Excision : comment protéger les jeunes filles ?

Si les mutilations sexuelles sont interdites en France, nombre d'adolescentes en sont victimes lorsqu'elles retournent dans leur pays d'origine. A l'occasion de la Journée mondiale contre l'excision, voici ce qu'il faut savoir.

Excision : comment protéger les jeunes filles ?
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[Mise à jour du 6/02/2018].  La journée mondiale contre l'excision qui a lieu ce 6 février est l'occasion de rappeler que six filles sont excisées chaque minute à travers le monde, principalement en Afrique, au Moyen–Orient et dans certains pays d'Asie (Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Inde, Pakistan), ou encore en Amérique du Sud (Colombie, Pérou). Dans la majorité des cas, elles sont âgées de moins de 15 ans, mais la moitié des pays qui pratiquent l'excision le font avant l'âge de 5 ans. En France, les adolescentes ne sont pas épargnées, même si les mutilations sexuelles féminines (MSF) y sont interdites et punies par la loi. Elles sont en effet plus vulnérables à la période des vacances d'été, lorsque leurs parents retournent par exemple dans leur pays d'origine pour rendre visite au reste de la famille. "Les vacances en Guinée se sont transformées en cauchemar. Nous avons été excisées avec nos cousines chez notre grand-mère. Une femme nous a tenu les jambes, une seconde nous écrasait la poitrine pour nous empêcher de crier et une troisième tranchait à vif dans les chairs. Je n'oublierai jamais les cris, en particulier de ma sœur, qui depuis est handicapée mentale", raconte une jeune fille excisée à l'âge de 12 ans.

Pourquoi l'excision est-elle encore pratiquée ? Cette "coutume" est pratiquée depuis des générations dans certaines familles (depuis plus de 2000 ans). Celles-ci estiment ainsi pouvoir mieux contrôler la sexualité des jeunes femmes, afin d'empêcher les relations avant le mariage, puis les adultères. Certaines communautés pensent aussi que l'excision pourrait favoriser la fécondité, ou rendre les femmes plus attrayantes... Les idées reçues sont nombreuses et les conséquences physiques et psychologiques sont indéniables, tout au long de la vie des femmes, d'autant que ces mutilations sexuelles sont souvent pratiquées dans des conditions d'hygiène déplorables (couteau, lame ou rasoir). "Ma grand-mère m'a conduite chez l'exciseuse, une vieille femme effrayante. Je me rappelle en particulier des soins post "excision", le beurre de karité, mélangé aux cendres et le fait d'uriner dans un seau d'eau pour atténuer la douleur", témoigne une jeune femme excisée au Sénégal.

Comment agir contre l'excision et prévenir les risques ? Il faut savoir que les professionnels de santé, de l'éducation, de l'enfance et du social ont un rôle à jouer pour mieux repérer les situations à risques, prévenir et protéger les jeunes filles. En outre, "le secret professionnel, y compris médical, est levé en cas d'excision sur un mineur et le signalement est alors une obligation", précise l'association Excision, parlons-en !. Aussi, il convient de changer peu à peu les mentalités, en informant les familles et les adolescentes, notamment celles qui comptent partir en vacances, dans leur pays d'origine. 

- Ne pas diaboliser le sexe féminin. Les jeunes filles doivent comprendre que le sexe d'une femme n'est pas "sale". Au contraire, il permet de mettre au monde un enfant, et d'avoir du plaisir sexuel. 

- Se renseigner sur l'objet du voyage. Parfois, les jeunes filles sont excisées dans le cadre d'un mariage. Les adolescentes ne doivent pas hésiter à poser des questions à leur entourage. Vont-elles rester longtemps chez leur famille, rencontrer de nombreuses personnes qu'elles ne connaissent pas ? Ont-elles l'impression que leurs parents leur cachent quelque chose ? Ont-ils un comportement étrange ? Une fête sera-t-elle organisée à leur arrivée, en leur honneur ? Leur a-t-on promis des cadeaux ou une jolie robe ? Autant de questions qui méritent d'être posées afin de mieux réagir auprès des autorités compétentes. En cas de doute sur un voyage dans le pays d'origine des parents, n'hésitez pas à en parler autour de vous à une personne de confiance, à un professionnel de santé, au planning familial, ou contactez le numéro 119.

- Rappeler leurs droits et les sanctions pénales. "La loi sanctionne toutes les pratiques de mutilation sexuelle féminine : excision du clitoris, infibulation… Elle s'applique à toute personne vivant en France, quelle que soit sa nationalité, même si l'excision a eu lieu à l'étranger", rappelle l'association sur son site. Par conséquent, la loi sanctionne ces violences de 10 ans de prison et de 150 000 d'amende, selon l'article 222-9 du Code pénal. "Cette peine est portée à 15 ans de réclusion criminelle lorsque la mutilation est commise sur un mineur de moins de 15 ans, et à 20 ans lorsqu'elle est commise par un ascendant légitime, naturel ou adoptif, ou par toute autre personne ayant autorité sur le mineur".

- Consulter un spécialiste en cas de doute. Par ailleurs, en cas de douleurs pendant les règles ou en urinant, les jeunes filles doivent consulter un médecin, ou en parler à un infirmier scolaire. Certaines d'entre elles peuvent en effet ignorer avoir été excisées lorsqu'elles étaient enfant. 

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