Harcèlement à l'école : comment réagir ? Leur enfant a été victime de harcèlement à l'école. Des mamans racontent...

insultes, brimades, moqueries, coups... leur enfant a été victime de harcèlement
Insultes, brimades, moqueries, coups... Leur enfant a été victime de harcèlement : des mamans racontent... © Stéphanie B

Attention danger ! Lola

"Mon fils, qui allait à l'école en vélo, est revenu à la maison sur un vélo qui n'avait plus de frein : les câbles avaient été arrachés. J'ai alors appris qu'il était victime de coups et d'insultes répétés de la part d'une bande de 4 garçons et ce depuis 8 ans (alors qu'il a 9 ans et demi) ! De plus, il est victime quotidiennement de coups, d'insultes, de grossièretés, et d'une mise à l'écart, si bien qu'il ne va plus en récréation...

Il y a eu une réunion organisée par le directeur en présence des élèves harceleurs et de leurs parents. Les choses se sont calmées un temps pour reprendre de plus belle ensuite. J'ai alors appelé le numéro Stop Harcèlement mis en place par l'Education nationale, mais aucun inspecteur n'est encore venu à l'école. Néanmoins, ma démarche a un peu calmé les choses. 

A présent, j'envisage de changer mon fils d'école, mais en cours d'année, c'est difficile. En tous cas, il rentre en 6ème l'année prochaine, je l'ai déjà inscrit dans un collège privé pour qu'il change de copains et qu'il reparte sur de nouvelles bases..."

Presque banal, Carole D.

"Chaque jours, mon petit garçon âgé de 6 ans me parlait de petites bagarres et d'insultes... que j'ai banalisées. En réalité, il était victime de harcèlement, avec des coups et des insultes au quotidien. Nous avons alors appelé le numéro mis à disposition pour les enfants victimes et les parents désemparés. Les écoutants sont de très bon conseils et nous avons pris rendez-vous avec le directeur. Mais celui-ci banalise les faits prétendant que le problème vient de notre fils !"

Victimes de harcèlement durant leur enfance, elles ne souhaitent pas avoir d'enfants : 

Privée d'enfance, Aurore (29 ans)

"Je n'ai pas d'enfants pour le moment justement parce que j'ai moi-même été victime de harcèlement et qu'il est dur de se construire suite à cela. Comment se sentir capable d'être une mère quand on n'a pas su être un enfant comme les autres ?

J'ai en effet été victime de harcèlement moral et physique entre 7 et 15 ans, dès le CE1 jusqu'à la fin de la troisième. L'entrée au lycée a donc été une renaissance puisque je ne côtoyais plus celles qui me brimaient. J'ai subi des insultes quotidiennes et des coups (plus rarement tout de même mais je me souviens de coups de poings en primaire et de gifles au collège, ou de situations où je me retrouvais la tête coincée dans le casier...). 

Il est difficile pour un enfant d'oser dire ce qu'il se passe sous peine de voir les choses s'aggraver en étant "la balance" ! J'ai eu la chance d'avoir mes parents derrière moi. Malgré tout, à cette époque, on aidait celui qui harcelait et qui révélait son mal-être, mais on oubliait l'enfant harcelé."

Des séquelles à vie, Anna D.

"J'ai été harcelée durant toute mon année de 6eme et je n'ai pas d'enfant de peur de ne pas savoir gérer les situations difficiles auxquelles la vie pourrait le confronter.

Le harcèlement était organisé par trois filles de ma classe avec des violences physiques, et une pression psychologique, du racket... Je me souviens même une fois m'être cachée sous les cartables dans le couloir pour que l'on ne me voit pas. Dès que les problèmes ont commencé, j'en ai parlé à ma mère, elle même dans l'enseignement. Elle m'a gentiment écoutée mais n'a rien fait, à part demander à ma soeur de 4 ans plus âgée de me surveiller. Mais elle n'avait pas du tout envie de gérer mes problèmes. J'ai donc passé une année dans la terreur. 

Cette expérience a été un total traumatisme qui m'a changée à vie. Je suis devenue très agressive (et le suis toujours un peu par moment). J'ai mis plus de 7 ans avant de pouvoir parler de cela à quelqu'un sans me mettre à pleurer. Le racket était aussi très difficile puisque j'étais obligée de mentir à mes parents, ce qui s'est vite transformé en un sentiment de culpabilité (que j'ai toujours). 

Des années plus tard j'ai reparlé de tout cela avec ma mère qui ne se souvenait de rien, c'est comme si je l'avais revécu une nouvelle fois... Aujourd'hui j'ai 40 ans et le fait de repenser à tous ces moments de souffrance et de non considération de la part d'adultes donneurs de leçons me rend triste... 

Cette situation m'a fait redoubler (j'avais juste la moyenne), mais mon professeur principal a estimé que je n'étais pas assez mature pour passer en classe supérieure. Apparemment, ce dernier n'avait pas compris qu'il ne s'agissait pas d'un manque de maturité mais bien d'une situation de persécution et de craintes. C'était pour moi une double peine : harcelée et punie de devoir se faire discrète... Au final le redoublement fut bénéfique, je me suis retrouvée dans une classe d'intellos, dont je faisais alors partie, alors que mes bourreaux âgées de 3 ans de plus que moi étaient passées en 5 ème car trop vieilles pour rester en 6ème. Mon calvaire aurait pu durer longtemps si le hasard de la distribution des classes n'était pas intervenu."

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