Rag'n'Bone Man : un colosse à la voix de velours

Il a une voix puissante digne des plus grands soulmen. Après avoir conquis la scène underground londonienne, Rag'n'Bone Man s'apprête à séduire les français. Nous l'avons rencontré.

© Dean Chalkey

Retenez bien ce nom : Rag'n'Bone Man est en passe de conquérir le public français. Derrière ce pseudonyme, se cache Rory Graham, un colosse anglais barbu de 31 ans. Sa particularité : son timbre de voix exceptionnel et un brin rocailleux, à vous filer la chair de poule. Après s'être essayé au hip hop dans les clubs de Brighton en Angleterre, l'artiste s'illustre à travers un mélange de soul, jazz et rap. Alors qu'il se produira le samedi 26 novembre au Trabendo, Rag'n'Bone Man s'est confié sur son parcours. Rencontre avec un géant au cœur tendre.

Journal des Femmes : Pourquoi avoir choisi Rag'n'Bone Man comme nom d'artiste ?
Rag'n'Bone Man :
Il y a deux raisons à cela. En anglais, un rag'n'bone man est un ferrailleur, une personne qui prend de vieux métaux jetés pour créer quelque chose de meilleur. C'est ce que j'essaie de faire avec la musique. Je souhaite créer quelque chose qui n'a jamais existé avant, mêlant jazz, soul et rap… La seconde raison est que je regardais une émission avec mon grand-père quand j'étais petit. Le personnage principal s'appelait rag'n'bone et il m'avait marqué.

Quel est votre premier souvenir musical ?
Ecouter mon père et mon oncle jouer du vieux blues à la guitare… Mes parents avaient beaucoup de goût et cela m'a beaucoup influencé.

Vous avez grandi à Ockfield en Angleterre, mais c'est à Brighton que vous avez commencé la musique…
Il n'y a pas grand-chose à faire à Ockfield, alors qu'à Brighton, située à une dizaine de kilomètres de là, règnent une créativité et une diversité musicales sans pareil. Quand j'ai commencé la musique, je jouais de la guitare et chantais de vieux standards de blues. C'est à Brighton que je me suis mis à raper car la scène hip hop y est plutôt riche. Puis un jour, j'ai voulu m'asseoir au piano et m'investir du début jusqu'à la fin. C'est en 2012 que je me suis réellement fait un nom dans l'univers underground de Brighton. J'ai commencé à jouer dans des festivals et à avoir une belle communauté de fans.

En parallèle à l'époque, vous travailliez aux côtés de personnes atteintes des syndromes d'Asperger et Down.
Il faut savoir que ma sœur est trisomique, il était donc naturel de devenir aide-soignant. J'ai grandi entouré de personnes nécessitant des besoins spécifiques. Je pense que cela t'apprend et t'apporte beaucoup. Tu es moins égoïste, plus compatissant…

Un album est prévu pour le printemps 2017. Quelle est la différence entre celui-ci et Wolves, votre premier opus ?
La production est très similaire mais l'écriture est différente. On voulait que les titres soient aussi bien en piano-voix qu'en guitare-voix. Il sera disponible en mars 2017 et contiendra 12 titres et quelques bonus.

Dans la chanson Human, vous dites n'être "qu'un homme après tout".
Je suis comme tout le monde… Il arrive qu'on te pose une question en souhaitant une réponse précise. Or, si tu réponds quelque chose que la personne ne veut pas entendre, elle va t'en vouloir. Je dis simplement que je ne suis pas un prophète. Ne me demande pas quelque chose en sachant que je n'ai pas la réponse.

L'un des titres de votre futur album parle de la naissance de la fille d'un ami.
Il s'agit d'un ami qui a eu une vie difficile. La naissance de sa fille a fait de lui un nouvel homme. Il est devenu quelqu'un de meilleur grâce à cette petite. Je n'ai pas d'enfants donc je ne sais pas ce que ça fait réellement, mais j'ai l'impression qu'elle l'a sauvé en quelque sorte.

Quel est le plus beau compliment que l'on vous ai fait ?
Quand les gens me disent être touchés par ma musique, ou que je les fais pleurer…

J'ai pleuré en vous écoutant hier !
(rires) Je suis désolé, ce n'était pas mon intention. Mais quand les gens me disent que ma musique les émeut et les aide à traverser une sale période, c'est gratifiant. Le plus beau compliment.

"On préfère parler de mon physique

plutôt que de ma musique"

Qu'est-ce qui vous inspire ?
Les expériences de la vie... La mienne bien sûr, mais aussi celle de mes amis. C'est d'ailleurs plus simple de parler de quelqu'un d'autre car je peux tout me permettre. Quand il s'agit de ma propre histoire, j'ai tendance à cacher certaines choses… Je passe mon temps à prendre des notes sur mon téléphone avant de m'installer et tenter d'assembler ces idées.

Quels artistes admirez-vous ?
J'ai une grande palette d'inspirations… Cela va de classiques comme Al Green ou Donny Hathaway, à Amy Winehouse ou Angie Stone. C'est très varié.

En avez-vous marre qu'on vous dise constamment que vous n'avez pas le look des traditionnels soulmen ?
Tellement ! Hier soir, j'étais à la radio et l'animateur m'a demandé ce que je mangeais. Je lui ai répondu que je mangeais exactement la même chose que lui ! Le fait qu'on en parle tout le temps est agaçant. On pourrait juste me dire que je fais de la bonne musique, mais on ajoute que "je suis un géant, j'ai plein de tatouages et que je ne ressemble pas à ce que je chante". Je dois faire avec, malheureusement.

Votre chatte Patricia a un compte Instagram. Qu'a-t-elle de particulier ?
On a trouvé qu'elle ressemblait à un alien dès le premier jour. Elle est très étrange, mais aussi affective et intelligente. C'est notre bébé… Et elle est gâtée, crois-moi !

Vous avez de nombreux tatouages, dont plusieurs qui représentent des cranes. D'où vous vient cette passion ?
J'ai toujours été fasciné par les crânes. J'aime beaucoup la tequila et, un jour, j'ai découvert la Tequila Blanco, un alcool mexicain vendu dans une bouteille en forme de crâne*. Depuis, c'est devenu une obsession. J'adore les apporter sur scène, j'en ai plusieurs à la maison et je dois en avoir 3 ou 4 sur le corps.

Vous êtes arrivé à Paris hier et l'une des premières choses que vous avez faite est… prendre un bain !
(rires) Je n'ai pas de baignoire à la maison et il y avait du jazz à la radio. C'est génial d'arriver dans ta chambre d'hôtel, de mettre du jazz, se servir un verre de vin et prendre un bain… C'est un truc bien français, non ?
​​​​​*L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération