Vincent Le Corre (psychologue, psychanalyste) Prénoms inspirés des séries télé : l'avis du psychologue

Dallas, Beverly Hills ou encore Desperate Housewives... Certains parents se sont inspirés des prénoms de leur personnage préféré de séries télé pour baptiser leur bébé. Le psychologue et psychanalyste Vincent Le Corre nous parle de ce phénomène.

Comment des parents choisissent-ils le prénom de leur enfant ?


Au cours d'une recherche sur le thème de cet acte de donner un prénom, j'avais pu rencontrer des parents qui voulaient transmettre explicitement quelque chose, qu'ils avaient eux-mêmes hérité de leur histoire familiale et qui choisissaient alors un prénom comme tentative de réalisation de ce souhait de transmission.

Mais, j'avais pu voir également d'autres parents qui souhaitaient quant à eux essayer de "faire table rase" de leur passé pour leur enfant. Dans ces deux cas, il était aisé d'observer que le choix était donc corrélé à des souhaits explicites du côté des parents, qu'il s'agisse d'un souhait de transmission ou d'un souhait de ne pas "trop" transmettre. Cette transmission me semble toujours au cœur de cet acte de prénomination.

Lorsque les parents s'inspirent d'un prénom de série télé, optent-ils pour la facilité et la mode ou est-ce qu'ils admirent tout simplement le personnage (un caractère, un physique...) ?


Je replacerai "la mode" que vous évoquez, au sein du contexte social qui nous détermine en grande part. Aussi quoi que "la mode" et nos déterminations sociales nous poussent à faire, je ne crois pas que ce cela soit "par facilité". Est-ce qu'ils admirent le personnage, qu'est-ce qu'ils admirent dans ce personnage ? L'admiration me semble un élément important, car elle renvoie à la fois à ce contexte social, mais également à la question de nos idéaux qui s'ancrent dans ce même contexte.

Le contexte change, les modes changent, et cela pousse nos idéaux à changer également. Mais je ne vois pas personnellement, dans ces évolutions, ni un bien, ni un mal...

Ce qui me semble certain, c'est que le rapport que l'on peut entretenir avec les héros d'une série est bien différent de celui des héros de cinéma, ou des héros mythologiques, car nous avons un rapport aux séries qui s'établit dans le temps. Il y a la saison 1, puis la 2, etc. Le principe d'écriture des séries favorise l'évolution du caractère des personnages, et ces héros finissent par devenir parfois des personnages familiers (voire familiaux) pour les spectateurs...


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Dylan, Brandon et Branda de Beverly Hills ont donné des idées de prénoms à quelques parents... © Beverly Hills-Worldvision Enterprises Inc
N'est-ce pas trop lourd à porter pour un enfant qui pourrait évidemment ne pas ressembler à ce " modèle "?


Il est bien difficile de prévoir comment l'enfant recevra et s'appropriera son prénom. Mais ce qui est certain en tout cas... c'est qu'il ne ressemblera pas au "modèle"!

Je dirai encore une fois que vouloir transmettre n'est pas un mal en soi. Cela rejoint un autre phénomène que l'on peut constater, à savoir que beaucoup de parents aujourd'hui voudraient "ne pas encombrer" leurs enfants avec leurs propres souhaits en direction de leurs descendants. Et cela se traduit par le fait qu'ils ont parfois du mal à s'autoriser à fantasmer des projets pour leur enfant, à se laisser à imaginer leur avenir, etc. car ils pensent qu'ils vont entraver la liberté de leur progéniture. Même s'ils avouent, dès qu'on les y autorise, qu'ils ne peuvent pas s'en empêcher en fait... Fantasmer n'est pas imposer.

Je crois qu'il est bien difficile de se dépêtrer de cette transmission, et cela en raison de ce mécanisme que je rappelais avec Freud, cette projection narcissique des parents sur l'enfant.

Quant à savoir si cet héritage sera "trop lourd" à porter, cela rejoint quantités d'autres situations où les parents tentent de transmettre certains idéaux... mais bien souvent en vain. Car s'il y a bien quelque chose qui rate dans la transmission, c'est la question des idéaux !

Est-ce que ce phénomène peut encore perdurer comme la mode des prénoms anglo-saxons ? 


J'aurais tendance à penser qu'une génération a grandi avec la télévision, et donc avec les séries. Cette génération a partagé les mêmes séries, et elles ont eu un fort impact sur son imaginaire. Chez les jeunes d'aujourd'hui, la place de la télévision a beaucoup changé et ne va cesser de le faire, avec le numérique et internet. Certes de plus en plus de séries sont produites, mais la place qu'elles occupent dans nos imaginaires change également avec l'apparition d'autres objets culturels.

Je suis donc partagé d'une part par le fait qu'à la fois la culture de masse mondiale ne cesse de constituer un socle référentiel toujours plus vaste géographiquement et socialement (les séries peuvent être vues partout dans le monde par exemple). Et d'autre part par le fait qu'il y a un mouvement de fond qui fait que nous partagerons peut-être de moins en moins de références culturelles. A chacun sa culture pourrait-on dire. Il y a fort à parier que d'autres références émergeront, comme les jeux vidéo par exemple. L'acteur Robin Williams a appelé sa fille Zelda par exemple...


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