Anne Roumanoff : "La limite, c'est ce qui fait rire le public"

INTERVIEW - Anne Roumanoff est de retour à L'Alhambra, à Paris, à partir du 26 juillet pour 100 représentations de son one-woman-show, "Aimons-nous les uns les autres...". Nous avons rencontré l'humoriste.

© JEROME MARS/SIPA

Anne Roumanoff ne va pas chômer cet été : l'humoriste est de retour à L'Alhambra à partir du 26 juillet pour 100 nouvelles représentations de son one-woman-show, Aimons-nous les uns les autres. Cent dates qui l'occuperont jusqu'au 15 janvier 2017. Anne Roumanoff sera également de retour sur Europe 1 à la rentrée avec une nouvelle émission, Ça pique, mais c'est bon, diffusée tous les jours de la semaine, de 12h à 12h30. Le Journal des Femmes a rencontré l'artiste, pour évoquer cette actualité chargée.                     

Le Journal des Femmes : En quoi cette version du spectacle est-elle différente de la précédente ?
Anne Roumanoff :
C'est un spectacle en perpétuelle évolution, parce que je suis toujours en tournée. Je rajoute de nouvelles choses, j'écris et je crée tout le temps. L'actualité a changé : il y a un passage sur le terrorisme, j'ai rajouté un texte sur une énarque et un autre sur mon père, qui clôt le spectacle. J'ai changé plein de choses dans chaque sketch. J'ai vraiment besoin de faire ça sinon je m'ennuie. C'est une version bonifiée, vitaminée, améliorée.  

Y a-t-il une part d'improvisation dans ce que vous faites ?            
Anne Roumanoff :
Non, c'est très écrit, mais il y a 3 sketchs où j'improvise un peu. Il y a 2 sketchs où je fais monter des gens sur scène et où je me cale sur leurs réactions et le sketch du bistrot, où je commente l'actualité, qui a une partie écrite et une partie improvisée.

Vous serez de retour sur Europe 1 à la rentrée, après 2 ans d'absence. La radio vous a manquée ?
Anne Roumanoff :
J'étais très vexée quand on m'a virée [en 2014, ndlr], surtout que mon émission marchait très bien. Mais je ne dirais pas que ça m'a manqué. J'ai même eu la sensation que ça me donnait plus de jus et de créativité. À la radio, il fallait fournir toutes les semaines. Quand ça s'est arrêté, j'avais plus de créativité à mettre dans mes spectacles. 

Que préférez-vous : réagir sur l'actualité ou jouer des sketchs?
Anne Roumanoff :
Ce qui est fatiguant avec l'actu, c'est qu'on peut faire une vanne qui fait rire et 3 jours après, les gens ont oublié. Les sketchs de fiction sont souvent plus longs à mettre au point parce qu'il faut trouver un angle. Quelque part, l'actu c'est plus facile, on se moque de références que tout le monde connait. J'aime bien le mélange des deux. Faire un spectacle de pure politique, je pense que ça m'ennuierait profondément et ne faire que des sketchs ça m'ennuierait aussi.

Comment avez-vous su que l'actualité était votre créneau ?
Anne Roumanoff :
Pendant très longtemps, je refusais totalement de faire de l'actu parce que j'avais fait Sciences Po, je me disais qu'il y avait Les Guignols, Guy Bedos… Je me demandais ce que j'allais apporter et si c'était pour rentrer dans le "tous pourris", ça ne m'intéressait pas. On parle de l'actu quand on a un propos ou quelque chose à défendre. Pour moi, c'est venu avec Bush et la guerre en Irak. 

Qu'est-ce qui vous fait rire ? 
Anne Roumanoff :
Beaucoup de choses dans la vie quotidienne. Il n'y a rien de plus drôle que les gens qui racontent leurs problèmes. L'humour, c'est un recul par rapport aux choses. Il n'y a rien de drôle en soi, c'est la manière de rendre compte d'une situation qui la rend drôle.

Les humoristes ont-ils un rôle d'autant plus important dans le climat actuel ?   
Anne Roumanoff :
Il y a beaucoup plus d'humoristes qu'avant parce que les gens ont besoin de rire. Il ne faut pas non plus les mettre sur un piédestal. Nous faisons du divertissement. L'humour, c'est très subjectif, personne ne fait l'unanimité. C'est une sensibilité et une manière de percevoir le monde et d'en rendre compte.

Compte tenu de la dramatique actualité, pratiquez-vous une forme d'auto-censure quant aux sujets que vous abordez ?
Anne Roumanoff :
La limite, c'est ce qui fait rire le public ou pas. C'est intéressant d'arriver à faire rire sur des sujets comme la déchéance de nationalité. Je me cale sur la réaction du public. Sa sensibilité va changer selon les jours, les semaines, alors je teste.     

Diriez-vous que le milieu de l'humour est machiste ?                   
Anne Roumanoff :
Oui, comme toute la société française. Il y a plus de femmes qu'avant, mais dans les festivals on sent toujours cette réticence à programmer plusieurs femmes. La classe dirigeante française est très machiste. On l'a vu encore avec l'affaire Baupin et les réactions à l'Assemblée…

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes humoristes qui voudraient se lancer ?
Anne Roumanoff :
Je leur conseillerais d'être original, de ne pas copier les autres. De réfléchir à ce qu'ils veulent dire, savoir s'ils ont vraiment un propos. Il faut aussi se confronter à un public pour savoir si on est drôle.

Si vous n'aviez pas été humoriste, qu'auriez-vous fait ?
Anne Roumanoff :
J'aurai bien aimé être journaliste pour poser des questions. Aujourd'hui, je pense que j'aurai aimé être chef, patron. Je suis assez directive.  

© JEROME MARS/SIPA

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