Boulimie et anorexie chez l'ado : comment l'aider à s'en sortir ?

Si plus de 2% des adolescentes souffrent d'anorexie, presque autant auraient des comportements boulimiques. Comment les aider à combattre ces troubles de l'alimentation ? Quelle prise en charge est la plus adaptée ?

Boulimie et anorexie chez l'ado : comment l'aider à s'en sortir ?
© Vadim Guzhva - 123RF

Jeudi 25 janvier 2018, la maison de Solenn (AP-HP) consacrait une table ronde aux troubles du comportement alimentaire (TCA) chez les adolescents. Des troubles souvent associés à des problèmes psychologiques impactant la santé somatique, psychique et l'insertion sociale. Parmi ces troubles du comportement alimentaire, l'anorexie reste le plus connu. Mais la boulimie et l'hyperphagie boulimique – qui se caractérise par une absorption d'une très grande quantité de nourriture sur une courte durée, mais sans l'éliminer en vomissant, et qui touche autant les hommes que les femmes – sont des troubles plus répandus, mais bien moins médiatisés et donc plus difficiles à appréhender. D'autant plus que les jeunes concernés par ces troubles peuvent "connaître à la fois des phases d'anorexie, de boulimie ou d'hyperphagie", explique le Pr. Nathalie Godart, pédopsychiatre spécialisée du champs de l'adolescent et du jeune adulte. Et ce à n'importe quel âge, même si "l'anorexie connaît un pic entre 14 et 18 ans, la boulimie quant à elle apparaît un peu plus tard, autour de 16-20 ans et l'hyperphagie boulimique, vers 21 ans". Parce qu'ils sont plus ou moins passagers et plus ou moins sévères, "ces TCA demandent un diagnostic précoce et un accompagnement adapté", ajoute le Dr. Corinne Blanchet-Collet, endocrinologue-nutritionniste, "d'autant plus que ces troubles peuvent se guérir dans plus de 80 % des cas". Alors, quelles sont les clefs d'une prise en charge réussie ? Vers quel(s) spécialiste(s) se diriger ?

Quand faut-il adresser l'enfant ou l'ado à un spécialiste ? 

Évidemment, la perte ou la prise de poids peuvent alerter. Mais ce sont surtout les changements de comportement – brutaux ou progressifs – les difficultés scolaires, la propension à l'isolement, le sommeil perturbé, l'irritabilité à table ou encore le surinvestissement à l'école qui vont être révélateurs d'un mal-être et qui doivent éveiller la vigilance des parents. Les maux de ventre ou les migraines constituent parfois des signaux qu'il faut surveiller. "Face à une attitude suspecte, les parents doivent agir et accompagner l'enfant chez un médecin, comme ils le feraient pour une gastro ou toute autre pathologie", pose d'emblée le Pr. Marie-Rose Moro, psychanalyste et chef de service de la maison de Solenn. Pour comprendre d'où vient cette souffrance, les parents peuvent tout d'abord discuter avec l'ado et lui demander ce qui ne va pas, les éventuels problèmes qu'il rencontre à l'école, l'image qu'il a de lui... Bien sûr, tous les ados ne seront pas enclins à évoquer leurs souffrances et à en parler avec leurs parents. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à consulter un médecin et entamer une démarche de soins. Veillez à aborder le sujet tout en douceur, en lui manifestant votre inquiétude de façon claire : "nous sommes inquiets pour toi et nous avons besoin d'aide". Pensez que très peu de jeunes refusent de se faire soigner. Et en effet, "les plus grandes réticences ne viennent pas des adolescents", certifie la directrice de la maison de Solenn, "ce sont plutôt les parents qui ont du mal à accepter l'idée que leur enfant souffre".

A qui s'adresser ?

"Les troubles du comportement alimentaire nécessitent une véritable coordination des soins, sur le long terme"

En France, chaque département est doté d'une maison des adolescents : un lieu d'accueil et de conseils pour les jeunes de 11 à 25 ans (l'âge peut varier selon les structures) et leurs familles. L'accueil dans ces maisons est entièrement gratuit et anonyme si l'ado le souhaite (aucune autorisation parentale n'est demandée) et lui permettra de rencontrer différents professionnels (psychologues, médecins, infirmières, nutritionnistes, assistante sociale…) en fonction de ses besoins. Et puisque "les TCA sont des pathologies complexes qui mêlent des problèmes nutritionnels, somatiques, ou psychiatriques et qui évoluent dans un contexte familial parfois difficile, ils nécessitent une prise en charge globale et pluridisciplinaire sur le long terme, qui est proposée dans toutes les maisons des adolescents. Car non, un seul praticien n'est pas capable de tout résoudre !", résume Corinne Blanchet-Collet. Cette prise en charge se fait généralement en trois étapes :

  • L'ado est reçu en consultation par un médecin qui va évaluer - "sans jugement" tient à préciser le Dr Blanchet-Collet - le "retentissement" de son trouble alimentaire sur son état de santé global (taille, poids, IMC, attitudes par rapport à la nourriture, vécu corporel, image corporelle, estime de soi…)
  • Afin de lui proposer un suivi ambulatoire adapté, une évaluation psychologique ou psychiatrique est effectuée en fonction de ses besoins.
  • Le médecin coordonnateur (la personne qui assure la communication entre tous les praticiens, mais aussi avec l'école ou l'université) propose à l'ado et à ses parents un projet global (médical, psychologique, psychiatrique, scolaire et diététique) : ce projet de soins est individualisé, évolutif et négocié avec le jeune et sa famille.

Si la prise en charge ambulatoire ne fonctionne pas, qu'il y a un risque vital pour l'ado, mais aussi en cas d'épuisement familial, une hospitalisation de jour, à temps complet ou séquentielle (quelques jours par semaine ou par mois) peut être proposée à la famille, mais "celle-ci est programmée et préparée avec l'ado et ses parents", rassure Rose-Marie Moro. "On cherche toujours à obtenir l'accord de chacun pour que cette hospitalisation soit la plus bénéfique possible. Les hospitalisations sous contrainte restent très exceptionnelles". Pendant une hospitalisation, des ateliers culturels thérapeutiques et sportifs permettent à l'ado de se reconstruire par le biais de l'art-thérapie, du jeu, de l'exercice et de la création. Mais, quel que soit le projet défini, nous voulons avant tout "inclure au maximum les familles et l'entourage pendant la phase de soins", "maintenir l'ado le plus possible dans son environnement scolaire" et lui proposer en parallèle "un suivi somatique, psychiatrique et psychologique, une évaluation scolaire et une adaptation de la scolarité si besoin, et un accompagnement social et éducatif si nécessaire", précise l'endocrinologue. Les objectifs des soins ? "Restaurer le poids et le maintenir, traiter la souffrance psychologique et minimiser les conséquences sociales et relationnelles", précise-t-elle. Le temps du suivi dépendra des séquelles somatiques, psychologiques et sociales, mais "une prise en charge dans la durée, pendant plusieurs mois voire plusieurs années, est souvent envisagée", afin de "minimiser les risques de TCA chroniques et favoriser la guérison sur le long terme, idéalement à vie", insiste la directrice de la maison de Solenn.

Si l'ado réside loin du réseau des maisons des adolescents, le mieux est qu'il consulte son médecin traitant. Celui-ci le dirigera vers des spécialistes adaptés à ses besoins (psychiatre, nutritionniste…). Malgré tout, "nous sommes toujours là pour leur donner un deuxième avis si nécessaire", conclut-elle.

Comment se renseigner ? Pour obtenir des conseils, les familles peuvent s'adresser à"anorexie, boulimie info écoute" au 08 10 03 037 (numéro gratuit). Pour trouver la maison des adolescents la plus proche, rendez-vous sur le site de l'Association nationale des adolescents.

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