Une balade parisienne haute couture avec Chanel

Comme à l'accoutumée, Karl Lagerfeld a investi la nef du Grand Palais afin de présenter la collection haute couture automne-hiver 2018-2019 de la maison Chanel. Un défilé, à mi-chemin entre héritage couture et modernité, qui nous plonge dans un décor résolument parisien au bord de la Seine. Décryptage.

Une balade parisienne haute couture avec Chanel
© Imaxtree

Promenade littéraire sur les quais de Seine

Après avoir recrée une réplique factice de la Tour Eiffel lors du défilé haute couture automne-hiver 2017-2018, Karl Lagerfeld place une nouvelle fois la ville de Paris au centre de sa scénographie. Celui qui a pour habitude d'épater les fidèles de la marque au double C convie ses invités en plein cœur de la capitale. Le catwalk prend alors des allures de trottoir parisien reconnaissable à ses légendaires stands de bouquinistes, ses bancs verts et ses lampadaires, le tout surplombé par une reconstitution de la façade de l'Institut de France et de sa célèbre coupole. Le thème choisit est à la fois un clin d’œil aux immortels de l'Académie française et également à toutes ces petites librairies à ciel ouvert, couleur vert wagon, qui longent les quais parisiens et charment les passants. Cela fait également écho au combat des bouquinistes qui militent pour le classement de leur statut à l'Unesco.
Avant le début du défilé, journalistes et célébrités invités pouvaient alors déambuler librement sur le podium pour admirer les nombreuses revues de mode dédiées à Coco Chanel ainsi qu'une partie de sa collection personnelle exposée. 

Un ADN couture en pleine évolution

Au milieu du décor, Brad Kroenig et ses deux fils Hudson - filleul du couturier - et Jameson sont assis, jouant les bouquinistes parisiens, vêtus de sweats "Institut Chanel" identiques. Sous leurs yeux, les silhouettes longilignes des mannequins foulent le pavé parisien d'un pas assuré, arborant des tenues précieuses, flirtant avec une modernité surprenante et assumée. Cette année, Karl Lagerfeld mise sur les grands classiques de la marque revisités avec audace pour un coté plus rock. Pas de place pour le vestiaire cliché de la Parisienne, la femme Chanel brise les codes sans entacher son allure couture.
Les jupes esprit 50's et les manches des vestes sont fendues et se parent de zips brodés laissant apercevoir la jambe gauche et les avants-bras. Les vestes ressemblent désormais à des capes portées sur de longs gants en cuir ou chemisier. Grâce à ces découpes, la femme Chanel jouit alors d'une certaine liberté de mouvement qui n'est en aucun cas entravée par des coupes étroites et contraignantes. Le fameux tailleur en tweed, pièce signature de la maison, revient de plus belle dans une version moins sévère et plus dynamique grâce à une jupe raccourcie au-dessus des genoux. 
Les pièces du soir sont brodées de sequins scintillants à l'instar des lumières de la capitale en pleine nuit. Les jeux de volumes embrassent l'effet de transparence de certaines matières donnant ainsi une allure chic pleine d'audace. Si les robes soulignent le port de tête et les épaules avec des coupes exagérées, elles n'en demeurent pas moins féminines avec des jupes longues fendues, légères et vaporeuses, de mousseline et d'organza, qui caressent le sol et allongent les silhouettes. 
Concernant les accessoires, les boots à revers en cuir se hissent sur un talon confortable, idéal pour arpenter les rues de Paris. Si Karl Lagerfeld imagine - comme à son habitude - de nombreuses paires de mitaines en cuir plus ou moins longues, déclinées à l'infini, il remet surtout au goût du jour le bibi, brodé de plumes ou de fleurs colorées. Ce couvre-chef est parfois remplacé par une banane rockabilly au sommet de la tête, réalisée au-dessus d'une queue de cheval haute pour un coté rebelle pour le moins original.

Hommage à l'Académie française

Après 67 passages, le show se clôture avec l'apparition tant attendue de la mariée, dernier look du défilé. En phase avec son temps, Karl Lagerfeld rompt avec les codes traditionnels de la classique robe de mariée immaculée. Le mannequin apparaît vêtue d'un tailleur, couleur vert d'eau et brodé de feuilles d'olivier, à la jupe fendue, le visage recouvert d'un voile court. Ces broderies ne sont pas sans rappeler l'uniforme des académiciens. On pense évidemment à Simone Veil, dont l'uniforme avait été réalisé sur mesure par Karl Lagerfeld lui-même : un joli clin d’œil.
Bien que le savoir-faire unique de la maison Chanel soit largement mis en lumière, soulignant la préciosité des pièces et de leurs innombrables détails, Karl Lagerfeld rend la haute couture plus facile à adopter. Le Kaiser trouve un équilibre entre l'héritage classique de la maison laissé par Coco Chanel et une nouvelle dynamique rock qu'il insuffle habilement.

Karl Lagerfeld réussit une fois de plus à marquer les esprits avec une collection haute couture raffinée, en phase avec son temps, avec les quais de Seine en toile de fond. Ainsi, le designer livre sa propre vision du style de la Parisienne d'aujourd'hui. La fente devient le détail incontournable qui colonise jupes et vestes et rompt avec le coté strict et classique des tailleurs historiques de la maison. La femme Chanel semble se libérer et fait preuve d'une modernité qui fait rêver

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