Victime d'une mauvaise réputation, comment réagir ?

"Espèce d'intello !", "Tu fais ta victime !", "T'es le fayot de la classe !"… Les mots sont parfois loin d'être tendres dans les cours de récré. Que faire lorsqu'une mauvaise image fait souffrir votre enfant ou votre ado ? Comment rassurer ? Les conseils du Dr Werner, pédiatre.

Victime d'une mauvaise réputation, comment réagir ?
© Dolgachov - 123RF

A l'école, les a priori vont bon train et certains enfants sont mis dans des cases. Des cases bien fermées et souvent peu flatteuses. L'intello, le populaire, la fille facile ou encore la victime... Souvent indétectables par les parents, ces étiquettes collent à la peau des jeunes et sont pénibles à supporter. Elles altèrent la confiance en soi et perturbent le bien-être en classe. Difficile donc pour l'élève de se sentir épanoui dans son environnement scolaire, particulièrement à un âge où le regard des autres est primordial. "Les conséquences psychologiques sont nombreuses : l'image et l'estime de soi se détériorent, certains élèves se renferment sur eux-mêmes et s'isolent", souligne le Dr Werner. Sans parler des résultats scolaires qui chutent : "il est évident qu'un enfant qui ne se sent pas bien à l'école voit souvent ses notes, sa concentration et son attention en classe baisser", alerte-t-il.

L'aider à créer un réseau protecteur

Le plus important est de communiquer au maximum avec son enfant, et particulièrement avec son ado qui aura moins tendance à se confier. "Garder un lien avec son enfant et l'inciter à en parler est essentiel : quand les enfants parlent de ce mal-être, la situation semble déjà moins problématique, contrairement à celle d'un jeune qui garde tout pour lui", précise l'expert. Si votre enfant a un comportement différent de d'habitude, s'il n'a plus envie d'aller à l'école ou s'il reste mystérieux à propos des journées qu'il passe, il faut se poser les bonnes questions. Peut-être y a-t-il un problème sous-jacent qu'il faut alors régler. Bien souvent, l'enfant a tendance à vouloir gérer ça seul, sauf qu'il n'en a pas les capacités. En effet, la répartie vient avec la maturité et parvenir à se défendre s'apprend avec l'âge. Alors, que peut-on dire à un ado qui souffre de son image ? Premièrement, n'hésitez pas à lui donner des outils de répartie qui l'aideront à contre-attaquer les éventuelles remarques des autres élèves. Ensuite, "offrez-lui la possibilité d'inviter régulièrement des copains à la maison : c'est un bon moyen de créer "une bande" d'amis qui pourra le défendre ou le protéger s'il est embêté à l'école", conseille le pédiatre, avant d'ajouter que "dans la cour de récré, les personnes seules, "les victimes" ou les "bolos" comme les ados disent, sont souvent celles qui se font le plus embêter. Les élèves populaires entourés de copains ne sont généralement pas des cibles d'agression". Enfin, si l'enfant le désire, il faut l'aider à trouver un espace de confiance et de parole indépendant du contexte familial : "le fait d'en parler à un psychologue améliore généralement l'impact des moqueries ou d'une mauvaise réputation", poursuit-il.

Réseaux sociaux : quelles précautions prendre ?

Parfois, les moqueries, les insultes ou les rumeurs vont au-delà de l'école et se poursuivent de retour à la maison, sur internet. Si les ados, en grandissant, développent leur regard critique, les plus jeunes se montrent plus vulnérables. Bien que théoriquement, ils n'ont pas le droit d'aller sur Facebook avant 13 ans, falsifier sa date de naissance pour s'inscrire est devenu courant. Le pédiatre est formel : "bannissez les réseaux sociaux avant 13 ans et la présence des écrans dans les chambres (tablette, ordinateur, smartphone). Réservez-les à l'espace de vie commune" pour pouvoir contrôler leur usage. "Plus qu'un droit de regard, les parents ont un devoir de regard", insiste le Dr Werner, "les sensibiliser au cyber-harcèlement est indispensable".

Des "tribus" aux réputations. Il y a quelques années, les étiquettes s'élaboraient en fonction des tenues vestimentaires, des goûts musicaux ou des centres d'intérêt. Les "hippies" ne côtoyaient pas les "gothiques" et encore moins les "geeks". Désormais, ce sont les attitudes ou les comportements qui rendent la personne fréquentable ou non. Traîner avec un élève qui a des bonnes notes ou le plus discret de la classe, ce n'est pas cool ! "Avant, on pouvait le penser. Maintenant, on le dit… et devant l'élève en question !", ironise l'expert. Toutefois, que l'on se rassure, "la plupart des "élèves étiquetés" ignorent facilement les remarques un peu lourdes de leurs pairs, seuls les plus fragiles en souffrent réellement", conclut le spécialiste.

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