Cybersexisme : quand les violences à l'école se poursuivent sur la toile

20% des filles font l'objet d'insultes en ligne en raison de leur apparence physique, selon l'Observatoire régional des violences faites aux femmes du Centre Hubertine Auclert, qui lance une campagne de sensibilisation.

©  Ian Allenden-123rf

Le harcèlement scolaire est une triste réalité qui touche près de 700 000 élèves chaque année en France. Généralement, les différences attisent la haine des camarades de classe, qui se transforment en bourreaux envers leur victime, parfois aussi sous forme de violences sexistes et sexuelles. Selon l'Observatoire régional des violences faites aux femmes du Centre Hubertine Auclert, les filles sont deux fois plus nombreuses que les garçons à déclarer avoir été victimes de moqueries en raison de leur comportement sexuel ou amoureux. Quand aux garçons, ils sont davantage exposés à des insultes homophobes qui remettent en question leur virilité. Ces rumeurs et insultent ont malheureusement tendance à continuer sur la toile : elles se poursuivent, s'amplifient et prennent des proportions difficiles à vivre pour ces adolescents qui en sont victimes. D'autant que les générations sont de plus en plus accros aux réseaux sociaux.

Les filles, deux fois plus touchées par le cybersexisme que les garçons. Selon l'enquête, 20% des filles (contre 13 % des garçons) déclarent avoir  été insultées en ligne en raison de leur apparence physique (poids, taille...). Elles seraient d'ailleurs deux fois plus nombreuses à être visées par les rumeurs en ligne que leurs petits camarades (13,3% contre 6,3%). Et ce n'est pas tout : 17 % des filles (contre 11 % des garçons) ont aussi été confrontées à des cyberviolences à caractère sexuel par le biais de photos, de vidéos ou de textos envoyés sous la contrainte, diffusées sans leur accord, ou reçues sans en avoir eu l'envie, soit trois filles et deux garçons par classe. Si le cybersexisme touche particulièrement les filles, ce phénomène viral "contribue à imposer des normes de féminité et de masculinité aux deux sexes. A travers la diffusion de selfies dénudés, les garçons gagnent en popularité, et les filles sont jugées de manière négative et insultées", précise l'étude.

Les ados n'osent pas en parler. Le danger se trouve aussi dans l'invisibilité du cybersexisme. En effet, il prend forme dans un espace virtuel qui rend difficile son repérage et le contrôle des adultes, tout en favorisant l'anonymat des personnes qui se livrent à ces insultes. Il est en quelque sorte une continuité d'un harcèlement en milieu scolaire, qui prend alors une ampleur sur la toile et ne laisse aucun répit aux victimes. Par conséquent, le cybersexisme peut entraîner de nombreux bouleversements pour les adolescents qui en sont la cible : perte d'estime de soi, sentiment d'insécurité, désespoir, idées suicidaires, mise à l'écart à l'école, manque de concentration en classe, peur de l'école, exclusion et rupture des relations... En outre, peu d'entre eux osent parler de leur mal-être et se confient encore moins  à leurs parents, estimant que ces derniers ne comprennent pas ou ne prennent pas au sérieux ce qui se passe en ligne. 25 % n'en ont parlé à personne, et parmi ceux qui témoignent, 42 % le font auprès de leurs amis, 23 % auprès de leurs parents et 18 % auprès d'un responsable de l'établissement scolaire. 

#StopCybersexisme : la campagne de sensibilisation pour lutter contre le cybersexisme. Une large campagne de prévention est lancée ce 27 septembre à l'occasion de la journée contre le cybersexisme. Un spot TV sera diffusé dans les média, et un kit de sensibilisation sera mis à disposition des élèves dans 1 500 établissements du secondaire en France. Enfin, 1500 collégiens et lycéens participeront à un projet pilote de prévention afin de mettre fin aux idées reçues et aux stéréotypes véhiculés au sein des écoles.

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