A l'occasion de la réédition de son livre "J'aide mon ado à grandir", Françoise Rougeul rassure les parents sur la crise d'adolescence.
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Françoise Rougeul, psychanalyste et thérapeute familiale.
Quand l'ado est en crise, on le considère souvent comme seul responsable des tensions qu'il provoque...
Françoise Rougeul : "C'est faux, quand l'adolescent est en crise, c'est toute la famille qui est en crise. C'est pour cela que nous parlons "d'adolescence familiale". Dans la mesure où les "bêtises" de l'adolescent polarisent les tensions familiales, il devient un peu le "thérapeute de la famille." Il est souvent plus facile de parler de l'échec scolaire d'un ado que des difficultés rencontrées par le couple ou la famille. Par ailleurs, l'adolescent se pose et pose des questions essentielles sur l'amour, le bonheur, le sens de la vie, qui perturbent d'autant plus les parents, qui souvent, n'y pensent plus.
C'est pour cette raison qu'après quarante années de pratique, je crois que lorsque l'ado "va mal", il est préférable de le voir d'abord avec sa famille, au lieu de se précipiter vers une thérapie individuelle."
Tous les ados font-ils une crise ?
"L'adolescence est un passage entre l'enfance et l'âge adulte. Or dans tout passage, se produit une
crise. Parce que changer de type de relation est toujours difficile, particulièrement à l'adolescence qui signe la fin de l'enfance. Cette fin comporte une dimension un peu tragique, que les parents sentent bien.
La durée de la crise d'adolescence est très variable, actuellement, elle a tendance à évoluer sur plusieurs années. Néanmoins, certains adolescents chargés de responsabilités passent directement de l'enfance à l'âge adulte mais pourront faire leur crise d'adolescence plus tard, à 30, 40, 60 ans..."
Quels sont les conseils à donner aux parents ?
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Aider son enfant à traverser la crise d'adolescence.
"Déjà, avoir de la patience... Les ados sont épuisants parce qu'ils sont contradictoires et au mieux de leur force vitale, tandis que celle de leurs parents commence à décliner.
Deuxièmement, se dire que ce n'est pas tragique, c'est un remaniement qui, le plus souvent, est fécond, si le contact n'est pas rompu par les difficultés.
Enfin, se dire qu'il n y a pas de "
bons parents". Il y a des parents qui font ce qu'ils peuvent et se transforment avec leurs ados."
Le bon équilibre entre la compréhension et la cohérence des limites n'est pas toujours évident à trouver..."L'adolescent est expert en demandes contradictoires, il faut s'occuper de lui sans le surveiller, le comprendre mais respecter son mystère... c'est une mission impossible !
D'ailleurs si les parents étaient parfaits, l'ado ne risquerait-il pas d'être prisonnier d'une famille paradisiaque qu'il n'aurait aucune envie de quitter ?
En revanche, ce que les parents peuvent faire, tout en essayant de comprendre et de s'adapter, c'est de garder une forme de
cohérence. Si vous êtes une famille plutôt "normative" et que du jour au lendemain, vous devenez très laxiste, l'adolescent va perdre ses repères, il ne comprendra plus rien. Mais si j'insiste sur le fait qu'il n y a pas de "bons parents". Ce terme implique que vous ayez une image claire et préconçue de votre rôle. Vous risquez fort alors de passer à coté de la réalité vécue par votre ado et ....de devenir de mauvais parents.
Ce qui doit surtout vous inquiéter, c'est la conjonction de plusieurs symptômes
Une autre manière très efficace pour devenir de "mauvais parents", c'est de baisser les bras.
Le pire, pour un ado, c'est l'abandon ou l'indifférence.
Faire des erreurs d'adaptation n'est pas grave, on peut en parler. On peut très bien dire "écoute, on fait ce qu'on peut, on ne comprend pas tout, mais on essaie, car on t'aime..." Même s'il n'a pas l'air de réagir, ça le rassure."
Quand s'inquiéter de la crise d'adolescence de son enfant ? "Ce n'est pas la durée de la crise car elle est très variable. Ce qui doit surtout vous inquiéter, c'est la
conjonction de plusieurs symptômes (échec scolaire, tristesse, repli sur soi.).
Si, depuis 6 mois, votre ado ne sort plus de sa chambre, ne téléphone plus à ses copains et se retrouve en échec scolaire, alors là, il faut se poser des questions et consulter car ensuite, cela peut aller très vite.
L'échec scolaire et le redoublement ont ceci d'ennuyeux qu'ils entrainent la perte des camarades de classe, donc un début de désocialisation."
Comment peut-on expliquer que dans une même famille, un ado fasse sa crise et pas son frère ou sa sœur ?"En général, c'est le plus intelligent et le plus sensible ! Celui qui est capable de prendre sur lui les tensions familiales, et donc de protéger l'équilibre de la famille. Donc, plutôt que de le considérer comme un voyou, on peut le voir comme un contestataire, un "
révolutionnaire", essayer de comprendre ce qu'il remet en cause, les questions intéressantes qu'il soulève. Les adolescents sont très sensibles à l'état psychique de leurs parents. S'ils sentent que le couple va mal, que ses parents travaillent trop, il va, par ses symptômes, refuser ce type de vie et donc, à sa manière, poser des questions sur le vrai sens de la vie, l'amour dans un couple, le bonheur..."
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Dialoguez avec votre adolescent.
Qu'en est-il de la crise d'adolescence dans une famille recomposée ? "Elle est plus complexe, car à la crise "normale" se surajoute un problème de place, perdue, et à réinventer. Par exemple, quand un aîné se retrouve cadet dans la famille recomposée. En général, on constate quand même, que si les parents ont trouvé un équilibre affectif, les enfants s'adaptent et vont bien. Mais
si l'un des parents refait sa vie et pas l'autre ou si la séparation du couple n'est pas acceptée, il y de fortes chances pour que l'adolescent soit pris en
otage dans le conflit entre les ex-conjoints. Lorsqu'un adolescent est en crise avec son beau-père ou sa belle-mère, il convient de vérifier que l'autre parent ne dit pas de mal de cette personne. Plus généralement, si le couple conjugal est détruit, les parents se doivent de construire un
couple parental qui respecte la loyauté que les enfants éprouvent par rapport à leur père et à leur mère... Demander à un ado de prendre partie pour l'un, donc de choisir entre son père et sa mère, c'est le mettre dans un conflit de loyauté qui ne peut que lui faire du mal."
Un dernier mot à nos lectrices ? "Deux écueils sont à éviter :
Croire que cette crise est la fin du monde
Croire qu'elle n'a pas d'importance et que ça va s'arranger tout seul
Pour 80% des ados, tout se passe bien, donc il ne faut pas tout de suite, s'imaginer le pire... Mais il faut rester vigilants à d'éventuels
signaux de détresse (conjonction de plusieurs symptômes et durée de ceux-ci).
Par ailleurs, sachez que les crises les plus bruyantes se résolvent si les parents acceptent de ne pas tout comprendre, tout en continuant à essayer de le faire, c'est-à-dire, sans laisser tomber leur ado. Il faut juste que chacun puisse éprouver et se dire, que chacun fait de son mieux dans une situation difficile pour tout le monde."
En savoir plus :
"J'aide mon ado à grandir" de Françoise Rougeul, aux éditions Eyrolles. Françoise Rougeul est professeur émérite de psychopathologie clinique et neuropsychiatre. Elle a été psychanalyste et thérapeute familiale systémique pendant 40 ans.
Audrey Achekian, Journal des Femmes