseignement continu tout au long de la scolarité obligatoire contribuera à élever le niveau des élèves français en langue vivante étrangère, à l'oral comme à l'écrit".

Latin et grec pour tous les élèves. Autre sujet de mécontentement, la crainte de voir les langues anciennes disparaître. Peu de temps après que la ministre ait dévoilé les grandes lignes de la réforme du collège, les hashtag #jesuislatiniste et #jesuishedoniste avaient été lancés sur Twitter afin de soutenir le maintien du latin et du grec ancien. Une inquiétude pourtant non justifiée pour Najat Vallaud-Belkacem. Selon la ministre, il n'est pas question de supprimer les langues anciennes, mais au contraire de les "renforcer", en les intégrant dans les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI). "Ça veut dire que c’est dans le temps de scolarité." Tous les élèves seront ainsi initiés aux langues anciennes, selon elle. 

Trop d’autonomie ? L’un des piliers de la réforme est l’autonomie. La ministre assurait la semaine dernière qu’il est nécessaire "de renforcer l’acquisition des fondamentaux par les élèves – français, mathématiques, histoire-géographie – en combinant apprentissages théoriques et pratiques grâce aux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI)". En plus d’un tronc disciplinaire commun, chaque établissement pourra ainsi proposer aux élèves de l’accompagnement personnalisé, du travail en petits groupes ou des EPI. La conférence des associations de professeurs spécialistes estime qu’en "laissant aux établissements davantage d’initiative dans la détermination des contenus d’enseignement, ce projet rompt le principe d’égalité républicaine". Le SGEN-CFDT assure en effet qu’il y "aura des collèges différents, des politiques éducatives différentes dans les collèges parce qu’il y a des publics et des équipes différentes". La FO considère par ailleurs que "les moyens destinés à dédoubler les classes vont disparaître au profit d’EPI qui mangeront toutes les heures disponibles".

Des horaires modulables. Les opposants à la réforme critiquent également le fait que les horaires de chaque discipline pourront être modifiés d’une année à l’autre. La FO regrette "la fin des horaires nationaux". Le SE-Unsa estime quant à lui que c’est l’occasion de rajouter une heure de français en 5ème s’il y a une mauvaise maîtrise du langage.

Appel à la grève le 19 mai. Une intersyndicale FSU, FO, SNAL, CGT et Sud appelle les enseignants à faire grève le 19 mai contre la réforme du collège. Ces syndicats s’opposent à ce projet "fondé sur l'autonomie des établissements et la multiplication des hiérarchies intermédiaires sous l'autorité du chef d'établissement"  ainsi qu’à une "mise en concurrence" entre disciplines, enseignants et établissements. Ils veulent que le ministère de l’Education nationale retire son projet de réforme du collège.

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