Abus sexuels : comment protéger son enfant ?

Pour prévenir les agressions sexuelles, les parents doivent apprendre à leur enfant à savoir dire non. Mais comment aborder le sujet avec lui ? Avec quels mots ?... Les conseils d'Angélique Kosinski-Cimelière, psychologue clinicienne.

© kmiragaya

A l'occasion de la Journée internationale des droits de l'enfant, dimanche 20 novembre, Psychologies  publie une grande enquête "Violences sexuelles : protégeons les enfants". A travers des témoignages de victimes et des analyses d'experts et d'associations, le magazine dénonce ces violences insupportables et pourtant bien réelles, tout en s'attachant à comprendre pourquoi la parole des enfants est trop souvent discréditée, pourquoi tant de victimes se taisent ou encore pourquoi les professionnels semblent eux aussi fermer les yeux... Psychologies s'associe avec une cinquantaine de personnalités afin de lancer un appel solennel aux pouvoirs publics pour la protection des enfants victimes de violences sexuelles : un site internet dédié à ce combat a été créé, sur lequel sur lequel on trouve une pétition pour protéger les jeunes de ces abus. Les signataires de cet appel, dont Boris Cyrulnik, Catherine Gueguen, Serge Hefez, Muriel Salmona et Serge Tisseron, réclament avec Psychologies,  5 mesures concrètes pour améliorer d'urgence le repérage et la prise en charge des enfants victimes et des adultes traumatisés.

De manière récurrente, les affaires d'agressions sexuelles font la une de la presse. Récemment, plusieurs révélations ont ainsi ébranlé l'Education nationale et pointé certains dysfonctionnements : comment de tels actes peuvent être commis à l'endroit même où les enfants sont censés être en sécurité ? Mais, il faut savoir que ces actes d’agressions sexuelles, sur des victimes dont la majorité sont mineures, sont commis dans 94% des cas par une personne de l'entourage familial. Le problème, c'est que le premier réflexe est trop souvent de remettre en cause la parole de l'enfant. "L'association internationale des victimes de l'inceste (Aivi) recensait un total de 4 millions de victimes d'inceste en France en 2015, mais 70% des parents ont une attitude de déni, la majorité préférant "attendre des preuves" avant de prévenir les autorités, relaie Psychologies. Comme si, les familles refusaient d'admettre qu'un agresseur puisse se trouver parmi elles."

Face à ces blocages, lourds de conséquences, la communication entre parents et enfants, peut être l'une clé pour lever ces tabous et instaurer une relation de confiance. Mais aussi pour donner donner des repères aux enfants, sur ce qu'ils sont en droit d'accepter, mais surtout de refuser. Mais parler de pédophilie ou d'inceste avec ses enfants est loin d'être simple.

Comment aborder un sujet si délicat ? Tout d'abord, pour parler de violences sexuelles, il faut tenir compte de l’âge de l’enfant. Le sujet ne sera pas abordé de la même manière qu’il ait 5 ou 11 ans. La psychologue clinicienne pour enfants et adolescents, Angélique Kosinski-Cimelière, nous explique qu’il faut "savoir adapter son vocabulaire. Pour les informer de la meilleure des façons, il faut ainsi choisir des mots simples et éviter les choses imagées. C’est essentiel d’être le plus clair possible". Par ailleurs, les agresseurs culpabilisent souvent leurs victimes en assurant que ce qui a été fait est un "secret" et donc qu’elles ne doivent rien dire. "Il faut que les enfants sachent qu’il n’y a pas de secret lié à leur zizi ou à leur zézette." La psychologue estime qu’il est "essentiel de leur expliquer que personne ne peut toucher à leur sexe et que si cela se produit, il faut qu’il le dise immédiatement à l’adulte. Pour qu’il n’y ait pas de malentendu, il doit savoir que seule la maman ou le papa a le droit de toucher son sexe mais uniquement à un moment approprié comme par exemple lors de la toilette avec un gant".

Comment le prévenir que ça peut aussi arriver avec des proches ? Il est important que les parents précisent que des personnes étrangères, mais aussi proches, peuvent lui faire du mal. Et que si cela arrivait, il faut en parler à une autre personne, y compris le maître ou à la maîtresse qui est généralement un bon interlocuteur. "C’est important d’élargir le cercle car c’est difficile pour un enfant de réagir lorsque c’est un parent qui abuse de lui", précise Angélique Kosinski-Cimelière.

Y a-t-il des indices qui doivent soulever l’interrogation des parents ? Ce sont généralement des signes physiques qui alertent les parents. Les enfants abusés ont par exemple souvent des irritations. "L’enfant peut répéter régulièrement que ça le pique au niveau du sexe. Attention toutefois à ne pas s’inquiéter trop vite mais il faut être vigilant", souligne la psychologue. Si l’enfant se met progressivement à se renfermer sur lui-même, il faut aussi être plus attentif à son comportement. Angélique Kosinski-Cimelière prévient cependant que "ce sont plusieurs signes mis en corrélation les uns aux autres qui doivent alerter les parents. C’est à ce moment-là qu’il est urgent de voir un psychologue. Celui-ci saura quels mots employer et s’il s’est passé ou non quelque chose".

Vous aussi, soutenez l'appel et signez la pétition en ligne :  http://inceste-viol-protegeons-les-enfants.psychologies.com/

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