Chantal Thomass : rencontre sens "Dessous Dessus" au Crazy Horse

INTERVIEW - Chantal Thomass investit la scène du Crazy Horse cet automne. Du 5 octobre au 31 décembre 2016, la créatrice de lingerie endosse le rôle de directrice artistique de la mythique maison parisienne pour son nouveau spectacle 'Dessous Dessus'. Passionnée, Chantal Thomass s'est confiée au Journal des Femmes. Entretien.

© Ellen von Unwerth - Crazy Horse

Chaleureuse et sans chichis, Chantal Thomass est une femme renversante qui, malgré son statut de styliste star, sa mythique coupe au carré et son indémodable smoking, a su rester simple. Sourire aux lèvres habillées d'un voile rouge, la créatrice, aussi pétillante que le champagne dans sa coupe, nous accueille dans les locaux du Crazy Horse, lieu même où dans quelques semaines, le nouveau spectacle Dessous Dessus qu'elle met en scène, lèvera son rideau.

Journal des Femmes : Pourquoi avoir accepté cette aventure ?
Chantal Thomass
: Parce que c'était une aventure, un défi, justement. Il se passe beaucoup de choses au Crazy Horse. J'y suis venue plusieurs fois. Le cabaret a évolué avec ce qu'ont fait Christian Louboutin, Ali Mahdavi et le chorégraphe Philippe Découflé qui a fait des tableaux très modernes. Il y a eu Dita von Teese et Arielle Dombasle. C'est un endroit que j'ai toujours aimé et qui n'a rien de vulgaire. Il met en valeur les filles : elles sont jolies, les lumières habillent le corps. Alain Bernardin (fondateur du Crazy Horse, NDLR)  habillait les femmes nues avec de la lumière : des rayures, des pois. Cela me touche puisque c'est très proche de la fonction de la lingerie. C'était amusant d'entrevoir la mode autrement, de créer. J'aime les challenges.

Rencontrez-vous des difficultés ?
Chantal Thomass
: Il y a des éléments qui fonctionnent lors des défilés, mais pas lorsqu'il s'agit de chorégraphies sur scène. Danser en porte-jarretelle, ce n'est pas joli. Si une fille se plie en deux, le tissu se courbe. Je m'en étais rendue compte lors de shootings, mais l'avantage des photos est qu'on peut les retoucher. Au Crazy Horse, on bouge, le vêtement doit vivre sur la fille. Il doit être facile à enlever si elle doit se déshabiller. Il y a des contraintes que l'on a ni sur un shooting, ni dans la vie courante. C'est ça qui est amusant, on apprend à tout âge, c'est très enrichissant.

Chantal Thomass au Crazy Horse © Ellen von Unwerth - Crazy Horse

Que représente le Crazy Horse pour vous ?
Chantal Thomass
: Le Crazy Horse représente Paris et la femme parisienne, jolie, charmante et drôle, un peu coquine aussi. Les danseuses à l'époque était étrangères. Aujourd'hui, il y a beaucoup de Françaises. C'est une explosion de féminité, une mise en scène de jolies femmes, de jolis corps. C'est sexy, mais élégant. Il y a de la fantaisie, de l'humour, un peu comme les pin-up des années 1950 et leur jeu impertinent. Les codes sont assez proches des miens : coupe de cheveux, rouge à lèvres, mise en valeur des courbes par les sous-vêtements...

Qu'est-ce que la féminité pour Chantal Thomass ?
Chantal Thomass
: La féminité est une chose que l'on a en soi en tant que femme et qu'il est important d'assumer. C'est un plus. Les féministes à l'époque des années 1960 en voulaient aux hommes. Elles brûlaient les soutiens-gorges. Aux États-Unis, elles se laissaient pousser les poils aux jambes, sous les bras. Il ne fallait pas être séduisante. Cela m'a choquée. Cela n'a jamais été un problème d'être une femme. Je me considère féministe puisque je trouve scandaleuse la situation de la femme dans certaines nations, mais nous avons la chance d'être dans un pays qui nous respecte par rapport à d'autres. On peut être féministe et féminine. C'est ça le chic.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Chantal Thomass
: Je l'ai puisée dans les vieux magazines de mode. Il y avait une main-d'œuvre, des choses magnifiquement faites que l'on ne peut plus faire maintenant comme des détails et de la finition parce que cela coûterait trop cher. C'est devenu difficile de faire quelque chose de très raffiné et de très beau, donc je prends des détails. Je travaille beaucoup les matières. Je vais à Saint-Gall pour les broderies, à Calais pour la dentelle. Je regarde les livres d'archives. Je vais prendre une vieille guipure et mélanger des détails pour créer. J'aime m'inspirer des choses anciennes. Je peux aussi être inspirée par une exposition, un film. Mais l'inspiration est bizarre : je ne la sens pas. Je vais voir quelque chose qui me plaît et six mois plus tard, cela se retraduira par quelque chose.

Une pièce qu'une femme doit absolument avoir…
Chantal Thomass
: De la lingerie. Impossible d'avoir une seule paire de chaussures: il nous faut des sandales, des escarpins, des baskets, des bottes, des ballerines.... De même, chacune devrait posséder 4 ou 5 soutiens-gorges : avec de jolies bretelles lorsque l'on a envie de les montrer, invisible, avec un joli décolleté, un noir, un blanc, avec des couleurs vives si l'on a envie de fantaisie et de s'amuser. Le porte-jarretelle est une pièce intéressante également, mais moins indispensable. Le soutien-gorge est le plus important des accessoires de mode : il met en valeur, dessine la silhouette et modifie l'allure.

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