Comment les séries TV ont-elles révolutionné la sexualité féminine ?

Depuis quelques années, les scénaristes disent stop aux personnages stéréotypés pour créer des héroïnes fortes et décomplexées. Par la mise en scène de pratiques tels que le cunnilingus, par l'exposition des corps ou l'élargissement des orientations sexuelles, les séries traduisent une évolution des mœurs que décrypte Iris Brey dans son essai "Sex and the Series".

© Soap Éditions

Dans Sex and the Series, Iris Brey analyse savamment les sexualités féminines et queer dans les séries télévisées – principalement américaines. Sorti en librairie le 29 avril 2016, son livre est un condensé malin des évolutions constatées dans les pratiques sexuelles de la gent féminine sur le petit écran. À travers les thématiques de la parole, du plaisir, des violences et des pratiques "queer", elle nous prouve que de la fiction à la réalité, il n'y a qu'un pas. 

Des mots aux actes
"Les séries ont une fonction éducative dans la société. Le plaisir féminin est un concept absent des manuels scolaires ou du discours parental, mais il peut se trouver dans les séries" affirme Iris Brey, universitaire et journaliste. Et c'est bien connu, la télé n'est pas la réalité, mais elle s'en inspire pour aller toujours plus loin. Depuis les années 2000 et, en particulier, depuis 2010, les séries télévisées reflètent un changement de mentalité dans la façon de penser les corps. Si l'auteur s'est concentré sur les États-Unis, c'est pour remarquer les différences entre les personnages de Sex and the City par exemple et le puritanisme extrême ambiant. Il y a un total décalage entre les valeurs véhiculées et une époque où le porno est accessible à tous.
Stop à la pudeur de Dawson et bienvenue dans les douches d'Orange is the new black. Les showrunneuses comme Shonda Rhimes, Jenji Kohan ou Jill Soloway veulent abolir les stéréotypes persistants sur les relations hétérosexuelles et ouvrir le champs des possibles. Oui, mais comment ? Avec des scènes de masturbation féminine, de cunnilingus, des rôles d'héroïnes puissantes et une émancipation globale pardi ! La spécialiste ajoute dans son essai : "Dévorées dans l'intimité, les séries révèlent nos désirs, nos peurs les plus profondes, nos fantasmes et nos tabous." 
Même si certains interdits demeurent comme le boycott des termes "vagin" et "clitoris" sur les grosses chaînes américaines telles qu'HBO, AMC ou Netflix – tandis que le mot "pénis" est omniprésent –, des avancées majeures sont constatées comme dans Girls où Lena Dunham expose son corps sans tabous. Nommer, c'est faire exister. Alors à défaut de parler littéralement des sexes, les réalisatrices ont choisi de montrer les anatomies pour contrer la censure.

Déconstruire les genres
Avec Transparent, The L World, Masters of Sex ou Orange is the new black, l'accent est mis sur les sexualités "queer". Les séries ont permis de s'éloigner des clichés tels que la mère, la putain, la vierge au même titre que les lesbiennes et les bisexuels tendent à disparaître de nos écrans pour une étiquette bien plus libre. Une évolution rendue possible pas la multiplication de la présence de la gent féminine aux postes de scénaristes, réalisatrices ou productrices. Mieux encore, cette révolution va également de pair avec une émancipation des physiques. Que les héroïnes soient noires ou blanches, maigres ou charnues, petites ou grandes, la diversité est de prime. Plus de doutes possibles, le petit écran tend toujours plus à se conjuguer au féminin. Pour notre plus grand plaisir.

  • Informations pratiques : Iris BREY, Sex and the Series : sexualités féminines, une révolution télévisuelle, Soap Editions, 240 pages, 18,90 euros.
  • L'histoire : Iris Brey s'interroge sur le pouvoir de médiation des séries télé américaines sur les sexualités féminines.
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