Virus Zika : premier décès d'un bébé atteint de microcéphalie en Argentine

Les autorités sanitaires d'Argentine ont annoncé le premier décès d'un nourrisson atteint de microcéphalie provoquée par le virus Zika.

©  © mrfiza

[Mise à jour du 14/11/2016]

Qui aurait cru qu'un simple moustique pourrait effrayer le monde ? Depuis des mois, l'épidémie à virus Zika inquiète les populations d'Amérique latine et des départements français d'outre-mer. L'épidémie apparue au Brésil en mai 2015 se se propage donc rapidement, via un moustique du genre Aedes, cousin du moustique tigre. Lorsqu'une personne infectée est piquée par le moustique, celui-ci est contaminé et peut à son tour transmettre le virus lors d'une autre piqûre. Mais la transmission du virus peut aussi s'effectuer par voie sexuelle ou périnatale, lors de l'accouchement ou par le placenta notamment.

Zika : quels risques pour les futures mamans ? 

Au Brésil, une recrudescence de cas de microcéphalies foetales ou néonatales ont été identifiées chez les nouveau-nés dont les mères ont été infectées pendant qu'elles étaient enceintes. Début mars 2016, des chercheurs américains ont pour la première fois mis en évidence un lien biologique entre le virus Zika et les microcéphalies chez le fœtus. L'étude américaine, publiée dans la revue Cell Stem Cell, a permis de confirmer de façon certaine ce lien. De plus, deux modes de transmission de la mère à l'enfant ont été mis en évidence une équipe de chercheurs (CNRS) de Toulouse en octobre 2016. Selon eux, le virus peut passer à travers le placenta ou via la circulation sanguine. 

Si le virus Zika est connu pour provoquer des microcéphalies, il est désormais aussi suspecté d'être impliqué dans l'apparition d'arthrogrypose, selon une étude brésilienne publiée le 9 août dans le British Medical Journal. Ce sont en effet sept nourrissons dont la mère avait été infectée par le virus Zika durant la grossesse, qui sont touchés par cette maladie neuromusculaire caractérisée par des déformations et des raideurs articulaires. Mais ces bébés souffrent également tous de calcification cérébrale, c'est-à-dire d'une accumulation de calcium dans le cerveau. L'hypothèse des chercheurs est que le virus Zika provoque des anomalies neurologiques, qui entraînent alors l'apparition d'arthrogrypose. Des études complémentaires sont maintenant nécessaires.

De nombreux bébés concernés. Le 25 juillet, le premier bébé européen atteint de microcéphalie fœtale est né à Barcelone. La maman avait contracté le virus lors de sa grossesse pendant un voyage en Amérique latine. Ce même jour, une étude alarmante publiée dans la revue Nature Microbiology révèle que "des dizaines de milliers de bébés" pourraient naître avec cette malformation du crâne et du cerveau due au virus Zika. Selon les prévisions des chercheurs, 93,4 millions de personnes, au total, pourraient être infectées par le virus, le Brésil restant le pays le plus touché.

Premier décès en Argentine. Le 12 novembre 2016, les autorités sanitaires d'Argentine ont annoncé le premier décès d'un bébé atteint de microcéphalie, dix jours après sa naissance. "Le bébé faisait partie des quatre cas en observation après que la province de Tucuman a connu 24 cas de zika, dont certains sur des femmes enceintes" a déclaré le directeur national du service d'épidémiologie Jorge San Juan, à l'agence de presse nationale Telam.

Un risque plus élevé durant les premiers mois de grossesse. Selon des chercheurs de l'Institut Pasteur qui ont analysé les données de l'épidémie Zika entre 2013 et 2014 en Polynésie française, le risque de microcéphalie "est de l'ordre de 1% pour un fœtus ou un nouveau-né dont la mère a été infectée par le virus Zika durant le premier trimestre de sa grossesse" alors que ce risque n'est que de 0,02 % en temps normal, précise les auteurs de l'étude. Pour autant, ce niveau reste faible par rapport à d'autres types d'infections virales. Par exemple, "lorsqu'une femme enceinte est infectée par la rubéole durant le premier trimestre de grossesse, le risque de complication grave est évalué entre 38 % et 100 %", ajoutent les spécialistes. Néanmoins, la rubéole ne touche que 10 femmes enceintes par an tandis que la proportion de personnes infectées durant une épidémie de Zika peut dépasser 50 %. D'où la nécessité de se protéger durant les premiers mois de la grossesse.

Quelles sont les recommandations pour les femmes enceintes dans les pays touchés ? 

Dans les pays touchés par le virus Zika, il est recommandé aux femmes enceintes d'éviter toute grossesse pendant cette phase épidémique et d'utiliser un préservatif lors des rapports. Mais nombre d'entre elles n'ont pas accès aux moyens de contraception. C'est ce qu'a souligné le 5 février l'ONU, en demandant aux pays concernés d'autoriser l'accès des femmes à la contraception et à l'avortement. "Comment peuvent-ils demander à ces femmes de ne pas tomber enceintes, mais ne pas leur offrir la possibilité d'empêcher la grossesse", avait alors déclaré à la presse la porte-parole Cécile Pouilly. Rappelons que les Jeux olympiques de Rio n'avaient pas été annulés, les risques étant minimes pendant le mois d'août, en plein hiver austral.

Début septembre, l'OMS a décidé de renforcer ses recommandations : toute personne provenant d'une région infectée par le virus Zika doit avoir des rapports protégés au moins six mois après son retour dans le pays (contre 8 semaines), qu'elle présente ou non les symptômes.

En Floride, les autorités de santé ont demandé fin août aux femmes enceintes d'éviter le quartier de Wynwood à Miami, en raison des risques de contamination importants liés au virus Zika. Les futures mamans s'étant rendues à Wynwood depuis le 15 juin doivent prendre contact avec leur médecin, a précisé Tom Frieden, directeur des Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Quant aux femmes enceintes vivant dans le secteur, elles doivent utiliser des préservatifs ou pratiquer l'abstinence. Plusieurs cas de contamination locale ont également été recensés mi-août dans la zone touristique de Miami Beach

Singapour est à son tour touché par le virus Zika. Après l'infection de 150 personnes, dont deux femmes enceintes, le ministère de la Santé recommande, dans un communiqué de presse publié le 1er septembre, à toutes les futures mamans de se faire dépister gratuitement en cas de signes d'infection. Celles qui sont en bonne santé, mais dont le conjoint serait infecté par le virus, sont quant à elles invitées à effectuer des tests par mesure de prévention. "Si l'infection est confirmée chez une femme enceinte, elle sera invitée à rencontrer un spécialiste. Des examens échographiques réguliers peuvent être recommandés par le gynécologue afin de surveiller la croissance fœtale et repérer l'apparition d'anomalies", précisent les autorités. 

Répulsifs et moustiquaires sont recommandés
© Ian Allenden - 123RF

Comment se protéger ? 

Rappelons qu'il n'existe aucun traitement contre les symptômes de type grippal causés par le virus Zika, qui peut aussi provoquer chez l'adulte des éruptions cutanées, une conjonctivite avec une douleur derrière les yeux ou encore un œdème des mains et/ou des pieds. Des antalgiques tels que le paracétamol peuvent être prescrits en cas de douleurs, mais aucun vaccin n'est disponible. Toutefois, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que l'épidémie de Zika constituait une urgence de santé publique de portée internationale. "Cela signifie concrètement que les recherches pour le développement d'un vaccin vont s'accélérer", a déclaré Marisol Touraine. Il est aussi recommandé d'utiliser des moustiquaires et des produits répulsifs par prévention, dans les pays touchés par l'épidémie, et de consulter son médecin en cas de doute. 

Quelles recommandations pour les femmes enceintes en France ? 

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, recommande aux futures mamans de "différer leur voyage en Martinique, en Guyane et dans les territoires d'outre-mer" en raison de "l'épidémie sérieuse" du virus Zika et des risques pour le bébé. "Dans des cas limités, la maladie peut être très grave avec des effets neurologiques, et, pour les femmes enceintes, des complications, des malformations pour leur bébé. Au cas où les futures mamans ne peuvent ou ne souhaitent pas différer leur voyage, "elles doivent renforcer les mesures de protection antivectorielles et les bonnes pratiques relatives à l'utilisation des produits insecticides et répulsifs". Elle recommande par ailleurs un renforcement du suivi médical et de la prise en charge des femmes enceintes vivant dans ces zones à risque. "Une information spécifique sur les malformations congénitales et les autres complications pouvant survenir lors d'une infection par le virus Zika sera assurée par les professionnels de santé", précise le communiqué. Enfin, en cas de découverte à l'échographie d'anomalies congénitales, un bilan sera effectué pour en définir la cause. "La future maman sera alors orientée vers un Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) pour une évaluation étiologique et pronostique de l'affection fœtale dont les conséquences possibles lui seront expliquées".

Une échographie mensuelle pour toutes les femmes enceintes des zones françaises Zika. Par précaution, et pour mieux surveiller les femmes enceintes ainsi que la croissance du fœtus, Marisol Touraine a annoncé, dans un entretien au quotidien Libération du 29 février, que toutes les futures mamans vivant dans les zones françaises affectées par l'épidémie Zika se verraient proposer une échographie mensuelle, intégralement prise en charge par la Sécurité sociale. Au départ, la ministre avait décidé que seules les femmes ayant contracté le virus feraient une échographie mensuelle, tandis que les autres futures mamans pourraient bénéficier de deux ou trois échographies supplémentaires (en plus des trois habituelles nécessaires pour un bon suivi). Désormais, qu'elles aient contracté ou non le virus Zika, toutes les futures mamans pourront faire chaque mois, une échographie.

Quels sont les modes de transmission ?

La transmission sexuelle du virus Zika est prouvée, mais probablement négligeable par rapport à la transmission vectorielle. Par ailleurs, ce mode de transmission doit être pris aussi en considération dans les zones d'endémie. Le conseil national professionnel de la gynécologique obstétrique recommande "l'emploi du préservatif pour les femmes enceintes ou en âge de procréer en zones d'endémie, ou dont le compagnon est suspect d'être infecté". Suite à la découverte de traces du virus dans le sperme d'un Italien six mois après l'apparition des premiers symptômes, l'OMS a également préconisé le port d'un préservatif de manière prolongée. "Les hommes et les femmes revenant d'une zone où le virus zika est en circulation doivent pratiquer le sexe à moindre risque ou s'abstenir de tout rapport pendant au moins 8 semaines, voire six mois pour les hommes présentant des symptômes". Fin septembre 2016, des chercheurs ont de plus montré que le virus était présent à l'intérieur même des spermatozoïdes, ce qui pose la question d'un contrôle des donneurs de sperme.

Enfin, deux modes de transmission de la mère à l'enfant ont été mis en évidence par des chercheurs de Toulouse en octobre 2016. Selon eux, le virus peut se propager à travers le placenta, des tissus maternels vers le fœtus, ou par transmission sanguine. 

Les jeunes mamans peuvent-elles continuer à allaiter ?

Les mamans atteintes du virus Zika peuvent continuer à donner le sein à leur bébé, estime l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui a pourtant rappelé le cas de deux mères contaminées chez lesquelles le virus avait été détecté dans le lait maternel. "Il n'y a actuellement aucune preuve d'une transmission de Zika à des enfants à travers l'allaitement maternel" a déclaré l'OMS le 19 février aux autorités des pays touchés par le virus Zika. "Au vu des preuves existantes, les bénéfices de l'allaitement maternel pour l'enfant et la mère surpassent tout risque de transmission du virus Zika à travers le lait maternel". 

Lire aussi

Quel lien entre Zika et la microcéphalie ?