Prématurité : "il faut apprendre à écouter les parents"

Manque d'intimité, explications absentes, écoute rare… Des parents d'enfants prématurés se confient sur leur vécu, à l'occasion des 8e journées des soignants.

Prématurité : "il faut apprendre à écouter les parents"
© Mario Ondris - 123RF

[Mis à jour le 4 avril 2017] La naissance prématurée est un traumatisme. Les parents ont un afflux d'émotions et vont inconsciemment se protéger. "Il y a en effet une coupure entre ce qu'il se passe et ce qu'ils ressentent. C'est le gel des affects. Les parents vont ainsi se concentrer sur leur bébé pour ne pas se focaliser sur ce qu'il leur arrive", explique Myriam Dannay, psychologue clinicienne à l'association SOS Préma, lors des 8e journées des soignants. Mais il y a généralement un effet d'après-coup qui survient lorsqu'ils ne s'y attendent pas. La maman ne comprend par exemple pas pourquoi elle va de plus en plus mal alors que son enfant va bien. Elle culpabilise et s'interroge (pourquoi ai-je accouché prématurément ?…). Elle va alors trouver toutes sortes d'explications pour donner du sens à ce qui n'en a pas. "Il faut laisser les femmes raconter, dire ce qu'elles ont à dire. Il faut qu'elles se libèrent afin que la pression soit de moins en moins forte", affirme la psychologue. Car accoucher prématurément n'est pas sans laisser de traces. Et cela commence généralement seulement quelques jours après l'accouchement. La maman, qui ne contrôle plus rien, va en effet avoir un sentiment d'impuissance et se sentir jugée par les soignants (lait qui n'est pas bon, mauvaise mère…). Il est pourtant indispensable qu'elle et son partenaire puissent bénéficier d'un accueil qui les mette en confiance, qu'ils sentent que leur place est souhaitée et reconnue.

Des soignants trop peu attentifs. Les mamans d'enfant prématuré se sentent aussi généralement délaissées. Nina, maman de Léana née à 32 semaines d'aménorrhées (SA), a par exemple été séparée de son mari dès l'entrée au bloc opératoire. Pourquoi ne peut-il pas assister à l'accouchement ? Est-ce que ma fille va m'aimer ? Va-t-elle survivre ?… Les questions se bousculaient dans la tête de cette jeune mère qui s'est alors retrouvée seule et sans réponse en salle de réveil. Le papa, lui, en plus de n'avoir pas pu assister à l'accouchement, a dû attendre deux heures avant de pouvoir voir sa fille. Une épreuve très dure qu'"il n'a d'ailleurs toujours pas digérée", selon Nina. Myriam Dannay estime que "c'est essentiel que les professionnels reconnaissent que cela peut être difficile pour les parents de prématurés. Il faut apprendre à les écouter et prendre en compte leurs besoins".

Face à cette situation, les parents sont souvent perdus et ont alors besoin d'être guidés. Barbara, maman d'Eliséa née à 33 SA, n'a pas vu sa fille pendant quatre jours après l'accouchement. "J'avais l'impression de ne pas être là, de rentrer dans un monde parallèle, assure la jeune femme avant d'ajouter n'avoir eu aucune explication sur ce qu'elle pouvait faire et ne pas faire avec sa fille." C'est pourtant un aspect "primordial" selon la psychologue. "Par exemple, si la maman ne peut pas prendre son bébé dans les bras, il faut lui expliquer pourquoi, sans cela elle risque de mal interpréter." 

Un manque d'intimité. Les parents sont par ailleurs nombreux à regretter l'absence de chambre avec un "vrai" lit, et non avec seulement un fauteuil et un tabouret, pour pouvoir se reposer. Ce manque d'intimité, Barbara en a également souffert lors de la première rencontre avec son bébé puisque d'autres parents étaient déjà présents dans la pièce. Pour elle, c'est essentiel que les soignants se focalisent sur la rencontre entre la mère et l'enfant, et soignent ce moment particulier. Alors comment faire ? Pour Myriam Dannay, "il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises pratiques. Il faut s'adapter à la situation et penser en amont à mettre en place des choses pour la famille comme par exemple disposer un paravent pour la protéger des regards". La présidente de l'association, Charlotte Bouvard, a quant à elle tenu à rappeler que dans les pays du Nord, la mère et l'enfant ne sont jamais séparés.

Le GREEN, groupe de réflexion composé de la Société Française de Néonatalogie (SFN), et des associations SOS Préma et CIANE, vient de présenter à l'Assemblée nationale les conclusions du groupe d'études "Prématurité et nouveau-nés vulnérables". Les députés présenteront leur rapport le 15 février prochain.

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Sortie le 8 avril du livre Juniper, la petite fille née trop tôt de Kelley et Thomas French, aux éditions Seramis.

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