Marie Drucker : "Je dois alerter sur le harcèlement sexuel au travail"

Marie Drucker lancera la soirée dédiée au harcèlement sexuel au travail sur France 2 mercredi 11 octobre – durant laquelle la fiction "Harcelée" et le documentaire "Harcèlement sexuel au travail, l'affaire de tous" seront diffusés – avant d'animer un débat portant sur le sujet. L'occasion d'interroger la journaliste et productrice.

Marie Drucker : "Je dois alerter sur le harcèlement sexuel au travail"
© Wyters Alban/ABACA

Cet automne, France Télévisions se mobilise contre les violences faites aux femmes. C'est dans cette perspective que la programmation de France 2, en soirée, du mercredi 11 octobre, est entièrement consacrée au harcèlement sexuel au travail, avec la diffusion à 20h55 de la fiction Harcelée portée par Armelle Deutsch et Thibault de Montalembert, suivie à 22h30 du documentaire Infrarouge Harcèlement sexuel au travail, l'affaire de tous et, à 23h30, d'un débat entre le Défenseur des droits Jacques Toubon, la docteure en psychologie Marie Pezé et la réalisatrice dudit documentaire Andrea Rawlins-Gaston, animé par Marie Drucker. La veille du tournage du débat, l'animatrice, journaliste et productrice nous a parlé de l'importance de cette soirée en trois temps, de harcèlement et de ses engagements. Entretien.

Le harcèlement sexuel au travail sera traité à travers 3 formats (fiction, documentaire et débat). Pourquoi était-ce important ?
Marie Drucker : La réalisatrice du documentaire Andrea Rawlins-Gaston et moi-même croyons beaucoup à la pédagogie. Ce qui est formidable, c'est que ces trois formats y concourent et que le service public le permet. Il y aura aussi d'autres rendez-vous toute la journée dans différents magazines d'information. 

Qu'attendez-vous du débat ?
Nous allons aborder la question de la pédagogie. Elle est nécessaire car le harcèlement sexuel au travail est un sujet ténu, même juridiquement. Qu'est-ce qui fait la différence entre un type lourdaud qui fait des blagues grivoises, quelqu'un qui essaye de draguer et, à proprement parler, le harcèlement sexuel ? C'est pour cela que l'on a voulu inviter Jacques Toubon. Il a une position très forte et une grande conviction là-dessus. il pense qu'il faut être extrêmement ferme à l'encontre des harceleurs et des entreprises qui sont souples avec ce genre d'agissements. On demande à certaines femmes de se taire. Ce sont des femmes qui par nature, se sentent vulnérables et tombent dans la dépression ou l'anxiété, alors quand elles se retrouvent face à une DRH qui leur dit : "Tu as un CDI, tu ne vas pas prendre le risque de mettre tout ça en péril. Tu devrais être flattée que l'on s'intéresse à toi"... Avec de telles méthodes d'intimidation, ça devient épouvantable. Je sens que je dois alerter sur le sujet.

Avez-vous été confrontée au harcèlement, moral ou physique, au long de votre carrière ?
Non, mais je vois bien ce qui peut advenir. Ça peut arriver à tout âge. Quand vous êtes jeune, avec peu d'expérience, vulnérable pour des raisons de santé ou personnelles, ça peut faire des ravages terribles, doublés d'injustice, parce que 95 % de ces femmes perdent leur emploi après avoir dénoncé les faits. Il y a aussi des personnes que l'entourage croit protéger en leur conseillant de ne pas parler. Non, ce n'est pas normal. Oui, il faut parler, alerter. Ça peut arriver à n'importe qui. C'est une forme d'engagement de ma part que de présenter cette soirée et animer le débat.

Avez-vous des pistes de réflexion pour aider à combattre ce fléau ?
J'attends beaucoup de la présence de Jacques Toubon sur le plateau. J'aimerais bien qu'il apporte des pistes et qu'il adopte une position ferme. En tant qu'ancien Garde des Sceaux et Défenseur des Droits, il connaît très bien le sujet. Il est totalement légitime et sa voix porte.

Quel est votre ressenti sur le documentaire Harcèlement sexuel au travail, l'affaire de tous ?
Il m'a donné le sentiment qu'on ne connaît pas le harcèlement tant qu'on ne l'a pas vécu ou côtoyé une victime de près. On ne sait pas le fléau que c'est et que ça fait partie de la notion de souffrance au travail. Le harcèlement moral est bien mieux connu, même si, de nouveau, ce sont des notions ténues. Malheureusement, les harceleurs ont toujours moyen – comme ce n'est pas un viol à proprement parler – de dire : "C'est sa parole contre la mienne, c'est de sa faute, elle m'a aguiché". Ce sont des faits teintés de beaucoup de perversité et la victime elle-même en vient en à douter. Si on peut mettre dans l'esprit des femmes que ce n'est pas normal, qu'elles peuvent n'avoir rien fait de déplacé et quand même en être victime, il faut vraiment le marteler.

Vous considérez-vous comme féministe ?
Je me considère comme féministe par nature. Tout ce que je viens de dire est du féminisme pour moi. Il est partout et il doit l'être. Je ne suis pas militante pour autant, car je trouve qu'il y a certaines formes de militantisme qui peuvent nuire à la cause défendue. Le féminisme est ancré dans ma culture, mon éducation et dans mes engagements quotidiens, voire dans ma fidélité à certaines causes.

Quels sont justement les engagements qui vous tiennent à cœur ?
J'ai été pendant sept ans marraine de l'association "Sport dans la Ville". J'ai été particulièrement attentive au programme "L dans la Ville". qui accompagne l'insertion des jeunes via le sport dans les quartiers. Je suis aujourd'hui marraine de l'association "Un rien c'est tout", fondée par Cécile Duffau, aux côtés de Patrick Bruel, Vincent Lindon et Antoine Griezmann. Je soutiens ponctuellement des causes : je vais animer le 17 octobre le Gala de la Fondation ARC, qui intervient pendant Octobre Rose dans la recherche contre le cancer du sein. Je suis aussi assez proche de "L'Envol", une association co-fondée par mon père, qui fête ses 20 ans cette année, et qui permet à des enfants malades qui vivent à l'hôpital de partir en vacances dans des centres d'accueil. J'y tiens beaucoup.

Regardez la bande-annonce de Harcelée, à découvrir sur France 2 le mercredi 11 octobre à 20h55 :

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