Entretien avec un créateur attachant haut en couleur Son regard sur les tendances

Pour Julien Fournié, le terme "tendance" a une place extrêmement secondaire dans sa vision de la mode. En effet, selon le couturier, l'intérêt pour une tendance varie d'une personne à une autre et d'un instant à l'autre (surtout en ce qui concerne les créateurs), ce qui en fait un concept très peu fiable sur lequel il ne faut surtout pas se baser. "Le propre du créateur de mode, c'est qu'un jour il déteste et un jour il adore. Donc au final pourquoi je m'interdirais d'aimer quelque chose puisque du moment où je l'aurai dans les mains, je l'aimerai. Et puis, plus tard, une fois que je l'aurai vu, revu et porté, je ne l'aimerai plus. Une tendance c'est comme une boite de chocolats, vous avez envie d'ouvrir tout ce qu'il y a à l'intérieur, de tous les bouffer et une fois qu'on les a consommés... on attend surtout qu'ils ne restent pas sur les hanches !" Plus qu'un désintérêt, le designer porte un regard très critique, voire indigné, sur l'aspect très "marketing" des tendances et les bureaux de style qui les dictent. "Les bureaux de tendance et les bureaux de style utilisent nos images de défilés pour définir des tendances. Qu'on se le dise : les bureaux de tendance c'est terrible. Vous pensez que Mademoiselle Chanel a eu besoin d'un bureau de tendance pour dessiner ses robes ? Est-ce que Karl Lagerfeld utilise des bureaux de tendance ? Non !".

Quand on lui parle de la couleur tendance de l'année, le marsala, dévoilée début 2015 par le coloriste Pantone, Julien nous rétorque : "Le marsala ? Je m'en fous,  je suis libre de faire ce que je souhaite, au moment où je le décide. Et il ne faut pas oublier que ce sont les créateurs qui décident des couleurs que les marketeurs récupèrent."

Concernant la tendance minimaliste, son avis est tout aussi tranché : "Attention, il y a "minimalisme" et "misérabilisme". Pour ma part je suis dans une recherche de coupes franches et précises et on peut appeler ça du minimalisme. Mais on est dans des matières extrêmement riches et dans une complexité de fabrication. Le minimalisme c'est très bien, mais on est en train de ressortir de grands prêches de marketeurs pour vendre 2 robes avec 3 coutures et faire fortune !"

Enfin, on évoque devant lui la tendance néoprène. Un effet de mode qui selon lui est plus un jeu qu'une réelle base d'un travail haut de gamme. "De mon côté ça fait longtemps que j'ai arrêté de l'utiliser (...) Aujourd'hui, Jacquemus le fait très bien, c'est beau, ça marche, mais chacun son univers. Pour ma part, j'ai testé, je me suis rendu compte que c'était une matière rigolote, j'en ai fait quelques robes et je suis passé à autre chose. J'adore retrouver les matières nobles comme le drap de soie ou l'organza"

 

 

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