Anne Charrier, géniale Marjorie, nous régale

Dans la peau d'une psychothérapeute sensible, timide et attachante, Anne Charrier est la nouvelle héroïne de fiction de France 2 qui nous fait adorer la télé... A la ville, cette ravissante brune, cultivée, énergique et solaire affiche la même bienveillance que son personnage, l'élégance et le charme ravageur, en plus. Rencontre.

© France 2

Peu d'actrices peuvent se prévaloir, comme Anne Charrier, de concilier, avec autant de talent et d'humilité, carrière au cinéma, au théâtre et à la télévision. Interprète aussi douée que discrète, cette liane élégante partage avec Marjorie -qu'elle incarne pour le petit écran-, sens de l'écoute, souci de l'autre et capacité d'analyse. Férue d'actualité, cette féministe au sourire radieux nous bluffe par sa générosité, son humour et sa répartie. On en est complètement "Marjo" !

Bruno Solo et Anne Charrier © France 2

Le Journal des Femmes : Présentez-nous ce personnage de Marjorie…
Anne Charrier : Marjorie est une psychologue d'entreprise reconvertie en coach de vie, de séduction même, puisque ses patients peinent à trouver l'âme sœur. Elle est très douée pour lire dans les trajectoires, être à l'écoute des autres, mais incapable de comprendre pourquoi elle va mal et pourquoi rien dans sa vie n'est maîtrisé…

Qu'est ce qui vous a touchée, interpellée ou convaincue d'interpréter ce personnage ?
Elle est un beau sujet de comédie, un clown pas grotesque avec une réelle fantaisie, un caractère solaire et positif. C'est une femme joyeuse et loyale dotée d'un masque de bonne humeur sans cynisme, d'une ouverture d'esprit et pourvue également d'une fêlure authentique à fouiller au fur et à mesure de la série.

On vous a souvent vue à l'écran dans une posture sexy, ici vous ne semblez pas assumer votre corps…
Le travail de la silhouette, de l'attitude, de la démarche est primordial. Marjorie est une intello, vintage et décalée. Elle est féminine, mais ne souhaite pas attirer l'attention. Elle refuse son corps, de susciter le désir et de l'exprimer. Elle se cache beaucoup, derrière ses lunettes, ses cheveux…

Est-ce qu'elle va avoir un déclic, se mettre en position de vouloir plaire à un homme ?
Soit elle choisit le mauvais gars, soit elle est en pâmoison devant son beau-frère. Cela semble compliqué…

Quelle qualité aimeriez-vous avoir ?
La rigueur, la discipline. Je suis un bon soldat sur un plateau, mais dès que je quitte le boulot, je suis désorganisée…

Quels métiers exerçaient vos parents ?
Artisans. Ils avaient une entreprise de maçonnerie en Charente. Ils sont retraités. Mon frère a pris leur succession.

Quel compliment vous fait-on souvent ?
Que je suis sympa !

Votre public vous arrête dans la rue ?
Très peu. On ne me reconnaît pas beaucoup. J'ai une anecdote d'ailleurs : il y a quelque temps, dans le train, un monsieur un peu troublée par ma présence a fini par me dire après trois heures de voyage : "Vous êtes Juliette Binoche ?"

Pas Monica Bellucci ?
Moins maintenant… Elle est plus voluptueuse que moi !

Qu'est-ce que vous avez réussi de mieux jusqu'à aujourd'hui ?
Mes enfants, sans hésitation. Pour le moment, je touche du bois, concilier vie de famille et vie professionnelle se passe à merveille…

Que chantez-vous sous la douche ?
Sia et Adele, je les aime beaucoup.

A quand Anne Charrier sur scène dans un costume de Céline Dion ou Beyoncé ?
J'adorerais faire un spectacle comme ça, mais ce n'est pas mon répertoire…

Avez-vous déjà été hors la loi ?
Oui, mais chut.

Quel prix pourrait-on vous décerner ?
Une Palme, un oscar, un César, un grand prix d'interprétation me ferait plaisir et consolerait l'élève peu brillante que j'étais.

Ça a été une évidence de jouer la comédie ?
Oui très tôt, dès l'enfance, j'en avais envie, mais pas facile en province de trouver les structures.

C'était distraire, faire rire, pleurer ?
C'était faire rire, vraiment. C'était Jacqueline Maillan, l'équipe du Splendid. Enfants, on regardait en boucle La Vie est un long fleuve tranquille et j'adorais ce sens du rythme.

A qui mentez-vous le plus ? 
Je suis une piètre menteuse, on peut lire sur mon visage. En revanche, j'enjolive, j'exagère, je fais ma Marseillaise, j'amplifie toutes les histoires…

Quel conseil pourriez-vous nous donner ?
D'arrêter de fumer ou de ne pas commencer.

Vieillir, c'est…
S'améliorer, c'est comprendre comment on avance, vers où l'on va, C'est réussir à transformer les choses pour qu'elles nous conviennent intimement.

Ce serait presque un idéal, mais en tant qu'artiste qui doit susciter le désir du réalisateur…
Prendre de l'âge ne m'angoisse pas. Je me sens beaucoup mieux dans ma peau qu'à 19 ou 20 ans. Sur un instantané, en ce moment c'est vraiment chouette. Au moins, on me propose autre chose que des rôles de lesbiennes et de prostituées. Après, ça va me soûler d'avoir de l'arthrose, que mon corps ne tienne plus ses promesses.

Qui admirez-vous ?
J'admire beaucoup de gens : ceux qui se battent avec un quotidien complexe, les parents qui suivent leurs enfants malades dans des unités spécialisées et qui sont là chaque jour pour leur remonter le moral. Des féministes comme Delphine Seyrig ou Simone Veil qui s'est dressée contre un ordre établi et en a fait une lutte.

Vous pensez qu'aujourd'hui, une forme de féminisme est encore nécessaire ?
Oui. J'ai des convictions, mais pas le courage d'être militante. Je le manifeste dans l'éducation que je donne à mes enfants. J'essaye d'encourager ma fille à prendre la parole, à exprimer son désaccord. C'est un obstacle lié au genre que j'ai rencontré : que l'on me taxe de harpie, de poissonnière parce que j'ouvrais ma bouche pour répondre.

Vous avez l'impression d'éduquer votre fille et votre fils de la même manière ?  
C'est un souci pour moi. Cela prendra des années pour découdre des siècles de domination masculine…

Sur qui pourriez-vous lancer des tomates ?
Donald Trump... avec beaucoup de tristesse. Parce que même Reagan qui se posait là en terme d'incompétence notoire n'avait pas son côté ridicule, pitoyable et navrant. Il n'y a plus ni éthique ni morale en politique, seulement une obsession de la finance.

Quelle série vous rend accro ?
Game of Thrones, je suis comme une enfant. Et The Walking Dead, c'est tellement bien construit. The Affair, aussi, avec deux acteurs scandaleusement bons et avec une structure narrative très riche. Baron Noir, c'est extrêmement bien écrit… Je suis fan des séries en fait.

Quels sont vos bonheurs simples ?
Mon jardin, c'est ma passion du moment. Je suis nulle, mais j'apprends. Regarder mes rosiers pousser, arracher quatre herbes. Ça me ravit.

C'est aussi un besoin d'être en contact avec la terre ?
J'imagine qu'il y a un héritage, mes grands parents étaient des paysans. J'adore répéter mes textes en regardant mes fleurs ou ma pelouse.

Est-ce que vous savez ne rien faire ?
J'ai toujours un bouquin à lire, un film à rattraper, mais avec le temps, privilège de la maturité, j'ai appris à profiter de l'instant présent.

Y a-t-il a un projet que vous souhaitez aborder ?
Je tourne actuellement la deuxième saison de Chefs pour France 2.  Je m'amuse beaucoup et c'est génial de retrouver Clovis Cornillac à la mise en scène.

Vous êtes la reine des fourneaux ?
Je suis une catastrophe en cuisine. Je peux faire brûler une maison en faisant cuire une omelette… Bref, ne comptez pas sur moi pour partager une recette. Ou seulement celle du bonheur !

Regardez le teaser de Marjorie : 

Marjorie – Le Poids des apparences
Ivan CALBÉRAC
le 1er juin à 20h55 sur France 2

Marjorie – Jamais sans ma mère
Ivan CALBÉRAC
le 8 juin à 20h55 sur France 2