Bronchiolite : comment se déroule une séance de kiné respiratoire ?

Chaque année, près d'un tiers des nourrissons sont touchés par cette infection respiratoire qui doit être surveillée et traitée rapidement. Quand consulter ? Quelle prise en charge ? Réponses avec Didier Billet, kinésithérapeute respiratoire.

Bronchiolite : comment se déroule une séance de kiné respiratoire ?
© Oksana Kuzmina - 123RF

Le plus souvent, la bronchiolite se manifeste sous forme d'épidémie saisonnière, débutant de la mi-octobre jusqu'à la fin de l'hiver, avec un pic de contaminations en décembre. Selon le dernier bulletin épidémiologique du 29 novembre 2017 de l'Institut de veille sanitaire (InVS), le nombre de passages aux urgences et d'hospitalisations pour la bronchiolite chez les enfants de moins de deux ans a considérablement augmenté. Chaque année, ce sont près d'un tiers des enfants de moins de deux ans qui sont concernés, soit 450 000 nourrissons. Si elle est très souvent bénigne et se soigne en une dizaine de jours, elle peut "entraîner des difficultés respiratoires, à dormir, à manger ou causer une toux durable d'où l'importance de soigner rapidement l'enfant pour empêcher que son état ne s'aggrave et ne nécessite une hospitalisation", alerte Didier Billet, kinésithérapeute respiratoire.

Symptôme de la bronchiolite : quand consulter ?

La bronchiolite commence généralement par un pic de fièvre, un nez bouché ou un écoulement nasal. Apparaît ensuite une toux sèche devenant de plus en plus grasse et intense : l'encombrement bronchique et rhinopharyngé provoque une gêne respiratoire importante. Le nourrisson peut manquer d'appétit, ou montrer des signes de fatigue. Si sa respiration devient plus rapide et sifflante, si sa fièvre persiste ou s'il perd du poids, il est faut consulter rapidement son médecin généraliste ou son pédiatre. Par ailleurs, "il est important de nettoyer plusieurs fois par jour le nez de votre bébé à l'aide d'un sérum physiologique, de lui donner de l'eau régulièrement dans la journée afin d'éviter toute déshydratation, et d'aérer votre intérieur afin de renouveler l'air et de l'assainir", précise le spécialiste, avant de conseiller aux parents de "fractionner ses repas afin qu'il mange souvent et en petites quantités". Aussi, la surélévation de la tête du lit de 10 à 30° à l'aide d'un oreiller posé sous le matelas peut aider l'enfant à mieux respirer. Enfin, il est évidemment conseillé aux parents de ne pas fumer en sa présence, ni de l'emmener dans des endroits enfumés qui pourraient davantage irriter ses voies aériennes.

Quel diagnostic ?

Via un examen clinique, le médecin généraliste, le pédiatre ou encore le services des urgences vont porter une attention particulière à la respiration de l'enfant et à l'éventuelle présence de crépitements ou de sifflements. Après auscultation, le spécialiste peut alors lui prescrire au besoin, des séances de kinésithérapie respiratoire qui vont permettre "de le surveiller quotidiennement et ainsi d'assurer une veille sanitaire", indique Didier Billet, avant d'ajouter que "c'est d'ailleurs le kinésithérapeute qui devra réadresser en cas de besoin le nourrisson à son pédiatre, voire aux urgences pédiatriques. Un bébé qui perd du poids ou n'est pas suffisamment oxygéné doit nous alerter et pourquoi pas nous faire envisager une hospitalisation". La bronchiolite du nourrisson est évidemment une pathologie à prendre au sérieux, notamment chez les enfants de moins de 1 an et particulièrement ceux de moins de 3 mois où une prise en charge en milieu hospitalier est quasi indispensable.

Comment se déroule une séance de kiné respiratoire ?

"Le kiné respiratoire intervient surtout chez les nourrissons dont l'état clinique n'est pas suffisamment grave pour envisager une hospitalisation, mais qui présentent tout de même des symptômes sérieux". C'est également lors de ces séances que le praticien va donner des conseils d'hygiène de vie aux parents, mais aussi mesurer la saturation de l'oxygène dans le sang et peser le nourrisson, afin de suivre l'évolution de la bronchiolite et vérifier qu'il s'alimente bien. En cas de bronchiolite aiguë, la kinésithérapie respiratoire va permettre à l'enfant de libérer ses voies aériennes supérieures et inférieures, ce qu'il n'arrive pas à faire spontanément. Pourquoi ? Parce qu'il n'a pas assez de force pour tousser et évacuer le mucus qui encombre ses bronches.

Tout d'abord, le praticien demande aux parents des renseignements sur l'état, les antécédents, les vomissements éventuels, l'alimentation, l'appétence ou encore la qualité du sommeil de l'enfant. Puis il examine et ausculte le nourrisson. Les soins commencent par le désencombrement des voies aériennes supérieures (nez, fosses nasales, bouche, pharynx et larynx), c'est-à-dire qu'il va laver le nez et les fosses nasales grâce à un sérum physiologique. Généralement, le kinésithérapeute montre aux parents comment faire pour laver correctement le nez ainsi que des techniques de reniflement pour qu'ils puissent les reproduire chez eux. Des techniques très utiles puisque "90 % des symptômes sont simplement liés à un encombrement du nez", précise-t-il, "et dans certains cas, un lavage peut suffire à soulager un enfant qui ne présente pas encore de symptomatologie pulmonaire importante". Ensuite, le spécialiste désencombre les voies aériennes inférieures (trachée, bronches, bronchioles…) par la technique dite d'expiration prolongée : le kinésithérapeute place une main au niveau du thorax du nourrisson pour le faire souffler progressivement et très lentement, afin de faire remonter les mucosités jusqu'au niveau des grosses bronches. Ce geste peut être répété et entrecoupé de temps de repos.

Enfin, lorsque les sécrétions sont remontées au niveau de la trachée, le praticien effectue la technique de la toux provoquée : il appuie sur la face antérieure de la trachée à la fin de l'inspiration ce qui déclenche le réflexe de toux et l'expectoration (souvent des petits crachats). "C'est important de faire cracher le nourrisson pour que le praticien puisse voir l'état des sécrétions (sont-elles hydratées, infectées ?), puis parce que le bébé ne sera pas capable de digérer le mucus qui contient des protéines", assure l'expert. A noter que cette technique n'est plus utile chez un enfant capable de tousser à la demande. Parfois, "lorsqu'on a affaire à un nourrisson que l'on juge fatigué ou trop fragile, on peut avoir recours à une aspiration mécanique, en aucun cas douloureuse ou traumatique pour l'enfant. Même si le kiné va préférer les techniques manuelles aux mécaniques"

Si, après une séance, l'enfant se sent en général mieux (même s'il peut tout de même pleurer !), le nombre de séances nécessaire varie en fonction de l'état de l'enfant et de l'évolution de sa bronchiolite. "Souvent, on voit le nourrisson très rapidement après la consultation médicale (en moyenne moins d'une demi-journée après), puis deux à trois jours de suite pour avoir une bonne idée de son état et de son évolution, même si parfois, on peut être amené à le voir deux fois par jour", précise le kinésithérapeute. Généralement, les soins sont arrêtés lorsque le bébé s'alimente mieux et lorsqu'il dort bien, "en sachant que l'enfant peut continuer à tousser (toux sèche et épisodique, qui ne va pas le gêner pour dormir ni pour s'alimenter) car la durée de l'inflammation peut durer jusqu'à 3 semaines, jusqu'à s'estomper progressivement". Bien entendu, si jamais les parents constatent une évolution qui leur semble anormale, il est conseillé de prévenir le kinésithérapeute.

Est-ce douloureux pour l'enfant ?

"La kiné respiratoire peut être impressionnante pour certains parents, car certains gestes semblent "brutaux" et le bébé peut se mettre à pleurer, mais elle n'est ni douloureuse, ni traumatisante pour l'enfant", rassure l'expert, qui travaille actuellement sur une étude (dont les résultats devraient être publiés au printemps 2018) sur les réactions et la durée des pleurs des bébés après une séance de kiné respiratoire. Il a remarqué que beaucoup de bébé commençaient à pleurer avant les soins, dès lors qu'on les installait sur la table d'examen. Quand les enfants étaient remis à leurs parents, ils se calmaient très rapidement et cessaient de pleurer. Même s'il y a "un réel manque d'études qui objectivent l'efficacité et l'innocuité de la kiné respiratoire, on peut facilement en déduire que ces pleurs traduisent du stress et non de la douleur", conclut Didier Billet.

Une technique décriée ? La kiné respiratoire serait prescrite dans plus de 83 % de cas en France, selon l'Union régionale des médecins libéraux d'Île-de-France. Pourtant, plusieurs études rapportées par le Réseau Cochrane et publiées dans la revue médicale Prescrire (en 2012) déplorent son inefficacité, allant jusqu'à dire que "cette technique ne réduit pas significativement la durée d'hospitalisation pour les bébés atteints de bronchiolite". Toutefois, suite à la publication de cette étude qui a fait débat, la revue Prescrire est revenue sur ses propos en adressant un nouveau communiqué dans lequel il précise que "[son] texte était trop laconique" et qu'il "ne concernait que les cas graves, soit que les nourrissons hospitalisés". Donc, pour ce qui est des nourrissons pris en charge en soins ambulatoires, soit la très grande majorité des cas (97 % selon Santé Publique France), aucune étude n'a démontré l'inutilité de la kiné respiratoire. En effet, "nos données ne permettent pas d'exclure des bénéfices sur certains critères cliniques", précisent les auteurs de l'étude, avant de préconiser "une prescription au cas par cas, et non plus systématique".

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