Vanessa Le Moigne : "Le sport c'est avant tout du divertissement"

Présentatrice de l'Expresso sur beIN SPORTS, Vanessa Le Moigne est une passionnée de foot. Talentueuse, souriante et attachante, elle nous raconte son parcours et nous présente son émission 100 % bonne humeur diffusée en début de matinée. Rencontre pleine de peps avec une journaliste pas comme les autres.

© Panoramic

Pourquoi le sport ?
J'ai un grand frère qui était footballeur. Il jouait à Châteauroux à l'époque de la montée en Nationale. Forcément ça aide. Je ne me suis jamais demandé si le foot était pour les filles ou pour les garçons.  J'ai été élevée là-dedans. Ma mère est fan de foot absolue. Fan de l'OM, moi du PSG. Ça donnait des séquences assez marrantes quand on regardait les matches à la maison. J'ai toujours fait énormément de sport à l'école. J'habitais à Saint Germain en Laye, ville où je suis née. C'est là-bas, au Camp des Loges, que les joueurs du PSG s'entraînent. Très tôt, je suis allée voir des matches de CFA le week-end. J'ai vu des joueurs débuter comme Sakho.

Vous n'avez jamais fait de foot ?
Si, petite ! Mais au premier entraînement j'ai pris un tacle et ma mère m'a retirée ! J'en ai pratiqué à l'école mais c'est tout. Je ne savais pas que je pouvais faire de ma passion pour le sport mon métier. Je me disais que c'était compliqué pour une femme d'être journaliste dans le sport.

Racontez-nous vos débuts.
Pour moi le sport a toujours été une passion. Je voulais être journaliste depuis toute petite. J'étais une grande fan de PPDA. J'ai fait mon premier stage à Yvelines Première où travaillait Karl Olive, qui était à l'époque le bras droit de Michel Denisot. Il commentait des matches sur Canal. Assez vite, il a remarqué que j'étais passionnée et il m'a proposée d'essayer d'écrire sur le sport. J'avais 19 ans à l'époque.  J'ai commencé par faire des petits résumés de matches de CFA. Puis Marc-Olivier Taccard a remplacé Karl Olive. Il m'a laissé sur les sports et m'a confiée une émission qui s'appelait "PSG Côté Coulisses". C'est à ce moment-là que j'ai commencé à faire un petit peu d'antenne. J'y ai rencontré Luis Fernandes avec qui je travaille maintenant. Ça me fait rire ! En parallèle, j'ai continué mes études. Je suis allée à la Fac puis en école de journalisme. Ensuite j'ai continué en tant que pigiste à Yvelines Première et au Courrier des Yvelines. Un jour, mon rédac chef m'a dit : "Si tu veux progresser, faut partir. Voir ailleurs." J'ai donc envoyé des CV un peu partout. Je n'ai rien fait pendant un an ! C'était terrible. J'ai dû travailler dans un bar. Ensuite, j'ai fait des piges à peu près dans toutes les rédac' sport. il y en a une où on m'appelait le bébé parce que j'étais jeune. Vous savez, c'était l'époque où on prenait des mannequins pour les JT sportifs ! J'ai aussi essayé L'Equipe mais je n'étais pas assez aguerrie à ce moment-là.

Comment êtes-vous entrée dans le monde de la télé ?
En envoyant des CV, je me suis un peu plus ouverte aux boîtes de production. Et c'est Cauet qui m'a appelée. Là, changement total de voie !  A l'école, j'avais appris à tourner, à faire du montage. Du coup, je tournais pendant son émission du matin. J'avais des sketches à écrire et à tourner pour son émission Cauet TV. Ça m'a appris à être naturelle en direct mais aussi le sens de la mise en scène. Ce sont des choses dont je me sers aujourd'hui pour mon émission. Après deux ans et demi, j'ai eu envie de revenir à mes premières amours. J'ai donc proposé des sujets à diverses chaînes dont Orange Sport. Arnaud de Courcelles m'a directement proposé de faire de l'antenne. Sauf que j'étais très très nulle ! C'était horrible !  Mais au fil du temps, j'ai appris à me libérer et à m'améliorer. Deux ans après j'ai renvoyé des CV. J'ai été contactée par iTélé qui m'a proposé la météo en attendant de faire les sports.  C'est la chose la plus difficile que j'ai eu à faire dans ma vie.

Vanessa Le Moigne entourée de Thierry Braillard et Eric Abidal. © PANORAMIC

Ça a été un coup dur pour vous ?
Pas du tout ! Quand on fait du journalisme, on cherche d'abord et avant tout du travail pour payer son loyer. On peut avoir de l'ambition mais on sait que ça demande du temps. Je me suis toujours dit que j'irais le plus loin possible en fonction de mes compétences. Je ne considère pas que j'ai un énorme talent d'animation mais je suis une acharnée de travail. J'ai beaucoup bossé aussi parce que c'est un monde d'hommes malgré tout. Sans tomber dans les clichés, on est quand même plus testées. On n'a pas la même approche du sport. Je ne suis pas une encyclopédie par exemple. En revanche, nous les femmes avons d'autres atouts. On a plus d'empathie en interview par exemple.

Et après iTélé ?
En parallèle, j'ai bossé pour l'Equipe TV. Ils m'ont vraiment fait confiance parce qu'ils ont vu que je savais de quoi je parlais. Il faut se dire aussi que je fais partie de la génération après celle de Nathalie Ianetta. Alors, oui il y a une part de physique… même si je sais pertinemment que je ne suis pas un canon de beauté. Je sais simplement que j'ai une télégénie. Ce qui est essentiel en télé. Après, c'est à moi de travailler pour avoir du fond. Pour moi, c'est hyper important d'être aussi calée voire plus que la personne qui me regarde.  Et pas dire de conneries surtout !

Quand a commencé l'aventure beIN SPORTS ?
Dès le lancement de la chaîne. Charles Bietry s'est entouré de jeunes. Il nous appelait "l'Equipe de France Espoirs". Parce que plus malléables, moins stéréotypés. Il avait repéré nos profils en amont. J'étais très surprise qu'il me contacte car je n'étais qu'une pigiste à l'époque. C'était un défi monstrueux parce qu'on était sept au départ. C'est là que j'ai rencontré Thomas Villechaize qui était mon binôme à l'époque sur l'Expresso. On avait une page blanche et il y avait tout à faire. Je suis devenue un vrai chef d'orchestre grâce à tous les instruments que j'avais appris à maîtriser au cours de ma carrière.

Et c'est là que l'Expresso est né…
Oui ! Comme on avait carte blanche, on s'est lâchés. Notre ton était différent, le concept un peu barré. Même si on était (on l'est toujours) hyper exigeants sur le fond. Mais ça a pris. Au-delà du sport, on proposait du divertissement. Parce que le sport c'est avant tout du divertissement. Un numéro d'Expresso demande beaucoup de préparation. C'est un travail monstrueux. Je suis hyper perfectionniste. J'ai besoin d'avoir un filet pour pouvoir rester naturelle. Il y a un gros travail d'écriture. Le conducteur est très carré et séquencé. On dérushe énormément. On regarde tout dans un match. Mes deux chefs d'édition planchent aussi. Pendant l'Euro, j'ai regardé tous les matches. Sauf ceux de 15 heures parce que c'est l'heure de ma sieste !

Quel est le ton de l'émission ?
Imaginez une conversation à la machine à café. C'est exactement ça. On ne va pas dire les "Tricolores" mais les "Français".  On se parle normalement.  Le langage est beaucoup plus fluide, plus naturel.  C'est ce qui instaure une proximité, tout en respectant le téléspectateur.  On essaie de mettre nos invités à l'aise aussi. Le but est de leur faire oublier qu'ils sont sur un plateau. Les petites séquences humoristiques sont pensées pour faire en sorte qu'ils se libèrent.

Il y aura des nouveautés à la rentrée ?
Ah ah ? Surprise…

Vanessa Le Moigne © PANORAMIC

Avez-vous senti un changement dans la vision des femmes dans ce métier ?
Pour moi au début ça a été très dur. Mais j'ai eu la chance de faire les bonnes rencontres. J'ai eu des mentors qui m'ont donné de bons conseils. Après, tout le monde n'a pas été hyper bienveillant. Mais c'est une question de caractère. J'étais beaucoup plus gentille avant. Je suis devenue limite un sanglier. J'impose mes idées. Mais si je fais des erreurs je sais aussi les reconnaître. Mais ce n'est pas parce que je suis une femme que je me suis trompée. C'est tout simplement humain. En même temps, je ne sais pas si j'ai galéré parce que je suis une femme. J'ai des copains de promo qui ont ramé aussi. Certains n'ont pas de boulot aujourd'hui. Il faut avoir en tête que c'est le métier qui veut ça. Certains ont un talent fou et obtiennent de super postes en sortant de l'école. Moi, j'ai dû bûcher !

Par rapport à la place des femmes dans le journalisme sportif. Êtes-vous du genre à vouloir mettre des femmes partout ?
Je ne suis pas trop pour la discrimination positive. En revanche, je suis pour qu'on donne sa chance. Lorsqu'on cherche des chroniqueurs, on cherche avant tout des profils. Mais je pense qu'il faut avant tout dénicher les compétences et la personnalité.

Durant cet Euro, on a vu trois femmes dans des rôles clé sur M6 et une sur TF1. Ça vous fait plaisir d'être représentée lors d'un tel événement ?
Ça me fait plaisir dans le choix. Je sais que Carine Galli vit littéralement le foot. Elle est vraiment pertinente. En plus elle est jolie ! J'aurais aimé la voir encore plus. Pour moi, c'est une vraie tête d'affiche. Je suis aussi super contente pour Charlotte Namura. Déjà parce que c'est ma copine ! Mais aussi parce qu'elle a beaucoup bossé et qu'elle mérite sa place.

Vos pronostics en cette fin d'Euro ?
Pour Portugal-Pays  de Galles, j'aimerais que les Portugais gagnent même si j'ai peur que les Gallois passent. J'imagine très bien un France-Portugal en finale et un 3-1 pour la France. 

Retrouvez Vanessa Le Moigne dans l'Expresso du lundi au jeudi de 7h à 10h sur beIN SPORTS 1 en clair. 
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Suivez Vanessa Le Moigne sur Twitter : @Vanessalemoigne