Mon ado est homo, comment réagir ?

Votre enfant vient de vous annoncer qu'il était attiré par des personnes du même sexe que lui et cela contredit l'image que vous vous faisiez de lui. Est-ce normal de s'inquiéter ? Que traduisent vos appréhensions ? Le psychologue Thibault Bataille nous répond.

Mon ado est homo, comment réagir ?
© Cathy Yeulet - 123RF

Alors que vous l'attendiez sagement devant la grille du lycée, vous avez surpris votre adolescent en train d'embrasser un autre garçon ? En plein dîner, votre adolescente vient de vous annoncer qu'elle était tombée amoureuse d'une fille ? Apprendre l'homosexualité de son enfant est une nouvelle difficile à encaisser pour certains parents qui ont besoin de temps pour l'accepter. Comment aborder le sujet avec son enfant ? Comment réagir à son "coming out" ? Comment l'aider à surmonter le regard des autres ? Réponses de Thibault Bataille, psychologue.

Laissez-le vous en parler

"Avouer à ses parents son attirance pour une personne du même sexe, c'est prendre le risque de bousculer l'image qu'ils s'étaient faite de nous et surtout, de les décevoir"

L'adolescence est une période pendant laquelle on se cherche, on se questionne, on tâtonne et on découvre sa sexualité. Prendre conscience de son homosexualité peut être une étape longue et complexe. Et même si la société est plus tolérante qu'avant concernant les couples gays, révéler sa véritable identité sexuelle reste un acte délicat, "surtout quand l'enfant s'aperçoit qu'il n'est pas dans la norme", explique Thibault Bataille. Surtout, avouer à ses parents qu'on est attiré par une personne du même sexe, c'est prendre le risque de bousculer l'image qu'ils s'étaient faite de nous et surtout, prendre le risque de les décevoir. En effet, "tous les parents se font une représentation de leur enfant, ils se projettent et imaginent un avenir pour eux et ils voient ce futur être totalement remis en question. Et soyons clair, la très grande majorité des parents n'envisage pas d'avoir un enfant homosexuel car ils ont peur qu'il soit exclu, rejeté, moqué et donc malheureux", précise le psychologue. Pour autant, "aucun parent ne souhaite que son enfant refoule ses sentiments et cache qui il est vraiment, une chose qui le rendrait également malheureux". C'est donc à votre adolescent de décider si oui ou non il souhaite vous parler de ses attirances, de ses doutes ou de ce qu'il ressent. Mais pour qu'il puisse prendre l'initiative de vous en parler, "il doit se sentir à l'aise et libre de pouvoir aborder des sujets qui lui sont difficiles", poursuit-il. Et d'ajouter que "le plus important est de respecter l'intimité de l'ado et de favoriser un climat propice à la parole entre lui et vous : cela passe par de la bienveillance, de l'ouverture d'esprit et de la patience". En somme, s'il en a envie et qu'il sent que le climat est favorable à l'écoute et au dialogue, il vous en parlera naturellement.

Comment réagir à son "coming out" ?

"Un ado peut avoir du mal à trouver ce qu'il aime et a le droit d'expérimenter plusieurs choses : ses choix sont souvent loin d'être définitifs !"

Si votre ado prend l'initiative de vous en parler et qu'il fait ce qu'on appelle communément son "coming out", considérez cela comme une belle preuve de confiance envers vous : il estime que c'est important que vous le sachiez, pense que vous ne le jugerez pas et encore mieux, que vous le soutiendrez. Alors, que vous le preniez avec tolérance, que vous ayez du mal à digérer voire que vous trouviez cette idée inconcevable, l'orientation sexuelle de votre ado- qu'elle soit homosexuelle, bi ou hétéro -  ne vous regarde absolument pas. Votre ado attend donc de vous que vous respectiez ses choix. Être déçu ou inquiet restent certes des réactions tout à fait normales, mais elles s'estompent généralement avec le temps. D'ailleurs, "il n'est pas nécessaire de vouloir à tout prix accepter cette idée au moment où votre ado vous en parle : vous pouvez très bien prendre un temps (quelques jours ou plus si vous en éprouvez le besoin) de réflexion qui vous permettra de prendre du recul, comprendre davantage ce que votre enfant ressent, d'exprimer vos appréhensions et vos craintes, et de digérer progressivement la nouvelle", rassure le spécialiste. "Ce qui est important, c'est de lui montrer que vous l'aimez toujours - même si vous n'aviez pas envisagé cet avenir pour lui, qu'il faudra du temps pour vous faire à cette idée - et que ce qu'il pourrait considérer comme un rejet de sa personne n'est en réalité que de l'inquiétude". Aussi, attention à ne pas le stigmatiser et à le placer à tout prix "dans une case". Car non, les jeunes hommes gay ne sont pas forcément maniérés et les lesbiennes ne ressemblent pas toutes à des garçons manqués. En d'autres termes, l'orientation sexuelle de votre enfant ne peut pas se deviner à son apparence physique et vice-versa. De la même façon, si votre enfant fréquente quelqu'un du même sexe pendant un certain laps de temps, cela ne l'inscrit pas pour autant de manière définitive dans une homosexualité : "un ado peut avoir du mal à trouver ce qu'il aime et a le droit d'expérimenter plusieurs choses. Ses choix sont souvent loin d'être définitifs !", assure l'expert.

Enfin, essayez de trouver la bonne distance : montrez-vous présent et à son écoute, mais pas trop curieux pour autant. Il faut savoir respecter son intimité et se limiter à lui parler de méthodes contraceptives (pilule, préservatifs masculins ou féminins…), des dangers d'une conduite à risques et ne pas hésiter à lui demander comment il se sent à l'école (ses amis sont-ils au courant ? Subit-il des moqueries ?…) Vous pouvez également lui proposer de rencontrer, s'il le souhaite, son ou sa petit(e)-ami(e). Cela lui montrera que vous lui faites confiance, que vous le soutenez et cela pourra également vous rassurer. Mais là encore, rien ne presse : prenez le temps qu'il vous faudra pour être pleinement à l'aise avec cette idée, pour trouver vos nouveaux repères et pour vraiment être prêt à faire la connaissance de cette personne.

Que traduisent votre déception et votre inquiétude ?

"On ne devient pas homo et on ne le choisit pas ! Pour digérer, le mieux est de vous laisser du temps et surtout de ne pas rompre votre relation parents/enfant. En effet, en tant que parents, on projette des choses et on se pose aussi plein de questions du type "que vont dire les gens", etc. Lorsque votre enfant vous a fait part de son homosexualité, c'est votre regard qui a changé, mais finalement, l'important c'est que votre fille soit heureuse et épanouie dans sa vie de femme. Je parle en connaissance de cause,car ma mère a eu un choc quand elle a su que j'étais lesbienne. Mais après quelques mois difficiles, elle a surtout vu que sa fille était restée la même, et notre complicité aujourd'hui est intacte. L'entourage est important, si vous étiez proches, il faut que ça dure, il n'y a pas de raison et ne culpabilisez pas" (Laurelle69)

En effet, les parents peuvent avoir des craintes légitimes par rapport à l'avenir de leur enfant homosexuel. Certains ont peur de la réaction de leurs proches, du regard des autres, qu'il ne soit pas accepté dans la société ou qu'il subisse une véritable discrimination à l'école et dans son futur milieu professionnel. Pour d'autres, c'est la peur des MST ou encore, celle de ne pas avoir de petits-enfants. En effet, les parents espèrent très souvent être grands-parents et l'homosexualité rend ce schéma familial un peu plus complexe à construire, mais pas pour autant impossible. Souvent, c'est un deuil douloureux à faire pour les parents, surtout qu'il s'accompagne dans la plupart des cas d'une profonde culpabilité : la culpabilité de ne pas avoir réussi à transmettre les valeurs qu'on voulait lui transmettre, la culpabilité d'avoir échoué dans l'éducation, la culpabilité d'avoir donné une mauvaise image du "couple traditionnel"... "Certains parents peuvent avoir des pensées du type "qu'est-ce que j'ai mal fait ?", "qu'est ce que je n'ai pas fait ?" ou encore "qu'est ce que j'ai trop fait ?", énonce Thibault Bataille, "ces sentiments de culpabilité sont normaux, mais malheureusement, ces parents ne trouveront jamais de réponses satisfaisantes". Alors, nul besoin de cogiter éternellement, "mieux vaut se tourner vers un professionnel de l'écoute, tel qu'un psychologue ou une association qui pourront leur offrir un espace de parole et les aider à prendre du recul et à déculpabiliser". Dans tous les cas, sachez qu'on ne peut pas expliquer la cause de telle ou telle orientation sexuelle, ce qui est certain, c'est que la façon d'éduquer un enfant ne peut être responsable d'une homosexualité. Et surtout, "il n'y a ni fautif, ni coupable quand il s'agit des sentiments et de l'identité de votre enfant, surtout si ses choix le rendent heureux". Par ailleurs, faut-il mettre au courant toute la fratrie ? Oui, si ses frères et sœurs vous demandent ce qu'il se passe et qu'ils sont suffisamment grands pour comprendre. Car "mieux vaut éviter les secrets et les non-dits au sein d'une famille", confirme le psychologue.

Un livre et un film pour aborder l'homosexualité. Quand les parents ne trouvent pas les mots pour échanger avec leurs enfants sur les questions liées à la sexualité et tout ce qui en découle, des films, des podcasts, des chaînes YouTube, ou encore des livres peuvent leur apporter des éléments de réponses et parfois faire taire certains doutes chez l'ado.

  • A partir de 12 ans. Réalisé par Jean-Marc Vallée, le film C.R.A.Z.Y dépeint, avec justesse et humour, la vie d'une famille québécoise chamboulée par l'homosexualité naissante de Zac, le dernier d'une fratrie composée de 5 garçons. Ce manque de virilité et cette orientation sexuelle sont clairement impensables pour le père de famille intransigeant qui fera alors tout "pour guérir" son fils de "cette maladie". Pour autant, une grande complicité va naître entre ce père bourru, contrarié et ce fils en quête d'identité. Parviendra-t-il à accepter "cette différence qui rend son fils si spécial" ? A regarder en famille.
  • © Nathan
    A partir de 15 ans. Écrit par Chusita, une YouTubeuse populaire chez les 15-20 ans, et préfacé par un médecin, Ceci n'est pas un livre de sexe (aux Éditions Nathan) répond à toutes les questions des ados, des plus classiques aux plus taboues. A travers des BD, des témoignages, des tests, des recommandations du Ministère de la Santé… Ce guide évoque l'homosexualité, les mécanismes du plaisir, l'importance du respect de l'autre et de la libre décision, mais aussi les protections indispensables pour prévenir les IST…

Une association pour un meilleur dialogue entre parents et enfants. Les associations Contact sont présentes dans toute la France. Leurs équipes, composées aussi bien d'hétérosexuels, de lesbiennes, de gays, de bi, de transsexuels ainsi que de leurs proches, sont là pour aider les familles à comprendre et à accepter l'orientation sexuelle de leur enfant, pour apporter des conseils aux personnes souhaitant annoncer leur homosexualité, pour lutter contre les discriminations et l'homophobie ainsi que pour prévenir les conduites à risques, les signes d'un comportement dépressif ou suicidaire. Ils interviennent également en milieu scolaire auprès d'élèves de collège et de lycée. Une ligne d'écoute gratuite et anonyme est disponible tous les jours sauf le dimanche (0805 69 64 64).

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