Sandrine Bonnaire, autoritaire face aux filles du Plessis

Dans "Elles… Les filles du Plessis" dont la sortie DVD est prévue le 2 novembre, Sandrine Bonnaire incarne la directrice du foyer. Froide et sévère, elle joue un rôle aux antipodes de sa personnalité dans la vie. Sourires et bonne humeur étaient au programme de cette belle rencontre.

© REMY GRANDROQUES/FTV
 Sandrine Bonnaire, directrice dans Elles... Les filles du Plessis © REMY GRANDROQUES/FTV

Castée pour de la figuration dans le film "A nos amours" de Maurice Pialat, la talentueuse Sandrine Bonnaire obtient le premier rôle qui lui vaut d'être récompensée par le César du Meilleur Espoir féminin en 1984, à 15 ans seulement. Actrice engagée, elle  joue en 2006 une mère qui aide sa fille à avorter dans "Le Procès de Bobigny" puis endosse la casquette de réalisatrice en 2007 pour "Elle s'appelle Sabine", portrait de sa soeur atteinte d'autisme. Artsite fidèle à ce qu'elle défend, jouer dans "Elles… Les filles du Plessis" était pour elle, une évidence.

Journal des Femmes : Vous jouez une directrice antipathique, dont on ne connaît d'ailleurs pas le nom. Comment avez-vous abordé ce personnage ?
Sandrine Bonnaire : J'ai beaucoup aimé le scénario, vraiment. Je trouve qu'on ne m'offre pas assez de rôle de méchante. Ça m'a fait plaisir que Bénédicte (Delmas, la réalisatrice) pense à moi d'ailleurs car je suis tout le contraire. Ça n'a pas été simple de l'interpréter dans le sens où il fallait que je sois dure, j'ai pris sur moi, ça ne coulait pas de source. Mais avec la réalisatrice, on a trouvé des petites nuances pour montrer que ce n'est pas tout à fait une méchante : un regard, une tête qui se détourne, des mâchoires qui se serrent. Et c'est une femme très pudique. L'ordre et la morale de l'époque font qu'elle est obligée d'avoir cette autorité. Si elle n'est pas dure, elle se fait bouffer par les gamines. Cette directrice est une femme soumise. Elle se soumet à sa fonction, elle ne peut pas aller plus loin et je pense que quelque part elle le sait.

Cette époque de prise de conscience de la condition de la femme vous préoccupe-t-elle ?
Sandrine Bonnaire :
Bien sûr. La condition de la femme est importante, tout comme celle de l'homme car il y est quelque part responsable aussi. Je suis très reconnaissante de cette époque, des années 1970. Toutes ces femmes et ces jeunes filles nous ont aidées à choisir d'avoir des enfants. J'ai deux filles que j'adore et que j'ai pu choisir d'avoir grâce à toutes ces femmes.

Selon vous, ce téléfilm représente-t-il un moyen de ne pas oublier ce pour quoi les femmes se sont défendues ?
Sandrine Bonnaire :
Absolument. Il ne faut pas oublier que la loi existe mais qu'elle reste fragile parce qu'elle se rediscute et c'est là que ça fait peur, comme en Espagne par exemple. Je trouve que c'est important que ce film ait été fait. Elles… Les filles du Plessis agit comme une piqûre de rappel. Jusqu'en 1990, il y avait des femmes qui accouchaient dans des couvents, dont les bonnes soeurs faisaient croire aux mamans que l'enfant était mort pour le revendre à des familles, prétextant la mort en couche de la mère à la famille d'accueil. Ce n'est pas arrivé qu'en France et des sujets comme ça, je me dis que c'est bien de les rappeler.

Le téléfilm est très féminin. Que diriez-vous aux hommes pour qu'ils le regardent ?
Sandrine Bonnaire :
Ne surtout pas leur dire que c'est un film de femmes. Pour moi, les films de femmes sont des films de minettes et il est tout le contraire de ça. C'est un film dans lequel on parle des femmes mais également des hommes. On ne les voit pas mais on en parle : on parle du viol, des pères violents, des lâches mais aussi des hommes aimants comme le petit ami de Marie-France. Je dirai que c'est plus un film politique qu'un film de femme.

Pensez-vous qu'il y a des domaines dans lesquels la femme n'est pas encore bien traitée ?
Sandrine Bonnaire :
Je trouve que tant qu'on parlera d'une Journée de la Femme, ça voudra dire que le problème entre hommes et femmes n'est pas réglé, même si cette journée me touche.

La directrice que vous interprétez est votre opposé dans la vie. Vous êtes-vous déjà retrouvée troublée par des rôles ?
Sandrine Bonnaire :
Non pas troublée. Je peux me cogner à un rôle mais c'est plus lié à une énergie que j'ai ou que je n'ai pas. Un acteur est son propre outil de travail donc si on traverse des moments difficiles, c'est plus compliqué à gérer parce qu'inconsciemment, on fait moins bien les choses. Depuis que je réalise, je nourris ma carrière d'actrice. C'est bien aussi de créer, d'avoir des idées mais il faut faire ce métier pour avoir des choses à dire.

Ce n'est pas difficile de se faire diriger en tant qu'actrice quand on est déjà passée par la réalisation ?
Sandrine Bonnaire :
C'est vrai que depuis que j'ai réalisé, les choses sont différentes. Je me dédouble, j'arrive à me voir des deux côtés. Mais quand le réalisateur est bon, je ne me pose pas autant de questions. Ce qu'a proposé Bénédicte est très juste donc je me suis laissé embarquer. C'est aussi très important de savoir rester à sa place. Après, s'il y a des réalisateurs qui m'invitent à aider, je le fais volontiers.

Sortie en DVD le 2 novembre 2016. 

Voir aussi :