Chewing Gum, bulle de féminisme

SERIES TV - En six épisodes, Chewing Gum, la série diffusée sur Netflix depuis le 31 octobre, a dessiné les contours d'un nouveau féminisme télévisuel. Pop, décomplexé et salvateur.

© E4/Netflix

A Sex and the City, la série diffusée à partir de 1998 sur HBO, on attribue une révolution cathodique concernant la façon dont les femmes et leur(s) sexualité(s) sont représentées à l'écran. Ont suivi des séries comme The L Word, sur un groupe de lesbiennes, bisexuelles et transsexuelles à Los Angeles, la dramédie existentielle Girls et enfin Orange is The New Black - également diffusée sur Netflix - , qui dépeint l'univers carcéral féminin et de nombreuses relations saphiques. Chaque série a un peu aboli les tabous auxquels le show précédent ne s'était pas attaqué. Avec son air de ne pas y toucher et sous son étiquette "série drôle à bingewatcher le soir ou un dimanche de pluie", Chewing Gum déconstruit de nombreux clichés autour des sexualités féminines et des désirs des femmes, et forcément ça nous plait.

La sexualité comme terrain de bataille

La série anglaise est l'adaptation de Chewing Gum Dreams, un one woman show sous forme de monologue créé et interprété par Michaela Coel, qui reprend son rôle pour la série. Celui de Tracey Gordon, une jeune femme vierge de 24 ans, vivant dans un quartier populaire de l'est londonien, avec sa mère et sa sœur, bigotes évangélistes. Son but est simple : coucher avec son petit ami, qui semble très insensible à ses charmes et refuse les relations sexuelles avant le mariage. La scène d'ouverture du premier épisode montre la jeune femme lorgnant sur la braguette de son compagnon pendant qu'il prie et retourne ainsi le cliché selon lequel les hommes ont un désir sexuel débordant et incontrôlable, à l'opposé de celui des femmes. Libidineuse et séductrice (avec l'aide d'un relooking tordant façon Beyoncé) Tracey ne veut pas se laisser culpabiliser pour avoir des désirs sexuels. Tout comme sa meilleure amie Candice qui ne s'épanouit pas sexuellement avec son petit ami et veut des relations plus extrêmes : "Qu'il m'étrangle à mains nues jusqu'à ce que j'en crève presque" explique-t-elle sans détour. Sans s'excuser, elle éduque son partenaire et lui affirme la légitimé de ses désirs. Lui précise qu'elle ne lui demande pas de la violenter sans son accord, qu'il s'agit d'un jeu.

© E4/Netflix

Dans la série, les personnages masculins sont dans la position que beaucoup de shows réservent aux femmes : mal à l'aise avec leur sexualité, ne sachant pas mettre des mots sur leurs désirs et indécis. En inversant les rôles, Michaela Coel pousse le curseur et pointe du doigt les clichés associés au genre. La prise de position féministe de la série transpire aussi par les références de Tracey : la self made woman  Oprah Winfrey et l'icône absolue Beyoncé, revendiquée féministe. Plus pop culture, tu meurs.

Cash mais pas trash

Attachant, le personnage de Tracey s'émancipe de sa mère et se confronte au réel. C'est cette naïveté, inhérente à son entrée tardive dans le monde réel, qui sauve la série de la trivialité et la vulgarité avec lesquelles elle frôle avec brio. Aussi, Tracey s'adresse directement au spectateur, face caméra, et lui confie ses espoirs et ses doutes, faisant de lui son interlocuteur direct, riant avec elle et pas d'elle. Sans aucun filtre - qu'il s'agisse de pets pendant l'acte sexuel, de fellations, de sentiments ou de mettre un tampon - Tracey partage son parcours initiatique fait d'expériences embarrassantes, prise de drogue par mégarde, plan à trois foireux et vente de sextoys d'occasion.

Chewing Gum est une série métissée, truffée de dialogues jouissifs et qui présente sous son jour le plus flamboyant et fougueux les femmes, la banlieue et les classes populaires. Une réussite déjà renouvelée pour une deuxième saison, bientôt sur E4, la chaîne anglaise où la série a été initialement diffusée avant que Netflix n'en voie le potentiel. 

 

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