Entretien avec un créateur attachant haut en couleur Son coup de gueule / son projet

Sans aucune concession, Julien Fournié nous fait part de son dégoût concernant les conditions actuelles du métier de créateur de mode, qui semblent avoir bien évoluées depuis la grande époque de Jean-Paul Gaultier, de Claude Montana et de Thierry Mugler. Avec l'arrivée de la course au rendement dans cet univers pourtant à part, tout a changé et la pression pour faire du chiffre semble prévaloir sur la créativité et le choix du designer. Julien Fournié s'insurge donc contre ceux qu'ils jugent être "des business men qui n'ont aucune vision de ce qu'est la mode, puisqu'ils sont la tête dans les chiffres, alors que même le business de mode ça se réfléchit au rythme des femmes, des créateurs, d'une compréhension sociétale ! Et ça ne peut pas marcher avec des gens qui ont fait des études de commerce et qui ne marchent qu'au business plan." On sent dans ses paroles toute la souffrance que cela a pu engendrer chez Julien Fournié lors de ces débuts dans le métier où il s'est senti aliéné par ce système

Il continue en nous parlant, totalement révolté, du pouvoir que tente de prendre cette sphère "marketeuse" sur celui du couturier dans sa propre maison : "Aujourd'hui, alors que la maison Fournier marche bien, ils sont encore là à nous demander des business plans, et pourquoi ? Pour nous demander la majorité des parts ! Mais jamais de la vie ! 51% des parts pour Fournié "forever" ! C'est MA maison, elle porte MON nom, le nom de MON père... Je refuse que quiconque touche à ma maison de couture. C'est une histoire de vie et il faut avoir de l'humanité pour comprendre ça et arrêter de croire qu'on peut faire du pognon en 3 ans. C'est plutôt sur le long terme, peut-être sur 5 ans ou plus, qu'on peut avoir de réels résultats financiers. On n'est pas en train de vendre une nouvelle pipe électronique ! Non mais sérieux !"

Après 6 ans de dur labeur, Julien Fournié a réussi à faire décoller sa maison qui est aujourd'hui très rentable. Il souhaite plus que tout s'affranchir de tout cela, reprendre intégralement les rênes de sa société. Il met donc un grand coup de pied dans la fourmilière pour que le statut de créateur en tant que "chef d'orchestre qui doit décider de tout et non pas se faire guider par des budgets décidés par des intermédiaires", soit réintégré.
Pour se faire, il travaille, en collaboration avec le Fashionlab (l'incubateur technologique de Dassault Systèmes dédié aux créateurs de mode) sur un tout nouveau projet qui devrait voir le jour d'ici 2 ans, via les nouvelles technologies sur un cloud (plateforme virtuelle de partage) permettant de "dématérialiser la supply chain (l'ensemble des intervenants de la chaîne logistique) et "au créateur de voir en temps réel, dès qu'il a trouvé son tissu, qu'il a décidé de ses matières, le prix que ça lui coûtera. Des acheteurs comme Maria Luisa (acheteuse de renom du grand magasin le Printemps) pourront même presque être connectée aussi pour dire instantanément "je prends tout de suite". C'est donc la fin d'une ère de marketing, d'investisseurs".
Une petite révolution sur la manière de penser la mode mais également de gagner de l'argent et beaucoup de temps en évitant mille et un intermédiaires puisque, enfin, les fabricants de matériaux, les confectionneurs et le designer seront en contact direct. "Le but étant de rendre de plus en plus réactive toute cette supply chain pour proposer enfin de compte un service couture ou haute-couture pour les clientes de prêt-à-porter".

 

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