Julien Fournié

Cette nouvelle collection hivernale est composée de 35 silhouettes dont les 15 premières de prêt-à-porter et les 20 suivantes de haute couture.
Notons, au passage, que l'intégralité des vêtements Julien Fournié est 100% "made in France" et que, très réactive, la maison de couture mettra en vente les pièces prêt-à-porter au Printemps Haussmann, dans l'espace Le Soir by Maria Luisa, seulement trois jours après le show. 

Voici un défilé qui donne le vertige tant tout est allongé, dans une perpétuelle "longitudinalité" avec des mannequins mesurant pas moins d’1m82 (dont l'un deux étant le premier mannequin vietnamien à défiler en France). Il se dégage une vraie élégance parisienne de cette collection où tout est dévoilé et non montré.

Dans son obsession des décolletés grands V, le créateur se renouvelle et nous propose une version inédite de celui-ci, cette fois-ci façon diamant brodé très années 30. Pour faire tenir ces innombrables ouvertures vertigineuses suggérant le corps féminin avec grâce, comme à son habitude Julien Fournié place des empiècements de tulle illusion (couleur chair) qui rendent le tout si délicat et aérien. On retrouve également de grands classiques de la maison comme les traînes, chères au styliste. Et pour la première fois, il se risque, avec brio, au travail du velours. 
Côté couleur, du noir, de l’émeraude, du rouge mais aussi un tout nouvel imprimé années 30 très rétro-futuriste "made in" Fournié bien évidemment.

Le tulle illusion sur des décolletés vertigineux : l'astuce élégante de Julien Fournié © imaxtree.com
Dentelle, velours : des matières nobles et délicates utilisées par Julien Fournié © imaxtree.com


Pour l'aspect rétro de la collection, Julien Fournié remet au goût du jour les manches-gants qui, en plus d'insister sur la longueur sans fin des corps féminins, leurs donnent une vraie délicatesse. Toujours dans ce désir de plonger sa cliente dans le début du 20ème siècle, il place également un nombre incroyable de minuscules boutons un peu partout, entre autres sur des boutonnières de dos interminables : un véritable travail de titan. D'ailleurs, lors de notre rencontre, nous demandions à Julien combien de boutons avaient été cousus sur cette collection. Sa réponse ? "Beaucoup trop ! Sur l’une des robes il y a déjà au moins 70…". Un travail du détail "jusqu'au-boutiste" auquel le designer français nous avait déjà habitué dans ses créations vestimentaires mais aussi dans ses accessoires et bijoux. Sur ce catwalk un brin gothique-chic, ce sont des colliers suggérant des nids de vipères que les jeunes femmes arboraient à leur cou telles des sorcières sublimes et envoûtantes.

Des boutonnières interminables dans le dos des robes signées Julien Fournié © imaxtree.com
Manche-gant, décolleté diamant et collier nid de vipère : Julien Fournié nous emmène dans un univers rétro-gothique © imaxtree.com

On retrouve avec bonheur deux pièces phares, devenues aujourd’hui de véritables signatures de la maison Fournié : l’incontournable gabardine, bicolore sur ce défilé, mais aussi les derbies dont Julien Fournié a le secret. Cette saison, elles sont déclinées façon mocassins à franges métallisé ou noir vernis : une vraie réussite ! Et, toujours dans le registre des chaussures, coup de cœur pour les incroyables escarpins noirs, très décolletés sur le dessus du pied, réalisés eux aussi via la technologie du Fashion Lab. Nous sommes tombées sous le charme de leur talon large de profil et aiguille de dos, ainsi que de leur plateforme à crampons étonnamment élégante.

Les derbies et escaprins à plateforme signés Julien Fournié pour l'hiver 2015-2016 © imaxtree.com


Pour ce qui est des coiffures, elles sont comme d’habitude signée Neville. Ce très réputé coiffeur de Londres, numéro 1 du brushing outre-Manche, a opté pour des mannequins aux cheveux tout simplement… lâchés ! Idem pour le maquillage de Nicolas Degennes qui choisit lui aussi de rester dans un naturel assumé : pas besoin d’en faire trop quand on porte des robes aussi présentes et incroyables qui se suffisent à elles-mêmes ! Le couturier nous explique que c’était un choix artistique important, à la vue de cette collection en particulier, pour permettre aux clientes mais aussi aux magazines de se projeter, de s’approprier les vêtements et de s’incarner dedans dans un tout autre contexte, une autre mise en scène.
Ce fut donc un make-up très léger que l’on a pu voir sur le catwalk Julien Fournié : une touche de mascara en haut des cils, du beige à l’intérieur de l’œil, des ongles naturels "juste courts et propres", et des joues et un décolleté qui rosissent naturellement avec la chaleur. On évite alors tout risque d’effet "déguisé" et "too much" dans les silhouettes.

De l'incroyable collection haute couture du créateur à la parfaite mise en scène de Jean-Paul Cauvin dans cet Oratoire du Louvre si adapté pour ce thème, en passant par la musique émouvante et parfois glaçante de Max Richter, tout était en totale adéquation. Le défilé majestueux Julien Founié a réussi haut la main son challenge : nous embarquer dans un univers fantastique, mystérieux et d'un autre temps, nous faisant osciller du début à la fin entre angoisse, fascination et émotion. 

Voir l'intégralité des silhouettes du défilé sur notre espace dédié.

Un défilé Julien Fournié aussi fascinant qu'émouvant © Yannis Vlamos

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