Le Bureau des Légendes saison 2 : on y croit

Après une première saison prometteuse, la création originale de Canal + orchestrée par Eric Rochant revient ce lundi pour un second volet captivant. On ne zappe surtout pas.

© canal +

Grillé. Ou presque. On avait laissé Guillaume Debailly entre les mains de la CIA, lui imposant de choisir entre l'amour de sa vie, la belle syrienne Nadia El Mansour, ou son pays. C'est un Malotru endossant le costume d'agent double que nous retrouvons pour cette seconde saison. Tiraillé entre son infidélité et la déontologie de sa profession, le personnage de Matthieu Kassovitz gagne en fragilité à grand renfort de voix off (un tantinet redondante par moment). Derrière le masque, Paul Lefebvre est un homme (presque) comme les autres avec des doutes, des faiblesses et des sentiments.

Un sacré Phénomène. Après un apprentissage musclé, Marina Loiseau, alias Phénomène, est envoyée en mission clandestine à Téhéran. La sismographe doit se rapprocher du fils d'un éminent homme d'affaire impliqué dans le programme nucléaire iranien. Donnant la réplique en farsi (que Sara Giraudeau dit avoir appris à parler de manière phonétique) dans la quasi-totalité de la saison, l'actrice est bluffante de sang-froid derrière sa douceur et sa délicate apparence. Il se dégage une force de son personnage qui rend sa "légende" d'autant plus complexe et attachante.

Paris, Iran, Syrie. Là où la saison 1 confinait ses personnages entre les couloirs feutrés et les salles de réunion de la DGSE, les missions de ce second volet "baladent" ses agents – et donc nous – de l'Iran à Paris en passant par la Syrie. On est loin de la balade bucolique cependant puisque ces allers-retours servent des intrigues dont la similitude avec l'actualité est troublante. Tournée en novembre 2015 alors que la France était plongée dans l'après Charlie, la série aborde la lutte contre l'état islamique, la question de la radicalisation et les problématiques liées au nucléaire iranien sans sensationnalisme. Sortir le Bureau du boulevard Mortier permet de mieux saisir l'importance des décisions qui y sont prises, crédibilise les activités du renseignement et la rigueur du travail d'Eric Rochant et de ses auteurs.  

Époustouflant Duflot. Fleurant la trahison de son (in)fidèle Malotru, Henri Duflot sombre dans la paranoïa et entraîne le geek du service informatique dans son jeu du chat et de la souris. En patron fatigué mais loyal, Jean-Pierre Darroussin est aussi drôle qu'émouvant. On aime la rondeur que prend son personnage au sein du Bureau et on se méfiera s'il nous offre un Moleskine.

Saison 2 nouveaux personnages. Comme en écho à la douce Marina Loiseau partie sur le terrain, le Bureau accueille Céline Delorme, la "petite" nouvelle. Le personnage incarné par Pauline Etienne est dans la veine de celui de Sara Giraudeau dans la saison 1 : en apprentissage. Son émotivité en fait une bonne patte (à modeler) pour Guillaume Debailly. Autre nouvelle venue et pas des moindres, Alice Belaïdi. On n'en dira pas plus sur son rôle – no spoiler – à part qu'elle est impeccable comme le reste du casting féminin porté par Florence Loiret-Caille (Marie-Jeanne), Léa Drucker (Docteur Balmes)et Zineb Triki (Nadia El Mansour).

Et 1, et 2, et 3 saisons. Solidement incarné, terriblement réaliste et vraiment intelligente, le Bureau des Légendes a trouvé son rythme (plus soutenu) et ses marques avec cette saison 2. De quoi présager le meilleur pour la saison 3, déjà en phase d'écriture.

Sara Giraudeau est Marina Loiseau © Jessica Forde / Canal +