Benjamin Siksou, du coq à l'âme

INTERVIEW - Après nous avoir séduit à travers le petit et le grand écran et s'être illustré sur les scènes musicales, Benjamin Siksou prend son envol avec son tout premier album, "Au chant du coq". À l'occasion de la sortie de l'opus, le chanteur à la voix aussi talentueuse que sa plume nous a accordé un entretien tout en humilité.

Benjamin Siksou, du coq à l'âme
© Polydor

Guitare sur le dos, mine timide et démarche mal assurée, Benjamin Siksou arrive à pas feutrés au sein de l'hôtel du Triangle d'Or, au-devant d'une table faisant face à un piano - accordé après vérification du maestro. Malgré l'humilité du jeune homme, son charisme prend le dessus dès le premier mot lâché. C'est un "salut", et la simple écoute de cet égard nous transporte sur notre canapé, presque dix ans en arrière, lors de la découverte de l'artiste dans la sixième édition de la Nouvelle Star
C'est sur M6 que le chanteur s'est fait connaître et remarquer grâce à sa voix de bluesman affirmée, ses prouesses rythmiques et son joli minois. Depuis sa révélation, le temps est passé, les lives ont embrassé la sortie d'un EP, le 7eart a pris part à la danse mais le premier album s'est toujours fait attendre. En ce début 2017, celui qui a fait chavirer le cœur des Français(es) en chantant torse nu dans sa chambre, en enflammant la scène du Pavillon Baltard avec des reprises triomphantes ou en jouant les acteurs au cinéma, est de retour en grande pompe. Benjamin Siksou n'a résolument pas dit son dernier mot et revient avec un tout premier opus fait maison sorti ce 22 septembre, les singles Tomber du camion et Ça ira, d'ores et déjà sur toutes les lèvres, mais aussi une tournée de concerts à travers la France démarrée au mois d'avril : ça en fait des choses à raconter ! Ça tombe bien, le café allongé est servi, nous voilà donc fin prêts à boire les paroles du chanteur au grain de voix inimitable.

Le Journal des Femmes : Où étiez-vous passé depuis la fin de la Nouvelle Star en 2008 ?
Benjamin Siksou :
J'étais un peu partout ! J'ai partagé mon temps entre des concerts et des tentatives d'écriture. J'ai beaucoup travaillé afin de me créer un répertoire parce que c'est ce qui me manquait en sortant de l'émission. J'avais envie de trouver mon propre style et surtout d'être content de moi. Et c'est finalement cela qui a été le plus long à mettre en place. Parallèlement à la musique, j'ai tourné dans plusieurs films.

"J'ai voulu prendre le temps de me construire un répertoire qui me rende fier"

Quel a donc été le déclic qui vous a permis de sortir cet album ?
Les chansons ! J'en avais écrit plusieurs que j'avais laissées de côté, puis un jour je me suis rendu compte qu'elles avaient leur place dans un album. Ces morceaux, comme Au chant du coq ou Matériel par exemple ont été de véritables déclics. C'est grâce à ces titres que j'ai compris que j'étais prêt.

Vous vous êtes fait connaître grâce à des reprises et des compositions souvent en anglais. Pourquoi être revenu à la langue de Molière dans Au chant du coq ?
Pour ce premier album, je ne voulais pas mixer l'anglais et le français. J'ai donc longtemps hésité, mais plusieurs choses m'ont poussé vers le français. Par le passé, j'ai souvent chanté en anglais. Dans mon spectacle Valise Blues par exemple, je m'en suis donné à cœur joie dans les reprises de standards et même si j'ai adoré le faire, j'avais envie de nouveauté. Au-delà de ça, je me suis rendu compte en concert de l'existence de la barrière de la langue. Malgré l'ambiance survoltée, il n'y avait pas de cohésion avec le public. Le français m'est apparu comme une évidence pour livrer un disque vraiment original et personnel.

Comment qualifieriez-vous votre album ?
C'est clairement un disque pop dans lequel on peut retrouver quelques influences de blues ou de jazz dues à ma façon de chanter. Au-delà des barrières de style, j'ai vraiment essayé de faire quelque chose de nouveau et de me créer mon propre univers. Cet album est joyeux selon moi. Malgré des paroles parfois fortes, les sons sont toujours enlevés et légers. Je pense que les sonorités permettent de mieux faire comprendre certains messages et c'est cela que j'ai essayé d'exprimer à travers mes titres.

Pourquoi l'avoir nommé "Au chant du coq" ?
Parce que le chant du coq est un réveil, il y a une image d'avenir, un avenir plein d'espoir. Cet album est une sorte d'éveil pour moi, et j'espère qu'il aura un futur heureux.

Vous avez composé et écrit la quasi-totalité de l'album : une manière de vous affirmer en tant qu'artiste à part entière ?
Je voulais me prouver que je pouvais aller au bout de mes idées. Cet album est resté des années dans les tiroirs de mon cerveau. Un jour, j'ai décidé de me faire violence en choisissant de le créer de A à Z, pour me démontrer que je pouvais y arriver. Je pense que c'est souvent le cas avec les premiers disques, il y a quelque chose qui relève de la preuve.

Est-ce qu'Au chant du coq est autobiographique ?
Tout ce que j'aborde dans l'album sont des choses qui me touchent. Chaque morceau part d'une émotion connue que je mêle à des scénarios réels ou non. Par exemple, dans Paulo, je raconte l'histoire d'un homme qui se fait piquer sa copine par son meilleur ami. Cette histoire ne m'est absolument pas arrivée, mais elle parle à tout le monde.

"J'aime marier des thèmes universels à des sujets plus intimes"

Votre titre Bébé Éléphant est un mash-up étonnant de Sometimes I Feel Like a Motherless Child et Bébé Éléphant de Dick Annegarn. Comment vous est venue l'idée de marier ces deux chansons ?
J'ai toujours chanté Sometimes I Feel Like a Motherless Child lors de mes concerts. Cette chanson représente un peu le point d'orgue de mes lives. Je suis aussi très fan de Dick Annegarn qui l'a repris en français avec Enfant sans mère (sur l'album Un' Ombre sorti en 2002, ndlr), mais sans jamais faire le parallèle avec son morceau Bébé Elephant. De mon côté, à chaque fois que je chantais ces deux chansons, je trouvais qu'elles racontaient la même chose. J'ai donc voulu les marier et j'ai passé beaucoup de temps à trouver le bon mash-up pour faire naître un troisième titre qui ait du sens. J'ai hâte que Dick Annegarn l'écoute et qu'il me donne son avis car j'ai eu autant de satisfaction à entremêler ces deux morceaux qu'à en créer un original.

Dans La Dernière, vous abordez les attentats et faites un lien avec la guerre de l'époque de votre grand-mère. Pourquoi avoir choisi cet angle ?
J'adore lier l'universel et l'intime. Je pense que cela touche plus les gens. J'ai voulu décrire le mieux possible mon sentiment face à cet événement. Je suis parti des cars de militaires que l'on voyait partout, des sirènes, des alarmes que l'on entendait à chaque coin de rue et des images terribles du Bataclan qui tournaient en boucle et j'ai eu besoin de ramener ça à moi. J'ai donc fait un lien avec ma grand-mère lorsqu'elle me parlait de la guerre. Même si le thème est grave, j'ai voulu faire un morceau plutôt léger, quelque chose de ne pas trop appuyé, que ce soit dans les paroles ou dans la musique.

Quelle est la place des artistes dans ces événements ?
Je ne pense pas que les artistes aient un rôle spécifique à tenir. Je ne suis pas un homme politique donc je ne cherche pas à donner de solutions, mais il est évident que si je pensais en avoir, je ferais entendre ma voix. Que l'on soit boulanger, facteur, musicien ou autre, chacun a le droit de choisir ce qu'il veut faire ou non face à ce qu'il se passe actuellement. Au-delà de la carrière, il y a l'homme et c'est à lui de faire ses propres choix en fonction de ses convictions et de ses idées.

En parlant de carrière, malgré votre amour pour la musique, vous flirtez souvent avec le 7e art. Vous ne seriez pas un peu indécis ?
Indécis ?! (Rires) Non je ne pense pas être indécis, je suis vraiment très heureux de pouvoir faire de les deux, j'y trouve un bel équilibre. L'exercice devant la caméra me pousse dans mes retranchements et me fait explorer des coins de ma personnalité encore inconnus. Au cinéma, il y a une forme de détachement, je ne suis pas le maître à bord et j'aime ce sentiment d'être dirigé, d'être au service d'une histoire, d'un metteur en scène. Ce qui est génial dans un film c'est que c'est une véritable fourmilière où chacun s'affaire pour que la magie opère. Je n'ai donc pas du tout envie d'arrêter ma carrière d'acteur, bien au contraire ! J'ai d'ailleurs tourné dans un moyen métrage intitulé Villeperdue qui devrait normalement sortir en juin 2017 (le film a remporté le prix du Jury et le prix du Public au Festival International de Namur, ndlr). Je suis très fier d'avoir pu participer à ce projet porté par Julien Gaspar-Oliveri qui a aussi réalisé le clip Tomber du camion.

Dans ce clip vous jouez au don Juan désespéré. C'est aussi le cas dans la vie ?
Non pas du tout ! C'est vrai que j'ai eu cette image de séducteur lors de mon passage à Nouvelle Star mais je ne m'y attarde pas vraiment. Le concept d'une image c'est qu'elle évolue, donc je pense avoir raison de ne pas y apporter d'importance.

Vous allez entamer une tournée et faire quelques festivals, notamment aux Francofolies de La Rochelle le 17 juillet : alors, heureux de remonter sur scène ?
Grave ! Toutes proportions gardées, parce que cela reste de la musique, je trouve qu'il y a un danger sur scène... Cette impression d'être sans filet, de se jeter à l'eau, m'anime énormément. À côté de ça, il y a aussi toute la création autour de ces différents lives, je suis impatient de travailler avec la formation qui va m'accompagner durant cette tournée. Ensemble, on va partir du son de l'album pour réinterpréter les chansons, leur donner plus de feeling, de contraste et de chaleur. Je sais qu'à l'arrivée chaque concert sera différent et que ma façon de jouer va évoluer au fil des dates. Et bien évidemment j'ai hâte de retrouver le public qui, selon moi, fait 50% du concert. C'est ce sentiment de partage et de symbiose que j'aime le plus sur scène.

D'où vous vient cet amour pour la musique et surtout pour le blues ?
J'ai été bercé par des standards de blues, de jazz et de soul que ma mère me faisait chanter. C'est elle qui m'a fait découvrir ce monde, mais c'est après, de mon côté, que je me suis plongé totalement dans l'histoire de ces styles musicaux. Le cinéma, notamment les Blues Brothers, m'a fait connaître tous les artistes de la musique noire américaine des années 60. J'ai été très vite fasciné par les liens entre eux : qui a influencé qui, qui a produit qui, qui a collaboré avec qui, etc. C'est devenu une passion. Aujourd'hui je rêverais de pouvoir chanter avec Erykah Badu qui a une voix fantastique et un groove incroyable entre soul, hip-hop et jazz.

Avant de se quitter, avez-vous déjà quelques idées pour votre deuxième album ou est-ce que vous comptez nous faire attendre autant de temps que pour le premier ?
Ah ben justement j'ai déjà l'idée qu'il arrive un peu plus vite que le premier (rires). Je pense que j'ai ouvert une brèche avec Au chant du coq et j'ai envie de continuer sur ma lancée, sans savoir vraiment où ça peut aller. J'ai un grand fantasme de fanfare, j'adore les sonorités de cuivre donc je vais peut-être partir là-dessus… mais je préfère ne pas en dire plus parce que je n'aime pas aborder les choses qui ne sont pas encore réalisées. Je regrette déjà d'en avoir parlé d'ailleurs (rires) !

  • L'album Au chant du coq (Polydor/Universal Music) sort le 22 septembre 2017